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    Chapitre 44 : Attendre

     

     

     

    Étant donné que Yuri m'a supplié d'aller voir un film avec elle au cinéma, nous n'avons pas quitté Siam avant tard dans la soirée. Je lui ai proposé de l'accompagner dans le taxi qui devait la ramener chez elle et l'ai vue rentrer, avant de finalement retourner chez moi. Il est plus de dix heures maintenant, je suppose que papa et maman dorment déjà.

     

    Je suis complètement crevé et je me masse le cou en entrant à l'intérieur. Je soupçonne le cours de gym d'aujourd'hui d'avoir eu de lourdes conséquences sur ma santé. J'ai vraiment du mal à m'abaisser pour retirer mes chaussures. En dehors de mes courbatures, je remarque une paire de chaussures en trop sous mes yeux. Je lève immédiatement la tête.

     

    « Mais comment t'es rentré ? »

     

    C'est Phun ! Qu'est-ce qu'il fait à l'intérieur de ma maison ?

     

    « En tapis volant », me répond-il sur un ton moqueur avant de m'aider avec mon sac de cours.

     

     « Entre vite ! Tu laisses les moustiques passer ».

     

    Attendez une minute. Est-ce que je me suis trompé de maison ou quoi ?

     

    Je le suis, en pleine confusion. Phun m'entraîne dans la cuisine où mon plat préféré, le poulet panang au curry, m'attend. Et il y a aussi des boulettes de porc frites au maïs.

     

    « C'est ta mère qui a préparé le repas. Tout est délicieux, promis. »

     

    Hum, ça signifie que ce connard est là depuis l'heure du dîner et a fait ami-ami avec ma famille.

     

    «Donc, tu t'immisces dans ma famille, maintenant ? Et où sont mes parents d'ailleurs ?

    - Ils sont allés se coucher. Je leur ai dit que je t'attendrais à leur place, hé hé ».

     

    C'est gentil de ta part de proposer de les aider, me dis-je en moi-même en me servant du riz. Même si j'ai déjà avalé un bol de nouilles ce soir, j'ai de nouveau faim depuis la sortie du cinéma.

     

    « Tu rentres tard, dis-donc. Qu'est-ce que vous faisiez, Yuri et toi ? » me demande-t-il.

     

    Je tente de répondre, mais j'ai besoin d'ingurgiter ce que je viens de fourrer dans ma bouche, d'abord.

     

    « On a été voir le dernier film de Jackie Chan. Le doublage était hilarant » lui dis-je en ajoutant du curry à mon assiette.

     

    J'entends Phun rire doucement alors qu'il me sert un verre d'eau.

     

    « Je vois. Mange plus lentement ou tu vas t'étouffer ».

     

    Nous avons terminé notre dîner, regardé un peu la télé puis parlé un long moment avant de finalement monter à l'étage. J'ai découvert au passage que ma mère avait invité Phun à dîner quand il était venu en fin d'après-midi pour me voir et que c'est comme ça qu'il était devenu son nouveau fils préféré.

     

    « Ta mère flirtait carrément avec moi, mec. Elle n'arrêtait pas de dire que j'étais très beau, c'était franchement gênant ».

     

    Ah ouais, c'est ça, ton air gêné ? Je jette un regard en biais à ce type qui a l'air plus fier qu'autre chose, alors qu'on monte les escaliers.

     

    « Ça n'a pas d'importance, t'es même pas moitié aussi beau que mon père ».

     

    Je suis un bon fils. Il faut que je prenne le parti de mon père, hé hé.

     

    Je l'entends rire alors que j'ouvre la porte de ma chambre. J'allume la lumière et me dirige droit sur mon ordinateur avant de lâcher mon sac à côté et de retirer rapidement mes chaussettes. Phun se met devant la télévision. Chacun s'occupe de son côté avant que je ne lui pose une question.

     

    « Et donc, qu'est-ce tu fais ici ? T'as dit à tes parents que tu restais ? »

     

    Phun est confortablement installé, les jambes croisées. Ses yeux sont fixés sur la télévision, ouverte sur Disney Channel.

     

    « Oui. On a de la famille chez moi et ils tiennent compagnie à Pang donc la présence du grand-frère n'est pas requise. Je me suis dit que je pourrais venir dormir chez toi

     - Mon dieu, tu as quel âge, déjà ? ».

     

    Je marmonne dans ma barbe en me dirigeant vers mon petit frigo pour prendre une bouteille d'eau et en servir un verre à Phun, qui remue la tête en signe de refus.

     

    « T'es triste et contrarié à cause de ta sœur, donc tu es venu ici pour que je te console.

     -Non...tu me manquais. On ne s'est pas câliné depuis des lustres ».

     

    Tof tof. Je recrache mon eau après avoir entendu ce que le secrétaire du Conseil des étudiants, un air grave plaqué sur le visage, vient de me lâcher.

     

    « Qu'est-ce que tu viens de dire ? »

     

    Tof tof. Je suis en train de m'étouffer avec l'eau. Je devrais attirer la compassion et pourtant mon invité me regarde tout sourire en tapotant la place vide à côté de lui.

     

    « Allez, viens t'asseoir ici ».

     

    C'est quoi le problème de ce mec ? Pourquoi est-ce qu'il dit tous ces trucs bizarres ? Et il est pas culotté de me donner mes ordres dans ma maison.

     

    J'observe le sourire stupide qui orne son visage, laissant l'appréhension m'envahir.

     

     « Pourquoiiiiiii ?

     - Allez ! »

     

    Il continue de me désigner l'emplacement à ses côtés et je finis par céder. Je ferais mieux d'y aller avant qu'il ne laisser une marque sur le sol, de toute façon. Mais avant que je ne puisse m'asseoir à l'endroit qu'il m'a indiqué, ce con m'agrippe et m'attire brusquement dans ses bras. Yooooooooooo ! Je me débats. Je suis littéralement assis sur les genoux de Phun, ses bras fermement serrés autour de moi.

     

    «  - Yo ! Laisse-moi !

     - Rêve. Ça fait des jours que je meurs d'envie de te tenir comme ça. Pas moyen que je te laisse partir ce soir » me dit-il avant de plonger son nez dans mon cou.

     

     J'essaie de me dégager encore une ou deux fois pendant que le long nez de Phun en profite pour tailler sa route. Il m'embrasse ici et là, partout. Mais je ne vais pas le laisser continuer.

     

    « Hé, qu'est-ce qu'il te prend ? »

     

    Le truc, c'est qu'il est fort et que je suis fatigué.

     

    « Je n'ai pas le droit... ? » me demande Phun avec une petite voix.

     

    Tu comptes vraiment m'avoir par les sentiments, là ? Je lui jette un regard puis cesse de m'agiter.

     

    « Laisse-moi m'asseoir correctement d'abord ».

     

    Voilà le deal. Il me laisse m'asseoir sur le sol et maintenant qu'il se comporte correctement, c'est moi qui le prend dans mes bras.

     

    « Tu vois ? C'est pas mieux, honnêtement ?

     - Peu importe comment on s'y prend, c'est génial de toute manière » me répond-il d'un voix sourde en me serrant plus fort.

     

    On reste comme ça un moment jusqu'à ce que Phun relâche finalement sa prise. Son visage est à quelques centimètres du mien.

     

     « Je peux t'embrasser... ? »

     

    Une voix profonde mais douce me parvient de ces lèvres, si proches des miennes. Je plonge mon regard dans le sien avant de fermer les yeux au moment où elles se rencontrent.

     

    On s'embrasse si longtemps que je n'arrive plus à penser à quoi que ce soit. On ne s'est pas embrassés comme ça depuis notre séjour à Bang Saen (bon, Phun m'a embrassé à Noël mais je ne le compte pas, vu que nos lèvres ne se sont touchées que très brièvement). Les baisers de Phun sont toujours aussi agréables. Il ne se précipite pas, il mesure progressivement la montée du désir et de l'envie qui proviennent de ma langue. Il utilise la sienne me remémorer tous ces souvenirs. On exprime nos sentiments via nos langues pendant un long moment avant qu'il ne commence à mordiller doucement mes lèvres. Il s'écarte finalement et me fait un grand sourire, l'air très satisfait.

     

    « Tu embrasses toujours aussi bien. Je suis content , me dit-il en me prenant dans ses bras une fois de plus. Ça valait le coup de venir .

     - Bien...bien sûr ! »

     

    J'arrive à peine à articuler une réponse. Il me relâche gentiment mais embrasse mon front, puis mes joues.

     

    « Je vais prendre une douche ! » dit-il avant de se lever. Il se retourne pour me sourire avant de me laisser planté là, complètement perdu. Mon visage est indéniablement rouge.

     

    Ce bâtard ! Tu m'excites et tu me laisses en plan ?!

     

    Je lui lève mon troisième doigt avant de reporter mon attention sur ma console de jeu pour me calmer. C'est là que j'entends sa voix me dire : « Attends-moi... ».

     

    Et il disparaît dans la salle de bain.

     

     

    Donc tu te rappelais que je t'attends toujours finalement... ?

     

    °°°°°°°°°°°°°°°°°°°

     

    Le matin suivant, Phun et moi nous pointons ensemble au lycée. Comme on pouvait s'y attendre, on tombe sur Ohm et sa grande gueule. (Non mais sérieusement ? Pourquoi est-ce qu'on doit toujours le rencontrer dans ce type de circonstance?). Mais cette fois, il ne dit pas grand chose, vu que lui-même est arrivé à l'école avec nong Mick. On est tous les deux logés à la même enseigne, donc aucun ne fait de remarque.

     

     Les cours se déroulent comme d'habitude, comme le reste. Mais pourtant, Ohm, lui, ne semble pas dans son état normal. Je suppute que c'est devenu plus sérieux, entre lui et nong Mick. Il est tout le temps au téléphone. J'ai essayé d'épier ses conversations, et Ohm n'arrêtait pas de demander où était Mick, et ce qu'il faisait. Honnêtement, il se la ramène quand il est avec ses potes, mais c'est une vraie mère poule avec son petit copain.

     

     Une fois les cours terminés, je me rends au club comme tous les jours. Il n'y a pas grand monde, ce qui est lié, je suppose, aux examens de mi-semestre qui approchent. (Et moi, alors, je n'étudie pas?). Je suis un génie, tout est dans mon cerveau, ah ah ah.

     

    « Je n'ai pas peur des matins qui viennent

     J'ai juste peur qu'ils ne viennent jamais

     Même s'il est très tôt

     Je peux le supporter »

     

    Hein ? Mais qui m'appelle, bordel ?

     

     J'attrape mon portable et examine l'écran, perplexe. Je ne reconnais pas ce numéro.

     

    « Allo ? 

     - Noh ! C'est Jeed ! »

     

    Mais c'est qui, Jeed, bon sang ? En tout cas, c'est une fille.

     

    Je fronce les sourcils.

     

     «  Euh, pardon, mais...Jeed qui ?

     - Jeed, la fille d'Hong Kong Noodle que tu as rencontrée hier à Siam... ? Celle qui est au club de musique du Couvent ».

     

    Ah, Hong Kong Noodle, ça y'est, je me rappelle d'elle. Mais comment a-t-elle eu mon numéro ?

     

    Je lâche un petit rire gêné.

     

     « Ah oui, je me souviens. Comment ça va ?

     - Je suis devant ton lycée, est-ce que tu peux sortir ? »

     

    Qu'est-ce que c'est que ce bin's ?! C'est quoi, le truc, avec les filles de cette école ?! Elles se pointent toujours sans s'être annoncées. Je lui réponds rapidement par l'affirmative et enfile mes chaussures avant de courir à la sortie du lycée. La chose que j'aime le moins au monde (juste après les araignées), c'est de laisser une fille m'attendre devant mon école comme elle est en train de le faire. Ce n'est pas que je trouve ça agaçant ou que je joue les mecs indifférents, mais je trouve que c'est dangereux pour elles. Il y a trop de garçons dans les parages. On ne sait jamais ce qu'ils pourraient penser. Et si une chose terrible se produisait ? Ces gars sont en manque, en plus. Soupir. Je repère Jeed, qui porte le même uniforme que Yuri, et se tient debout près du portail avec un sourire sur le visage. Pour être franc, je ne me rappelle pas de quoi Jeed a l'air, mais si je me fonde sur les éléments que j'ai à disposition, ça ne peut être qu'elle.

     

    « Quelque chose ne va pas, Jeed ? » lui demandé-je, hors d'haleine.

     

    « Ce n'était pas la peine de piquer un sprint jusqu'ici, Noh, je t'aurais attendu ! »

     

    Non mais écoute-toi, tu ne te rends toujours pas compte que tu ne devrais même pas être là en premier lieu ?

     

     « Alors, qu'est-ce qu'il y a ? »

     

     Je ne tourne pas autour du pot. Jeed hésite un peu avant de répondre.

     

     

    « Tu fais partie du club de musique, n'est-ce pas ? Est-ce que je peux t'emprunter les partitions de Barbarian Horde ? Celles qui sonnent bizarre ».

     

    Attends, quoi ? Je fronce les sourcils, dubitatif. C'est normal de se rendre dans un autre lycée uniquement pour emprunter des partitions ? Je veux dire, si c'était vraiment important, elle aurait pu demander à son école d'envoyer une demande par fax et on les aurait envoyées. Il n'y a aucune raison de perdre son temps à venir à faire tout ce chemin. Et puis franchement, ce n'est pas capital non plus.

     

    J'acquiesce quand même et la conduis à l'intérieur du lycée. On va au Bâtiment F et plusieurs étudiants nous dévisagent avec un air abruti. Je suppose qu'ils s'imaginent que j'ai ramené une fille pour me la jouer. Je leur fait des « non » de la tête à tous parce que je ne veux pas qu'il y ait de malentendus. Jeed a plus à perdre que moi, d'ailleurs. Une fois arrivés au club, je la fais attendre pendant que je cherche les partitions. Mais je n'ai aucune idée de l'endroit où Film planque ces trucs. Elle attend probablement depuis trop longtemps, car elle finit par retirer ses chaussures et entrer dans la pièce (1).

     

     «  Tu veux de l'aide ?

     - Non, c'est bon » lui dis-je rapidement tout en passant en revue les différents classeurs (on en a plein, je me demande bien pourquoi on est allés imprimer tous ces machins).

     

    Enfin, je les trouve cachées dans un tiroir, hors de la chemise où elles étaient censées être.

     

     « C'est ça que tu cherches ? »

     

     Je lui tends les papiers. Elle s'approche et jette un œil dessus.

     

     

    « Oui, c'est bien ça.

     - Tu peux les prendre, on a des tonnes de copies ».

     

     Ce que je peux être généreux.

     

     « Merci ».

     

    Juste au moment où Jeed saisit les partitions, la porte s'ouvre. Je me retourne et je ne peux m'empêcher de penser que Phun Phumipat a décidément un timing du tonnerre.

     

    « Ah, Noh. Tu es occupé ? » demande-t-il en me voyant avec une étrangère.

     « Oui, le Couvent voulait emprunter des partitions, lui dis-je avant de me tourner vers Jeed. Tu as besoin d'autre chose ?

     - Non. Ça te dérange si... 

     - Je dois aller à côté du portail, justement. Et si je te raccompagnais ? » l'interrompt immédiatement Phun, même si ça donnait plus l'impression qu'il me demandait à moi et non à elle.

     

    Quel tordu, ce mec. Tu viens pas juste d'arriver ici ?

     

    Je fixe un instant son visage pointu avant de reporter mon intention sur Jeed et d'opiner de la tête.

     

    « Je te laisse avec elle, alors. Désolée de ne pas pouvoir te ramener moi-même, Jeed.

     - Aucun problème. On se voit plus tard »

     

    Euh...Alors il y aura une prochaine fois ?

     

    Ils sortent de la pièce en me laissant avec tout un tas de questions qui tournent dans ma tête. Mais peu importe, est-ce que j'ai vraiment des copies de ces partitions ? Je n'en vois aucune !

     

    A suivre...

     

     

    (1) En Thaïlande, comme dans de nombreux pays asiatiques, il est d'usage de retirer ses chaussures avant de pénétrer dans une pièce. Il y a même des casiers à l'entrée ou à la sortie des salles pour y laisser ses souliers.

     


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    Chapitre 45 : Pourrais-tu me faire confiance ? =)

     

     

     

    Le temps passe et nous voilà vendredi. C'est aujourd'hui qu'a lieu le concert de notre groupe au couvent pour leur journée portes ouvertes. Après une longue et épuisante réunion, il a été décidé que ce serait nous qui irions. Ça n'a rien à voir avec les qualités propre de notre groupe (on répète même rarement tous ensemble), c'est parce que personne d'autre ne voulait le faire. Tout le monde a sorti une légion d'excuses du genre « on a trop de devoirs », « on a des rapports à écrire » et tout ce qu'ils pouvaient trouver d'autre. C'est plutôt bizarre que personne n'ait voulu aller au couvent. Finalement, j'ai découvert que Pao (le bassiste du groupe) avait fait pression avec d'autres membres pour que personne n'entrave sa vie amoureuse. Il a juré qu'il reviendrait avec une nouvelle copine du couvent.

     

     

     

    Bon, dans ce cas.

     

     

     

    Phun était là le jour où j'ai rendu le formulaire pour qu'on puisse jouer là-bas. (Pour être honnête, j'y suis allé à un moment où je savais qu'il travaillait, pour qu'il puisse m'aider avec la procédure au cas où). Mais quand il s'est rendu compte que c'était mon groupe qui allait jouer, il est devenu vraiment chiant. Il a répété et répété que s'il ne pouvait pas venir avec nous, alors il ne signerait pas les papiers. C'est au Conseil des étudiants de gérer les demandes d'absence, c'est à eux de vérifier si elles sont valables ou non. Génial. La dernière fois, Fi avait à peine jeté un coup d'oeil avant de signer. On pouvait crever au fond d'un fossé, il ne l'aurait même pas remarqué. (Est-ce que j'ai commis une erreur en allant voir Phun, alors?).

     

     

     

    On s'est engueulés pendant un bon moment à cause de ça, Phun avait cette expression odieuse sur le visage qui me donne envie de lui en coller une. Il n'a pas cédé et j'ai été obligé de lui permettre de venir. Peu importe. Ce sera une bonne chose d'avoir une paire de bras supplémentaires pour porter des trucs, de toute façon.

     

     

     

    On a quitté le lycée tard dans l'après-midi, pour amener nos instruments directement au couvent. Une surprise nous y attendait. Il y avait une grande bannière « Bienvenue aux musiciens de xxx ». Est-ce qu'ils avaient fait ça, l'année dernière ? Je ne me rappelle pas.

     

     

     

    On est entrés à l'intérieur, en pleine confusion. Quelques étudiantes sont venues pour nous aider à porter le matériel, c'était surprenant de constater à quel point les membres de leur club de musique semblaient reconnaissantes. (Jeed est le premier visage que j'ai vu). Les filles nous ont conduit au vestiaire où il y avait tout ce qu'on pouvait rêver. Je me suis regardé dans le miroir pour savoir si j'étais toujours le même Noh ou si j'étais subitement devenu p'Toon des Bodylam (1) (elles auraient pu faire la confusion, c'est vrai qu'on se ressemble physiquement). C'est quoi ce bordel ? L'année dernière, tout ce qu'on avait, c'était une tente près du terrain de sport.

     

     

     

    On les remercie avant d'apporter les instruments sur la scène pour les installer. Elle est vide, vu que les autres attractions de la journée prennent place à l'extérieur dans l'espace ouvert. Quelques étudiantes nous regardent tout mettre en place et tester le son.

     

     

     

    « Tu es fatigué, Noh ? »

     

     

     

    Alors que je branche l'ampli, Jeed vient vers moi et me tend une bouteille d'eau. C'est du favoritisme pur et simple puisque je travaille à l'ombre et suis tout à mon aise alors qu'Art et Knott, qui auraient bien besoin d'eau, triment sous le cagnard.

     

     

     

    « Non. Ça te dérangerait d'apporter un peu d'eau à mes amis près de la sono ? Ils doivent mourir de chaud »

     

     

     

    Ma requête semble la perturber car elle paraît tout à coup un peu déçue.

     

     

     

    « Oh...mes amies s'en chargeront, me dit-elle avant de poursuivre la conversation. Tu as mangé ?

     

    - Noh, avale-ça, c'est foutrement bon ».

     

     

     

    Avant que je ne puisse répondre, la voix de Phun nous interrompt. Et en plus de ça, il fourre un takoyaki (2) géant dans ma bouche.

     

     

     

    Connard ! C'est brûlant !

     

     

     

    «  Co-ard ! 'est -ûlant ! »

     

     

     

    Cet abruti se marre. C'est franchement délicieux, par contre, je le lui accorde. Je me demande où il les a achetées. Une fois que le feu dans ma bouche s'est apaisé, je le lui demande et découvre qu'il y a des stands de nourriture de l'autre côté. Phun réglait les derniers détails avec les profs et ils ont été assez sympas pour lui donner quelques bouchées gratuitement. En dehors des takoyakis, je remarque qu'il y a plein d'autres trucs comme des brioches à la crème, des œufs de caille et de la salade de nouilles épicée. Dès qu'il est question de bouffe, Phun et moi entrons généralement dans une conversation longue-durée. Je ne me rends même pas compte que Jeed a quitté la scène.

     

     

     

    « Noh ! Pourquoi tu ne m'as pas appelée pour me dire que tu étais déjà là ? »

     

     

     

    Mais la voix aiguë de Yuri se fait entendre. Je me retourne vers elle au beau milieu de ma discussion avec Phun, des vis toujours à la main. Elle me fait de grands signes de la main de la fosse, devant la scène.

     

     

     

    « On vient juste d'arriver. Tu seras là pour le concert ? »

     

     

     

    Elle me sourit.

     

     

     

    « Bien sûr ! Mais il faut que je fasse quelques khanom kroks (3), d'abord ! Hé hé hé ! »

     

     

     

    Je suppose qu'elle tient un stand de desserts. C'est pas mignon, franchement ? J'opine de la tête dans sa direction et elle s'en repart en courant, dans son tablier sale.

     

     

     

    « On a du succès, à ce que je vois ».

     

     

     

    Hein ? La voix sarcastique de Phun me pousse à tourner la tête vers lui. Il affiche une expression indifférente avant de finalement partir nourrir quelqu'un d'autre.

     

     

     

    Ma montre m'indique qu'il est 15h30, c'est l'heure de monter sur scène. Une superbe femme (qui est-elle ? C'est un putain de canon) prend le micro pour nous annoncer au public, entièrement composé de filles. D'abord, quelques jeux sont organisés sur l'estrade. Et bon, je sais que les jeux font partie du spectacle, mais je ne pige pas pourquoi c'est à nous de remettre les prix ? Je veux dire, je ne suis pas un des directeurs de l'école. -_-''

     

     

     

    Quoi qu'il en soit, disons que le tout était quand même franchement amusant. =) Pao avait l'air content vu qu'il avait l'occasion de reluquer les filles. Il était en train de discuter avec deux organisatrices dans les coulisses. Jeed tentait de débuter une conversation avec moi, elle aussi. (J'ai remarqué qu'elle avait tenté le coup plusieurs fois, déjà). Mais c'était difficile pour elle, car, visiblement, j'appartenais à la communauté entière aujourd'hui. Une personne m'appelait pour que j'aille quelque part, une autre essayait de m'intercepter pour blablater avec moi et ainsi de suite. (Phun était l'une de ces personnes).

     

     

     

    On a donc aidé les organisatrices en remettant des récompenses et en participant aux divers jeux jusqu'à ce qu'il soit l'heure de commencer le concert. Aujourd'hui, je serai à la fois guitariste et chanteur principal. Je lance un petit bonjour au filles et suis accueilli par une flopée de hurlements. Elles sont beaucoup plus bruyantes que l'année dernière.

     

     

     

    On est un peu déconcertés par cet aspect des choses, mais comme on dit en anglais, « Show must go on » (je ne sais pas ce que ça veut dire, mais ça sonne bien, donc je le ressors). Pao commence l'introduction à la batterie de « That Thing you do » des Wonders. On l'avait également jouée pour commencer l'année dernière. Les cris sont déments. Si le public est à ce point dedans, comment nous, musiciens, ne pourrions pas être à fond aussi ? Je chante et ris quand je vois Yuri se lancer dans des mouvements de danse thaï. C'est hilarant. La chanson que j'interprète est plutôt mignonne, elle n'aurait pas pu choisir d'autres pas de danse pour l'accompagner ? J'éclate de rire sur scène. Yuri le remarque et se déhanche de plus belle. Si l'un de nous deux doit se sentir embarrassé, c'est elle.

     

     

     

    Phun se cache au niveau de la sono avec nong Knott. Il n'est qu'à quelques mètres de là. Mais je crois qu'il a dû griller une cartouche, vu qu'il ne peut pas s'empêcher de sourire bêtement comme s'il était bon pour l'asile. Il me sourit constamment et ça commence à me faire rougir. Bon, peu importe !On peut bien être tous les deux bons pour l'asile si ça nous permet de continuer à nous sourire comme ça ^____^

     

     

     

    Après, on enchaîne avec « Est-ce que je peux te prendre dans mes bras ? » de Skykick Ranger (4). C'est Ohm qui a choisi cette chanson. (Je me demande qui il veut serrer dans ses bras, hum hum ). Je plaisante, on joue souvent ce genre de chanson optimiste dans des événements comme celui-là (comme ça les directeurs se décontractent plus). Et c'est pourquoi on a eu besoin de traîner Mum et ses amis sur scènes avec nous. Il nous fallait des instruments à vent. (Il sont trois : nong Mum, nog Heng et nog Loy. Mais comment ça se fait que nong Mick ne soit pas là ? C'est mieux comme ça, j'imagine. S'il était sur scène avec Ohm, il ne serait sans doute pas capable de se concentrer et il ne ferait que des fausses notes). Alors que je chante les paroles « J'ai envie de te serrer dans mes bras, est-ce que j'en ai le droit? » , je m'avance et tends mes mains vers le public. Les filles poussent des hurlements stridents, en pleine extase (suivis par une armée de bras qui se tendent vers moi). Bon dieu, c'est la première fois de ma vie que j'ai l'impression que je suis beau gosse. C'est vraiment marrant, ah ah ah. Ensuite, on passe à une chanson plus rock, un truc qu'on s'attend à voir jouer par un groupe de garçons. On ne peut pas n'interpréter que des chansonnettes sinon on va finir par penser qu'on manque de virilité. (Et je pense que je suis un dur!). Cette chanson est notre signature et tous les membres du club la connaissaient. C'est « Pas si beau que ça » de Modern Dog (5), hé hé. Même si je suis personnellement très beau (ne me jetez pas des tomates, c'est pas beau de gâcher la nourriture), j'aime beaucoup interpréter cette chanson parce qu'elle est facile à chanter. (Quoi ? Qui a dit que j'étais flemmard?). Le son est bon, aussi. J'aime ce genre de chanson qui oscille entre des parties rapides et d'autres plus lentes, c'est marrant à jouer.

     

     

     

    Une fois qu'on a fini avec « Pas si beau que ça » (chantée par un mec très beau), on prend une petite pause et boit un peu d'eau. Ensuite, on reprend avec « Cette chanson n'a rien à voir avec l'amour » des Silly Fools (6) =). C'est presque une ballade mais pas tout à fait. Je ne sais pas vraiment comment la décrire. Si vous vous attendiez à ce qu'on joue sept chansons rapides d'affilée, vous vouliez nous voir morts. (Non qu'on ne puisse pas vu qu'on a fait que manger et dormir dernièrement, donc on a l'énergie). Mais on décide de ralentir la cadence, ce qui permet aussi au public de nous accompagner en faisant de lents mouvement de bras. Je reconnais que ma voix n'est pas comparable à celle de p'Toe (7) (comment fait-on pour sortir les dernières syllabes comme il le fait ? Où on peut apprendre ce genre de truc?). On a un peu ralenti le rythme de la chanson mais ça reste agréable à écouter. Honnêtement, je ne suis pas un super chanteur à la base (je n'ai jamais pris de leçons, la seule expérience que j'ai, c'est de faire du karaoké avec ce bâtard d'Ohm). En gros, si ma prestation est passable, je suis déjà content du résultat. (Ça sonne comme une excuse, non?). Phun commence à rire quand je passe dans les aigus sans raison. Toi, connard, tu aurais encore plus massacré cette chanson que moi ! (Pour preuve : le dernier Live Contest).

     

     

     

    Comme on a déjà pris notre pause, on ne peut pas enchaîner avec une autre ballade, donc réveillons un peu tout ça. C'est incroyable comme il suffit qu'Ohm joue deux accords, E et A, pour que les filles hurlent à en recracher leurs poumons comme si elles avaient à l'avance quelle chanson allait être interprétée. Vous avez peut-être deviné qu'on est sur le point de jouer « Hésitation » des Bodyslam. Je suis aussi sexy que p'Toon aujourd'hui, de toute façon. Je vais prendre les choses comme elles viennent et me laisser entraîner. Hé hé hé. Les titres des Bodyslam sont difficile à interpréter mais vraiment marrants à jouer. Pao adore jouer leurs morceaux à la batterie et Ohm et moi aimons beaucoup les parties à la guitare, aussi. Poom est le seul qui trouve à se plaindre car il n'y a pas énormément de clavier (mais hé, c'est du rock, tu peux lever le pied le temps d'une chanson). C'est surtout un bon moyen de voir si le public a toujours de l'énergie en réserve, particulièrement pour le milieu de la chanson. Je m'approche des 500 filles devant la scène pour reprendre ma place de chanteur principal. Tout le monde chante à l'unisson avec nous, je suis vraiment content pour p'Toon car sa prouve que sa chanson est toujours très populaire. (Même s'il en a probablement marre de l'entendre). Il y a quand même un décrochage à un moment, c'est New (le bassiste) qui rate la note pendant les chœurs, alors qu'il chante en même temps qu'Ohm, Poom et Pao. Pour une raison inconnue, il décide de chanter sur un ton plus grave qu'eux. Ce n'est pas très important, cependant, je ne suis pas inquiet pour la qualité de la prestation =) Et puis je l'ai tellement critiqué que je n'en peux plus moi-même, donc bon...

     

     

     

    Après avoir vérifié que le public en avait toujours dans le coffre (et appris qu'il en avait effectivement encore beaucoup), on enchaîne directement avec la chanson suivante. Pas de rock cette fois. Je vous avais dit que j'étais très branché ska en ce moment. Après avoir bataillé férocement avec les mecs, j'ai pu ajouter cette chanson à la liste prévue. C'est « Qu'est-ce que le Ska ? » de Skalaxy (8). Cette chanson est super drôle à jouer en direct, je vous le dis. L'essayer, c'est l'adopter ! =)

     

     

     

    Nong Mum, nong Heng et nong Loy sont de retour sur scène avec nous après l'avoir quittée pour les trois dernières chansons. Je remarque qu'ils exécutent une chorégraphie aussi, mais quand ont-ils répété ça ? En tout cas, ils sont franchement adorables. Et franchement, personne ne doit sous-estimer nong Mum même s'il est potelé. Quelques juniors crient dans sa direction. (Je l'ai surtout senti quand il y a eu le solo de trombone). Yuri est là aussi, je me demande pour qui elle hurle. Ce doit être pour moi, hein ? Ça ne peut pas être pour nong Mum, ah ah. (Est-ce que quelqu'un vient de me traiter de prétentieux ?). On est quasiment vidés de toute notre vigueur quand la chanson s'achève et il en reste encore une à jouer. Je leur avais dit qu'il fallait interpréter ce morceau à la toute fin, mais personne ne m'a écouté. (Ce titre épuise l'énergie du chanteurs, des musiciens, des danseurs et même du public).

     

     

     

    Je prends une grosse gorgée d'eau (je finis quasiment la bouteille en un seul coup) avant de poser ma guitare dont je n'ai pas besoin pour la prochaine chanson. Mes yeux sont fixés sur la play-list devant moi mais quand je les lève finalement, c'est pour voir Phun me sourire. (En fait, il n'a pas cessé de sourire depuis la toute première chanson, son chewing-gum doit être tout sec).

     

     

     

    Je lui fais un grand sourire en retour avant de parler dans le micro et d'annoncer le titre de la dernière chanson d'une voix à peine audible.

     

     

     

    « S'il-te-plaît, crois en moi »

     

     

     

    En dépit des hurlements stridents en provenance du public qui noient complètement l'intro de Pao à la batterie, je distingue toujours clairement Phun au milieu de la foule. Il continue de me sourire, comme j'espérais tant qu'il le ferait. Quand on répétait, je n'ai pas sélectionné cette chanson en pensant particulièrement à lui. Mais s'il l'entend et réalise qu'elle le concerne, ce sera génial, non ? Je lui souris une dernière fois avant d'attraper le micro et d'attaquer la chanson.

     

     

     

    « Je te veux avec moi

     

    Chaque jour, est-ce que ce serait possible ?

     

    Je veux t'aimer pour toujours

     

    T'avoir dans mon cœur

     

    Je veux être cette personne

     

    Dont tu as toujours rêvé

     

    Je veux veiller sur ton cœur

     

    Et je veux faire tout ça pour toi »

     

     

     

    Je lève les bras et tape des mains en suivant le rythme de la musique, invitant tout le monde à en faire de même. Phun sourit, et commence à taper des mains alors que vient le refrain. Je suis tout à fait conscient d'être incapable d'arrêter de sourire.

     

     

     

    « Crois en moi et sois bien sûr

     

    Que jamais je ne te décevrai

     

    Que je te tiendrai dans mes bras, peu importe ce qui arrivera

     

    Je ne te demanderai de me faire confiance qu'une fois

     

    Je veux que tu saches que je suis là

     

    Je veillerai sur toi, je ne te quitterai jamais

     

    Je le ferai pour toi, de tout mon cœur

     

    Laisse-moi juste t'aimer

     

    Oh oui »

     

     

     

    Les filles beuglent un truc incompréhensible mais mes yeux ne quittent pas Phun qui a levé son pouce en signe d'appréciation. Malheureusement, étant donné que son attention est focalisée sur moi, il n'a pas remarqué que nong Knott complotait contre lui. Et il est surpris quand il décide de lui enlever son casque et de le pousser soudainement sur la scène. Même Ohm, New, qui joue son solo, et le reste du groupe ne réalisent pas bien ce qu'il se passe jusqu'à ce que Phun soit si prêt de moi que nos corps se touchent. Je lance un regard perplexe à Knott parce que je n'avais pas du tout prévu ça. Il est tout sourire et murmure dans mon oreille « Chantez donc ensemble, p' . Hé hé ».

     

     

     

    Le con ! Je ne peux pas lui botter le cul vu que je suis sur scène mais il ne perd rien pour attendre. Ohm me regarde, moqueur, alors qu'un membre du staff amène un micro pour Phun. Il rit d'un air gêné mais l'accepte. Alors que j'attends la fin du solo, je réfléchis rapidement à comment je dois chanter la suite pour qu'on puisse se tirer de ce guêpier sans se rendre totalement ridicules au passage dans le cas où Phun chanterait encore d'une voix trop basse. (Ah ah ah). Ohm enchaîne à la guitare et regarde Phun pour lui signaler que ça va bientôt être son tour. Phun acquiesce avec un sourire avant de se caler parfaitement sur ma voix.

     

     

     

    « Crois en moi et sois bien sûr

     

    Que jamais je ne te décevrai

     

    Que je te tiendrai dans mes bras, peu importe ce qui arrivera

     

    Je ne te demanderai de me faire confiance qu'une fois

     

    Je veux que tu saches que je suis là

     

    Je veillerai sur toi, je ne te quitterai jamais

     

    Je le ferai pour toi, de tout mon cœur

     

    Laisse-moi juste t'aimer

     

    Je veux que tu saches que je suis là

     

    Je veillerai sur toi, je ne te quitterai jamais

     

    Je le ferai pour toi, de tout mon cœur

     

    Laisse-moi juste t'aimer

     

    Oh oui »

     

     

     

    On se prend mutuellement par l'épaule et on finit la chanson ensemble. (C'était éreintant). Yuri sautait partout en criait plus fort que n'importe qui pendant ce temps-là. (J'ai pu comprendre qu'elle disait « C'est mon copain ! C'est mon copain ! » à ses amies. Je peux lire sur les lèvres!). Le temps que la chanson se termine, j'étais en sueurs et n'avais plus la moindre force en réserve.

     

     

     

    Phun halète et sue aussi. (Et tu n'as chanté qu'une demi-chanson). Je suppose que c'est à cause du projecteur qui était fixé sur nous. Mais malgré cela, il semble heureux. On se sourit avant de se prendre par la main et de s'incliner pour saluer le public. La caméra ne nous lâche pas alors qu'on remercie tout le monde. Pendant ce temps-là, je me souviens subitement de quelque chose.

     

     

     

    Et Aim, alors ? Je ne l'ai pas vue depuis que je suis arrivé ! Est-ce que Phun si ? Est-ce qu'il a demandé à venir parce qu'il ne pense déjà plus à elle ou est-ce que c'était dans l'espoir de la voir au contraire ?

     

     

     

    Je ne peux pas m'empêcher de laisser mon imagination partir dans tous le sens. Je ne sais pas si c'est parce que Phun peut voir ce qu'il se passe dans ma tête mais il lâche mon poignet et attrape une serviette étendue sur l'ampli. Il me la lance sur la tête avant de prononcer des mots inaudibles :

     

     

     

    « Je...crois...en toi »

     

     

     

    Si c'est vrai, alors moi aussi je crois en toi =)

     

     

     

    °°°°°°°°°°°°°

     

    Après le concert, j'ai l'impression qu'on est devenus les DBSK (9) (oui, j'ai le cran de faire cette comparaison) parce que toutes ces filles en furie viennent nous cerner. Pour faire simple, on arrivait tout simplement pas à quitter la scène jusqu'à ce que des membres de l'équipe organisatrice volent à notre secours. On arrive finalement à s'extirper de là avec beaucoup de difficultés, sous les flashs des multitudes de portables (je peux totalement comprendre ce que c'est d'être une superstar aujourd'hui). On arrive enfin à reprendre notre souffle quand on parvient à notre havre de paix, j'ai nommé les vestiaires.

     

     

     

    « Knott, à quoi tu jouais exactement ? »

     

     

     

    Je m'occupe immédiatement du cas de ce type. Son cul est probablement recouvert de bleus après tous les coups de pieds que je lui ai donnés, mais il continue de rire joyeusement.

     

     

     

    « Bah quoi ? J'ai vu que tu n'arrivais pas à quitter p'Phun du regard donc je me suis dit que tu voulais qu'il chante avec toi ».

     

     

     

    Non mais écoutez-moi cette excuse ! Il ferait bien de faire gaffe !

     

     

     

    « Franchement, t'as failli tout gâcher en le faisant chanter ».

     

     

     

    La personne concernée cesse illico de boire sa bouteille et me dévisage : « quoiiiii ? »

     

     

     

    Tout le monde éclate de rire et tape gaiement des mains, même New commence à jouer du tabourin.

     

     

     

    « Parfaitement, j'ai même eu à baisser d'un ton ».

     

     

     

    Poom, le claviériste, fait une blague et tout le monde rigole de nouveau. Phun se gratte la tête.

     

     

     

    « J'étais si mauvais que ça ? Désolé, les mecs ! » s'excuse-t-il.

     

     

     

    On continue à tous se taquiner mutuellement pendant un moment. Puis, la porte s'ouvre et deux filles entrent dans la pièce. (On arrête immédiatement de parler). L'une de ces filles est Jeed et elles sont là pour nous donner des porte-clefs souvenir en forme de poupée. Vu la variété de couleurs disponibles, on décide de juste fermer les yeux et de piocher au hasard plutôt que de se lancer dans des tractations interminables comme ce serait le cas habituellement.

     

     

     

    Je regarde mes amis manifester leur joie quand ils sont assez chanceux pour avoir celui qu'ils voulaient. Certains pleurent quasiment de frustration quand ils ne tirent pas le bon, ce que je trouve amusant. Jeed se faufile jusqu'à moi et me montre les porte-clefs restants.

     

     

     

    « Lequel veux-tu, Noh ? Je te laisse choisir »

     

     

     

    Hein ? J'ai le droit de choisir ?

     

     

     

    Je la regarde, déconcerté, en me demandant si je devrais oui ou non en choisir un. Mais à ce moment-là, Phun en pioche un et me le tend : « je choisis celui-là pour toi. Prends-le ».

     

     

     

    T'as le truc pour gâcher mon plaisir, connard. Je voulais l'autre, justement. Mais bon, laisse tomber.

     

     

     

    « Merci, mais ça ira » dis-je à Jeed en souriant alors que j'accepte celui de Phun à la place.

     

     

     

    Elle semble mécontente mais Ohm détourne mon attention quand il pousse un cri perçant parce qu'il a eu la poupée habillée en scout.

     

     

     

    Ah ah, bien fait pour toi !

     

     

     

    Ensuite, reste tous à discuter un moment vu qu'il y a encore énormément de monde dehors et que ce serait difficile de transporter les instruments dans cette foule. En plein milieu de la conversation, j'entends le bip de mon portable. J'ai reçu un texto.

     

     

     

    « Je ne peux pas entrer à cause de ces filles du club de musique. Non mais franchement ! »

     

    De : Yuri

     

     

     

    Hein ? C'est quoi, le problème ?

     

     

     

    Je fronce les sourcils et cherche quelqu'un dans la pièce qui pourrait m'aider à résoudre ce problème mais seule Jeed est disponible. J'essaie d'attirer son attention (j'évitais de le faire jusqu'à là parce que j'ai l'impression que Phun se comporte bizarrement dès que Jeed s'approche de moi). Elle vient vers moi, un grand sourire sur le visage.

     

     

     

    « Oui, Noh ?

     

    - Est-ce que Yuri pourrait entrer ? Elle m'a envoyé un message disant qu'elle n'était pas autorisée à nous rejoindre ».

     

    Son sourire disparaît, remplacé par un long soupir.

     

     

     

    « Je crains que ce ne soit pas possible. Seuls les musiciens et les membres du club de musique peuvent pénétrer dans cette pièce »

     

     

     

    Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! C'est quoi ces mesures de sécurité débiles ? Je ne suis pas un sultan, bon dieu !

     

     

     

    Je décide de laisser courir, tant pis si Yuri ne peut pas nous rejoindre, je l'appellerai une fois rentré à la maison.

     

    L'horloge nous indique qu'il est 17h, il est temps de rapatrier les instruments. Il y a encore plein de filles qui nous demandent de prendre des photos alors qu'on nettoie la scène. Au début, j'étais perplexe face à ce genre de requête et je ne savais pas quelle pose prendre. Quand je prends des photos avec mes amis, c'est généralement à qui fera la tronche la plus improbable possible. Mais ces filles étaient gentilles, elles ne voulaient certainement pas d'expression bizarre sur leurs photos. Mais comment étais-je supposé prendre un air de beau gosse ? On ne m'a jamais appris à faire ça. Je m'apprêtais à demander conseil à Phun (vu que c'est son hobby) mais il prenait des photos avec des étudiantes de la classe supérieure. Bon, je suppose que je n'ai pas besoin de lui demander, ma tête est toujours magnifique peu importe mon expression de toute façon. Hé hé.

     

     

     

    On a continué à toute remballer et à prendre des photos pendant un moment avant que le club de musique du couvent fasse une annonce demandant aux étudiantes de ne pas nous gêner dans notre travail (sinon, on aurait été là jusqu'à 21h). Ça nous a facilité la tâche et nous avons pu finir tranquillement.

     

     

     

    J'étais en train d'enrouler les fils électriques quand j'ai appelé Per et le reste des mecs pour qu'ils viennent nous aider à transporter tout le matériel. Ils n'ont pas été longs à arriver (tous les prétextes sont bons pour venir au couvent). On a pu quitter le lycée en embarquant tout avec difficulté. Les juniors sont de nouveau venues nous entourer dès qu'on a quitté la scène (Seigneur!). On osait pas trop faire de grands mouvements car on avait peur de les blesser. Tout ce que je pouvais faire, c'est jouer légèrement des coudes, ma guitare électrique sur le dos, deux pupitres à partition et une boîte remplie de câbles dans les mains. C'était vraiment une situation d'urgence.

     

     

     

    Je me suis retrouvé coincé au beau milieu d'un mouvement de foule avec des flashs d'appareils photos me bombardant dans tous les sens. J'ai commencé à avoir des vertiges et la seule chose que j'arrivais à distinguer, c'étaient des projecteurs violets. Je savais que ça allait mal tourner mais à ce moment-là, Jeed a réussi à se frayer un chemin jusqu'à moi et à attraper mon bras. A partir de cet instant, les autres filles se sont calmées. Je n'ai pas eu l'opportunité de la suivre très longtemps car une autre petite main est venue s'accrocher à mon autre bras.

     

     

     

    « Je peux m'occuper de lui. C'est mon copain, c'est à moi de m'en charger »

     

     

     

    C'est Yuri ! Mais d'où est-ce que tu sors ? Je pensais que tu étais déjà rentrée chez toi !

     

     

     

    Je reste planté là avec la bouche ouverte alors que je dévisage Yuri. Je la regarde, puis Jeed qui n'a pas l'air décidée à me lâcher. Aucune n'est prête est à céder.

     

     

     

    « Cette affaire concerne le club de musique, Yu.

     

    - Votre journée de travail est terminée, là c'est l'heure où les couples se retrouvent »

     

     

     

    Elles commencent à se crêper le chignon, ce qui me laisse totalement pantois. Puis, je tente de reprendre contenance.

     

    « Euh... »

     

     

     

    Je devrais probablement dire quelque chose. Mais...quoi ?

     

    Arf

     

     

     

    Avant que les filles ne puissent se décider, un troisième opposant entre dans la course et vient agripper mon épaule. Il me débarrasse aussi des pupitres et m'aide à m'extirper de la poigne des deux autres.

     

     

     

    « Laisse-moi prendre ça. Merci beaucoup, les filles. Je raccompagnerai Noh moi-même ».

     

     

     

    The End.

     

     

     

    Phun Phumipat fait un grand sourire à Yuri et Jeed et me prend par le cou pour qu'on puisse quitter le couvent ensemble. Je me retourne rapidement pour dire au revoir à Yuri, qui fait de même. Puis, je regarde le secrétaire du Conseil des étudiants qui sourit toujours en me tenant fermement.

     

     

     

    « Qu'est-ce que tu te la pètes ! »

     

     

     

    A suivre...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (1) Les Bodyslam sont un groupe de rock célèbre en Thaïlande, dont le leader Athiwara Khongmalai, dit « Toon », est particulièrement populaire.

     

    (2) Boulettes de pâte japonaise farcies à la viande, au poisson ou aux crustacés.

     

    (3) Sorte de pancakes thaï, à base de lait de coco

     

    (4) Groupe thaï, à mi-chemin entre le rock et le jazz, avec la présence de ses instruments à vent

     

    (5) Groupe de pop-rock thaï, aux chansons vives et entraînantes

     

    (6) Autre groupe de rock thaï

     

    (7) Ancien leader des Silly Fools, aujourd'hui retiré de la musique

     

    (8) Comme vous vous en doutez, il s'agit d'un groupe de ska

     

    (9) DBSK pour Dong Ban Shin Ki, un duo coréen très populaire en Asie plus connu sous le nom de TVXQ

     

     

     


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    Chapitre 46 : On est faits pour être ensemble

     

     Une fois qu'on en a fini avec le couvent, on décide d'aller au restaurant de porc grillé qui appartient à la famille de Knott près de Kaset-Nawamin Road. On s'y rend tellement souvent que son père ne s'offusque même plus du boucan qu'on persiste à y faire. Il nous a même dit qu'il préférait avoir plein de jeunes dans son restaurant pour que l'ambiance reste vivante.

     

    « Hééééé ! Mais qui a mis du bœuf sur ce grill, bordel ? Qu'il se dénonce, pour que je lui en mette une »

     

    Poom, qui était silencieux depuis une bonne heure, se met soudainement à pester quand il remarque un morceau de viande rouge trônant au beau milieu de la grille et ce alors qu'on a tous voté pour qu'il n'y ait pas la moindre petite pièce de bœuf au menu ce soir. Sa plainte éclate si bruyamment que j'en tressaille. Et bien sûr, quand on constate ce type de violation, le coupable ne peut être que...

     

    « Quoi ? Mais c'est pas du bœuf ! »

     

    Eh voilà, l'homme responsable du délit vient de se dévoiler. Je regarde Ohm, mes baguettes en suspension dans ma bouche. Il soulève lentement un des morceaux que Poom a accusé d'être du bœuf et l'agite sous le nez du plaignant.

     

    « Regarde bien. C'est clairement...de l'épinard »

     

    Ce connard ! Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi gonflé que ce type ! La tête d'Ohm se transforme en poubelle quand tous les mecs se mettent à lui jeter des serviettes sales au visage.

     

    Tu le mérites, et je te dis ça en toute franchise.

     

    Poom et Ohm se disputent encore un moment sur la question de savoir s'il s'agit de bœuf ou d'épinard (non mais franchement, il ose encore prétendre que c'est de l'épinard?) avant que Poom ne remporte la victoire. Il appelle un serveur et demande à ce que le grill soir remplacé immédiatement, comme si c'était une urgence vitale. On rit tous ensemble alors qu'on enlève le porc, le poulet, le bacon et quelques autres petites choses de notre grille pour qu'il puisse la changer. En attendant, on se sert sur les autres grills. Beaucoup des membres du club de musique sont présents, donc on a dû mettre bout à bout trois tables avec chacune son réchaud. Mais c'est difficile de circuler correctement autour des tables, pour pouvoir aller piocher chez les autres.

     

    « Tiens, j'ai pu trouver du porc »

     

    J'ai sans doute oublié de mentionner que je n'avais pas levé le nez de mon assiette depuis qu'on s'était tous assis. En fait, je n'ai même rien mis à griller du tout. La personne qui s'est occupée de la cuisson, vérifie quel morceau est prêt et quel autre ne l'est pas, à ma place, est Phun Phumipat, également connu comme le secrétaire du Conseil des étudiants, qui s'est invité au restaurant (vu qu'il s'était aussi invité à rejoindre le groupe plus tôt dans la journée). Je suppose qu'il peut être considéré comme le secrétaire du club de musique aussi maintenant, puisqu'il est à mes petits soins en permanence.

     

    Honnêtement, s'il pouvait mâcher et avaler la nourriture pour moi, il le ferait.

     

    « Hé, tu devrais en prendre un peu pour toi aussi. Tu n'as pas faim ? »

     

    Je lui dépose rapidement du poulet et le porc qu'il vient de m'apporter dans son assiette, qui est vide alors que la mienne est une montagne de choses comme du porc, des champignons, du canard et du poulet. (En fait, il n'y a pas de canard, je trouvais juste que ça faisait bien dans la phrase, ah ah).

     

    Mais Phun se contente de sourire et de me redonner du porc grillé. Hum, tu ne te moquerais pas un petit peu de moi, par hasard ?!

     

    Bon, il peut bien faire ce qu'il veut. C'est mieux comme ça, je ne dirai plus rien, et deviendrai un infirme. D'ailleurs, ce n'est pas plus mal que mon assiette soit remplie de la nourriture que Phun y a mise, car New commence à délirer en faisant des associations de saveurs bizarres. (Je préfère ne pas les décrire parce qu'elles sont trop compliquées et c'est quelque chose dont personne ne devrait s'inspirer de toute façon). Heng échappe de justesse à son cruel destin lorsque le serveur finit par remplacer le grill comme Poom l'avait demandé, sinon il aurait été obligé de manger les horreurs que New a cuisinées. Je suis assis juste à côté de l'emplacement du nouveau réchaud donc je me décale un peu pour faire de la place (et puis, je ne veux pas qu'on m'assassine). Mais il semblerait que quelqu'un veuille effectivement être assassiné.

     

    « Ce serait cool d'avoir une grande sœur comme toooooooi. Ça t'intéresse d'adopter un lycéen ? »

     

    Hé hé. Je n'ai pas besoin de vous dire que la personne qui vient de prononcer ces mots est complètement bourrée, si ? Aucun individu lucide n'irait dire ça à quelqu'un qui porte un plat brûlant dans les mains. La nouvelle grande sœur de Per sourit d'un air narquois et bouge brusquement le grill d'un air menaçant, comme si elle voulait le frapper avec. Heureusement pour lui, elle a l'air de croire au dicton qui veut qu'un bon serveur ne doive s'occuper ni des fous ni des ivrognes, et il s'en sort en un seul morceau avant de retourner profiter du porc grillé et de la bière. (Pour être honnête, quasiment tous mes amis sont des fous et des ivrognes de toute façon).

     

    C'est vrai qu'ils ont bu des litres et des litres de bière à cause de Film, qui a dit que la barmaid au restaurant de Knott était bien fichue (et Knott a profité de l'occasion pour se vanter de l'avoir choisie lui-même). Et c'est pour ça que la barmaid-bien-fichue n'a pas arrêté de remplir les verres de mes amis de toute la soirée, ce qui fait qu'ils sont tous beurrés (Je n'ai rien bu ce soir vu que je ne suis pas d'humeur à ça, et Phun a décidé de ne pas boire non plus). Il sont même tous montés sur la scène du karaoké pour interpréter une chanson mais au lieu de diffuser des titres folk, cette machine s'est mise à passer...

     

    « La Lune ne regarde plus, la Lune ne regarde plus

     Mais même si la Lune ne regarde plus, je ne le permettrai pas »

     

    Hem...Est-ce que quelqu'un, n'importe qui, pourrait m'expliquer la raison d'être de cette horrible scène qui se déroule sous mes yeux ? Ce n'est pas possible qu'Ohm et Film soient vraiment en train de chanter « J'ai osé l'embrasser sous la Lune » (1), si ?

     

    Phun et moi, les seules personnes 100 % sobres de l'assistance, ne pouvons rien faire d'autre que nous prendre la tête dans les mains en nous répétant que ça ne peut être qu'un rêve qu'on oubliera quand on se réveillera. Je l'espère, en tout cas.

     

    Que quelqu'un me vienne en aide !

     

     

    «  Je n'ai pas peur des matins qui viennent

     J'ai juste peur qu'ils ne viennent jamais

     Même s'il est très tôt

     Je peux le supporter »

     

     

    Merci Seigneur ! Mon portable sonne ! Rapidement et dans un geste peut-être un peu trop dramatique, je l'extirpe de ma poche. Phun, une baguette dans la main, me regarde faire.

     

    Bingo ! C'est Yuri !

     

    Son appel me sauve la vie. Je ne veux pas avoir à assister à cette scène grotesque plus longtemps. En en plus, nong Mum se met à la mitrailler avec son appareil photo lorsque Film embrasse Ohm sur la joue. (Arf!). Quand ces deux-là verront les photos une fois dessoûlés...

     

    Je pourrai juste dire que je n'ai rien remarqué parce que j'étais au téléphone avec Yuri. Hé hé hé.

     

    « Allo ?

     - Noh ? Où es-tu ? J'entends un de ces raffuts derrière toi » dit Yuri d'une voix enjouée, comme si ele voulait se joindre à tout le tapage qui m'entoure. Je me dirige vers le jardin pour échapper autant que possible à la pollution sonore (parce que maintenant, Per chante en duo avec le père de Knott et c'est proprement terrifiant).

     

    « Au restaurant de porc grillé. Et toi, tu es arrivée chez toi ?

     - Oui, ça fait un bon moment. J'ai dîné, fait la vaisselle, mis mon pyjama, chatté sur MSN et là je m'apprête à aller au lit »

     

    Eh ben, quel programme détaillé. Je ricane en silence avant de la taquiner un peu.

     

    « Oh, tu t'apprêtes à aller au lit ? Pourquoi tu m'appelles maintenant, alors ?

     - Parce que ! Tu étais dans mon école toute la journée, mais on a à peine pu se dire deux mots ! Si tu penses que tu peux juste m'envoyer balader en me disant d'aller au lit, tu rêves ! »

     

    Elle a l'air vraiment énervée, hé hé hé. Je ris devant sa détermination en m'asseyant sur une grosse pierre pour pouvoir parler tranquillement avec elle. Je suppose qu'on peut voir ça comme une aide à la digestion vu que je me sens plus que repus. On parle de la pluie et du beau temps pendant un moment puis on finit par aborder le concert. Yuri me révèle que toutes les membres du club de musique du couvent avait déjà un gros coup de cœur pour notre groupe depuis notre performance de l'an dernier, et c'est pourquoi elles se sont battues pour que ce soit nous qui revenions cette année. C'est plutôt amusant, si on considère notre prestation déplorable de l'an dernier. Aucun professionnalisme et on jouait vraiment pour s'amuser. Je n'arrive franchement pas à croire que leur club de musique ne se soit pas rendu compte qu'Ohm et et New, respectivement à la basse et à la guitare, jouaient sur deux clés différentes. Je pouvais à peine chanter correctement.

     

     Enfin, en tout cas, on ne s'est pas ratés cette fois (je crois). J'écoute encore Yuri me raconter ses histoires, auxquelles je ris à chaque fois. Alors que je commence à perdre la notion du temps, une lourde main se pose sur mon épaule.

     

    « Phun ? »

     

    Le propriétaire du nom ci-dessus s'assied sur la pierre à mes côtés, une assiette pleine dans les mains.

     

    « Tu en veux ? » me demande-t-il, pas très fort (surtout si on compare avec Per, qui hurle dans le micro) mais Yuri l'entend malgré tout.

     

    « Phun est là aussi... ? » s'enquit-elle d'une voix calme.

     

    C'est bien ce que je pensais. Je sais que Yuri est toujours un peu braquée contre Phun depuis qu'il a quitté Aim. (Le premier jour après la rupture, il a fallu que je l'écoute se plaindre de lui jusqu'à ce que mes oreilles manquent de se détacher de ma tête. Elle croyait que c'était Phun le fautif étant donné que c'est lui qui avait rompu). Mais après seulement deux jours, Aim a commencé à sortir avec un autre mec, ce qui fait que Yuri a cessé de faire des commentaires sur le sujet. Je ne sais pas ce qu'elle sait exactement mais je ne pense pas qu'elle continue à accuser Phun comme elle le faisait avant. Mais elle doit quand même trouver ça bizarre de lui reparler et je comprends qu'elle puisse avoir encore quelques doutes.

     

     « Oui, toutes les personnes qui nous ont aidés sont là aussi » lui dis-je en fronçant les sourcils en direction de Phun quand il me passe une assiette de porc accompagné de galettes de riz et de nouilles vertes.

     

    « Dis-lui bonjour de ma part, alors » répond Yuri d'une voix un peu hésitante.

     

    « Yuri te dit bonjour ».

     

     Phun semble surpris mais il sourit, ravi.

     

    « Hey ! Toujours debout, Yuri ? »

     

     Hé, tu vas commencer à discuter avec elle maintenant ? Je jette un œil à ma montre qui m'indique qu'il est 23h passées.

     

     « Oui, j'avais l'intention de parler avec Noh jusqu'à ce que je finisse par m'endormir, hé hé ».

     

    Génial.

     

     Je transmets à Phun ce que Yuri vient de dire et il rit avant de la prévenir que si elle continue à se coucher aussi tard, elle ressemblera à un panda. Il ajoute ensuite que sa peau vieillira prématurément et sera couverte de rides. Seigneur, il lui balance tous les trucs qu'il ne faut jamais dire à une fille ! Comme c'était prévisible, Yuri réagit à grand fort de cris (parce qu'aucune femme ne veut qu'on lui parle de son funeste destin). Elle rétorque qu'il existe des crèmes et des lotions qui s'occupent de ça. Mais Phun ne lâche pas l'affaire et répond que ces crèmes sont fabriquées à base de vessie de baleine. Yuri poursuit son scandale à l'autre bout du fil. Finalement, je tends le portable à Phun pour les laisser régler ça entre eux (au lieu de m'utiliser comme standardiste). Je peux quand même toujours entendre Yuri protester dès que Phun la taquine. Il est tout content de pouvoir la faire sortir de ses gonds. Yuri n'est pas ta petite sœur, tu sais, pourquoi tu la titilles comme ça ?

     

    Mais c'est un soulagement de les voir se chercher et rigoler ensemble. J'espère que Yuri n'a plus une trop mauvaise opinion de Phun. Je les aime tous les deux et s'ils devaient rester en mauvais termes à cause de cette chose stupide qui s'est produite, ce serait nul.

     

    Phun discute et rit avec Yuri un bon moment avant de me redonner le téléphone. Puis, il faut que j'écoute Yuri répéter dans toutes les tournures possibles qu'il est insupportable (maintenant toi aussi tu sais qu'il est le pire d'entre nous). Mais elle paraît beaucoup plus joyeuse en disant ça, ce qui me fait sourire, et je lève la tête vers Phun toujours assis à mes côtés.

     

    On bavarde encore pendant longtemps (et Phun y va de son petit commentaire de temps en temps) jusqu'à ce que les mecs viennent nous trouver pour nous dire qu'ils vont partir. (Et bien sûr, ils nous charrient, Phun et moi, en faisant un boucan pas possible. Mais heureusement, Yuri ne les entend pas. Avant de raccrocher, Yuri demande si elle peut reparler à Phun. Je n'ai pas la moindre idée de ce dont ils discutent, je n'entends que la seule phrase qu'il lui adresse : « Je veillerai sur lui jusqu'à ce qu'il s'endorme ». Euh...Qu'est-ce qu'il entend par ça ?

     

    Je l'apprends en rentrant à la maison. Le père de Knott a été super sympa, comme d'habitude, il a demandé à un employé du restaurant de tous nous raccompagner chez nous en voiture. Mais je n'ai pas bien compris pourquoi c'est moi qu'il a déposé en premier (ma maison n'était pas exactement la plus proche du restaurant). Évidemment, les mecs se sont mis à brailler quand Phun et moi sommes descendus de la voiture ensemble. Putain, ces cons !

     

    C'est ce dont Phun parlait quand il a dit qu'il veillerait sur moi jusqu'à ce que je m'endorme. Il avait juste besoin d'une excuse pour passer la nuit chez moi. Il prétend que le club de musique a eu sa peau en lui faisant transporter des choses, s'occuper du son et même monter sur scène pour chanter dans un moment particulièrement embarrassant. Selon lui, le président du club que je suis dois prendre ses responsabilités pour ce qu'il s'est passé en s'assurant qu'il passe une bonne nuit. Il a des couilles, pour dire un truc comme ça ! Il me semble me rappeler que c'est lui a insisté pour venir avec nous. De quoi se plaint-il, maintenant ? -_-'

     

     Bon, peu importe. S'il veut rester chez moi, il peut. J'acquiesce avec mollesse dans sa direction pour signifier mon accord et je salue de la mains mes amis qui continuent à se moquer de nous. (C'est quoi leur problème ?! Tout le monde s'en foutait quand quand Per a demandé à Knott s'il pouvait passer la nuit chez lui). Je finis par leur lever mon troisième doigt. Le van redémarre mais ils ouvrent la fenêtre et sortent la tête pour se payer encore un peu notre tronche. Vous feriez bien de faire gaffe ! Il est presque minuit, les gens essaient de dormir !

     

     Phun et moi rigolons pour nous-mêmes alors que le van disparaît à l'horizon. Puis, on entre dans la maison, plongée dans le noir. Phun me répète qu'il a trop mangé, et qu'il aurait dû y aller mollo avec le porc et les fruits de mer.

     

    On met la clim à la seconde où on pénètre dans ma chambre. C'est le début de l'année et pourtant, la température est horriblement élevée. Je fais quelques pas pour ranger ma bien-aimée guitare à sa place légitime. Je la sors rarement, il faut vraiment qu'un événement particulier l'exige. J'ai demandé à mon oncle de m'aider à l'acheter dans une vente aux enchères au Japon et c'était affreusement cher. Mais toujours moins que d'en acheter une neuve, toutefois. Quand bien même, je mourrais sur le coup si elle avait la moindre petite éraflure.

     

    Alors qu'on range nos affaires respectives en silence, une pensée me passe soudainement par la tête.

     

    « Phun.

     - Quoi ? » me répond-il de dessous la chemise qu'il est en train d'enlever.

     

     Je ne sais pas du tout pourquoi je ne trouve pas le courage de le regarder dans les yeux. Mes lèvres sont sèches quand je reprends.

     

    «  Tu as vu Aim aujourd'hui ? »

     

     C'est sûrement la raison pour laquelle j'ai senti ma poitrine se serrer toute la journée. C'est dû à cette question. Phun garde le silence. Généralement, il me répond tout de suite, mais pas là. Mais finalement, il le fait.

     

    « Oui...quand je suis allé au bureau de l'administration.

     - Je vois... »

     

    C'est tout ce que j'arrive à murmurer. Je ne sais vraiment pas quoi dire d'autre. On reste silencieux un moment mais alors que je donne le change en passant un coup de chiffon sur ma guitare, Phun recommence à parler.

     

    « J'ai essayé de lui sourire et de lui dire bonjour mais elle a fait comme si elle ne me voyait pas. Je me demande qui a des reproches à se faire, maintenant, hé hé hé ».

     

     Franchement, je ne pense pas que son rire à la fin soit sincère. Tout ce que je peux faire, c'est m'asseoir sur le lit et m'inquiéter de savoir qu'il est toujours malheureux à cause de ce qu'il s'est passé.

     

     « Est-ce que tu es...jaloux ? »

     

    Tout à coup, j'entends la voix profonde de Phun très près de mon oreille. Je sursaute puis me retourne pour voir sa belle gueule me sourire. Il essaie même de mettre ses mains autour de ma taille par derrière.

     

    « Hé ! Mais qu'est-ce que tu fais ?! J'essaie de nettoyer ma guitare, là, et toi tu vas ma faire laisser des traces dessus ».

     

    Je pleurerais jusqu'à ce que j'en meure, si ça arrivait. Mais attendez, qu'est-ce que Phun vient de dire ? Jaloux ? Quoi ?

     

    « Dans ce cas, dis que tu es jaloux d'abord, hé hé hé. Je ne m'accroche plus à elle, tu sais. C'est fini entre nous. Mais toi, tu devrais admettre que tu es jaloux...hé hé hé ».

     

    Ce connard est tellement insupportable. Je ne sais même pas de quoi il parle !

     

    Je sens mon visage chauffer. Ça fait bizarre, avec lui assis sur le lit derrière moi, alors j'essaie de me libérer de ses bras qui me serrent de plus en plus fort.

     

     « Lâche-moi ! Et je n'ai aucune idée de ce que tu essaies de me faire dire non plus ! Lâche-moiiiii »

     

    C'est une lutte acharnée, maintenant ! Voyons qui de nous deux est le plus fort !

     

    Mais après dix minutes à donner des coups de coude, à le pousser, et à me tortiller dans tous les sens, il devient clair que c'est Phun, même s'il est plus mince que moi. Mais où est-ce qu'il stocke toute cette énergie ? Phun rit de bon cœur.

     

    « Tu ne peux même pas être un tout petit peu jaloux... ? Je crevais de jalousie, aujourd'hui ».

     

    Mais pourquoi je devrais être jaloux ? Minute, qu'est-ce qu'il vient de dire, là ?

     

    Phun se met à blablater, maintenant.

     

    « Tu sais, je crois que c'est vrai, ce qu'on dit. Sortir avec toi, ça veut dire être souvent jaloux et devoir se méfier des filles plus encore que des garçons. Tu ne peux pas arrêter d'être si cool ? Ces filles vont finir par se faire des idées ».

     

    Je ne comprends pas un mot de ce qu'il raconte. Se méfier ? Jaloux...des gens...qui me tournent autour ? Mais pourquoi... ? Attendez, attendez, ça signifie quoi quand on est jaloux, d'ailleurs ?

     

    Je lui renvoie un regard troublé et il me sourit.

     

     

    « Noh...

     - qu-quoi ?! »

     

     

    Peu importe, je me montrerait brave et intransigeant face à l'adversité. Mon ton effronté l'incite à me lâcher et il tourne vers moi pour me voir mieux. Ses yeux perçants me dévisagent et je ne sais pas comment réagir.

     

    « Qu'est-ce qu'il y a ? »

     

    Tout ce que je peux faire, c'est jouer les offusqués. Mais Phun me sourit toujours.

     

    « Hé...vu que tu es déjà amoureux de moi comme je suis amoureux de toi...pourquoi est-ce qu'on ne se mettrait pas tout simplement ensemble ? »

     

    C'était une question, ça ?! Ça sonne plus comme si tu avais déjà tout décidé ! Je riposte immédiatement.

     

    « Qu'est-ce qui te fait croire que je suis amoureux de toi ? »

     

    Il hausse les sourcils.

     

    « Je le sais rien qu'en regardant au fond de tes yeux »

     

     Ça, ça mérite bien un mouvement de recul ! Je reste assis à le regarder un bon moment, en pleine réflexion. (Il me demande de sortir avec lui ou est-ce qu'il me force à sortir avec lui?). Je suppose que je mets trop de temps car Phun me prend de nouveau dans ses bras.

     

     « Hé ! Qu'est-ce que tu fous ?! »

     

    Quand une personne pense à quelque chose et qu'une autre l'attrape soudainement comme ça, c'est normal qu'elle soit surprise ! Phun se pelotonne contre moi et enfouit son visage dans mon épaule. Il me tient si fermement que je peux le sentir trembler. Mais je ne suis pas sûr de savoir ce qui le fait trembler.

     

    « Je suis...gêné, d'accord ? Réponds-moi ! Je vais mourir de honte, là ! »

     

    Oh, donc il a la tremblote parce qu'il est intimidé. Ah ah ah, c'est trop mignon. Du coup, je fais mine de devoir pondérer la question un peu plus longtemps.

     

     « Ça demande réflexion, des trucs pareils...hum, que devrais-je faire ? »

     

    Mais ça n'a pas l'air de l'amuser autant que moi.

     

    « Tu as besoin d'autant de temps pour décider... ? Je vois...je suis désolé de t'avoir placé dans une situation délicate ».

     

    La voix généralement joyeuse de Phun se fait mélancolique. Maintenant, je me sens mal pour lui. Il relâche son emprise mais je ne laisse pas faire et maintenant, c'est moi qui le prends dans mes bras.

     

    « D'accord, on peut faire comme çaaaa ».

     

    Je ferme les yeux en prononçant ces mots.

     

    « Qu'est-ce que tu veux dire ?! »

     

     Qu'est-ce que tu me demandes, là ? C'est moi qui me sens gêné, maintenant ! Je lui donne une petite tape sur la tête.

     

    « T'as vraiment besoin de demander ? Connard ».

     

    On dirait que l'ampoule interne de Phun s'illumine subitement. Il passe sa main sur mon dos et demande confirmation d'une voix empressée.

     

     « Oh, tu...parles de ça ? ?! »

     

    Mais pourquoi es-tu tout excité tout à coup ? C'est pas toi qui disais que j'étais amoureux de toi y'a pas deux minutes ?

     

    Je ne lui réponds pas. Tout ce que je fais, c'est acquiescer légèrement contre ses épaules.

     

     « Allez ! Sois plus clair. Yes ou no? »

     

     Mais non, maintenant ce mec agaçant me pose carrément la question en anglais. Ça veut dire quoi ?

     

    Je reste silencieux un moment avant de faire un sourire et de murmurer gentiment : « oui...alors arrête ton interrogatoire, bâtard ! J'ai fini de parler de ça ! »

     

     Je suis tellement gêné, bordel !

     

    Phun, lui, a l'air plus qu'extatique et raconte des choses incohérentes. Il pousse un cri de pure joie et me serre tellement fort que je suis sûr de récolter des bleus. Mais honnêtement, je me sens tout aussi heureux.

     

    Je le laisse me presser comme un citron et j'ai l'impression que mon cœur va exploser. Phun plonge la tête pour toucher ma joue avec son nez. Il caresse mon dos de ses mains brûlantes sous ma chemise. Ça me fait un peu tressaillir jusqu'à ce qu'il rapproche encore son visage du mien.

     

     « Maintenant qu'on est ensemble...on a plus de raison de se retenir, hein ? »

     

     Hum, est-ce que je dois répondre à ça ?

     

    Mais Phun n'a pas l'air d'attendre de réponse. Ses lèvres fines forment un sourire avant de se poser sur les miennes. Il m'embrasse, puis porte sa bouche à mon oreille et me chuchote la chose que je voulais le plus entendre au monde.

     

    Une larme unique roule sur ma joue quand il prononce ces mots. Ceux que je voulais désespéramment qu'il me dise. Et ce soir, c'est à moi qu'ils sont enfin adressés. Et de la même façon, toutes ces choses que j'ai ressenties au fond de moi lui appartiennent désormais. Phun m'embrasse et me répète à quel point il m'aime encore et encore comme s'il voulait s'assurer et m'assurer en même temps qu'on ne se quitterait plus jamais maintenant.

     

    Je permets à Phun de me toucher comme il le désire. Et j'autorise mon propre corps à se blottir contre le sien, à exprimer ces sentiments que j'ai dû réprimer dans le passé. Alors qu'ils réémergent lentement, je me rends compte que je n'ai plus besoin de les faire taire. Je n'ai plus besoin de les garder pour moi.

     

     Et pour la première fois, alors que Phun est dans mes bras, je peux dire qu'il est réellement mien.

     

     

    A suivre...

     

     

     

    (1) Standard de la musique thaï qui, comme son nom peut le laisser supposer, est particulièrement sirupeux ^^

     

     

     


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