• Chapitre 6 : Rencontre

     

     

    «  - Noh ! Alors comment ça s'est passé, pour les tambours ?! »

     

    Ouah, génial. Ils m'adorent vraiment. La première chose dont ils me parlent quand ils me voient c'est le fric.

     

    «  - Il ne s'est rien passé de particulier. Je suis toujours vivant, mais grièvement blessé. J'essaie toujours d'échapper aux flics. Je pense que je vais aller me réfugier quelque part à Phuket (1) ».

     

    Smack !

     

    «  - Abruti. Ce n'est même pas drôle. Je te parle de l'argent pour les tambours, pas de meurtre. Tu devrais faire attention. Tous ceux qui vont à Phuket finissent par le choper ».

    - Non, ça, c'est à Samed »

     

    A ce stade, je ne sais plus lequel de nous sort les répliques les plus stupides. J'arrive à leur niveau en riant après que p'Nont m'a mis une tape derrière le crâne.

    Je balance mon sac (enfin, celui de Phun) sur le canapé qui est à côté du piano et cherche parmi le groupe la personne à l'origine de tout ça, qui essaie d'éviter mon regard.

     

    Oh, alors il a quand même réalisé ce qu'il a fait.

     

    «  - je...il faut que j'aille aux toilettes ».

     

    Il essaie de s'enfuir ! Il croit vraiment qu'il peut se défiler ?!

     

    «  Tu restes ici, Ngoi ! C'est toi qui a causé ce merdier ! ».

     

    Naturellement, ce type n'est pas plus rapide que moi. Il est petit. Je l'attrape par le col avant qu'il ne puisse décamper. Je le traîne au milieu de la salle de notre club pour que sa condamnation soit publique.

     

    «  Cette couille molle est resté tranquillement assis en silence pendant la réunion. Il a laissé p'Aun du club de culture nous prendre notre budget. Qu'est-ce que je devrais faire de lui ? »

     

    Ah ah, ça y'est, les autres membres commencent lentement mais sûrement à s'énerver contre N'goi.

     

    « Enlevons-lui son short et dessinons-lui un truc sur l'engin au marqueur ! »

     

    Il n'y a que Per pour avoir des idées aussi tordues. C'est un tantinet trop flippant. Et puis ce n'est pas comme si je voulais voir l'engin de N'goi.

     

    «  Faisons-lui faire la danse du poulet près du drapeau demain matin ! ».

     

    Cette idée-ci a l'air un peu plus marrante.

     

    «  Faisons-lui faire les devoirs de tout le monde jusqu'à la fin du mois ! »

     

    Mais qu'est-ce que ça a à voir avec l'affaire ?!

     

    «  On pourrait l'utiliser comme esclave jusqu'à la fin du semestre. Il devra faire tout ce qu'on lui dit ».

     

    Hum...

     

    «  Bonne idée, Ohm. Ça fait 11 ans que je te connais et c'est la première fois que je suis complètement d'accord avec toi ».

     

    Je lui donne une tape amicale dans le dos. Il m fait d'abord un grand sourire qui disparaît subitement ensuite.

     

    «  - Comment tu me vois depuis 11 ans, alors ? 

    - Comme quelqu'un à qui il faut vraiment acheter une muselière »

     

    Tout le monde commence à rire sauf Ohm vu que je viens quelque peu de l'insulter.

     

    «  - Crétin, tu ferais mieux de faire gaffe. Je vais draguer Yuri la prochaine fois qu'elle me téléphonera .

    - Personne ne t'en empêche. Et j'espère que tu arriveras à tes fins ».

     

    Amen ! Je prie carrément pour qu'il y arrive en fait !

     

    Ne pensez pas à mal, Yuri est très mignonne et tout mais le fait est que je ne la vois vraiment pas de cette façon-là.

     

    «  - Ouais c'est ça, Khun Phaen (2) ! C'est bien de voir comment tu te comportes alors que tu as une jolie fille qui te court après. J'aimerais bien voir ta tête quand elle te jettera.

    - Ah ah...Je suis un vrai Roméo.

    - Tu n'étais pas censé aller voir Nang Wan Thong ? (3) J'ai entendu dire que tu avais une sortie de prévu avec elle... »

     

    Ce connard ! Depuis quand « Roméo » s'accorde avec « Wan Thong » ? Ah mais oui, je me rappelle maintenant. J'ai dit à Yuri que je resterais au club jusqu'à tard mais en fait je n'ai rien à y faire aujourd'hui. Tout le monde répète la performance de groupe pour le tournoi de foot mais c'est le boulot de Film, pas le mien.

     

    « Oui, c'est vrai qu'il faut que j'y aille. Au fait, j'ai parlé au secrétariat des étudiants pour le problème des 20 000 baths manquants. Ils s'en occupent, on n'a pas à s s'inquiéter...enfin, je crois ».

     

    Alors que je m'apprête à partir, j'entends Ohm qui a décidé de continuer à aboyer.

     

    «  Évidemment, puisque tu as été jusqu'à vendre ton cul à Phun ».

     

    Qui est le connard qui vient de dire ça ? Pourquoi est-ce qu'il continue à me chercher ?Je viens juste de dire que je voulais lui acheter une muselière, peut-être que je devrais vraiment le faire. Je tourne la tête dans tous les sens pour trouver quelque chose à fourrer dans le bouche d'Ohm.

     

    «  -C'est vrai, Noh ?!

    - Si c'était vrai, alors tu serais capable d'accoucher d'un yack, Knott. Quoiqu'il en soit, je me suis occupé du problème de budget. Et c'est tout pour aujourd'hui. Vous n'avez qu'à attendre Film. J'y vais. Ngoi ! Tu restes jusqu'au bout et tu fermes en partant. Si je m'aperçois qu'un truc manque ou a été pété, tu es un homme mort ! »

     

    Je ne peux pas m'empêcher de rire le voyant pâlir et commencer à suer à grosses gouttes. Je suis vraiment en colère contre lui, ce n'est pas simulé. Mais j'ai quand même envie de jouer un peu avec lui.

     

    «  Allez, bye. On se voit demain » dis-je avant de quitter la pièce.

     

    °°°°°°°°°°°°°°

     

    Finalement, je n'ai pas quitté l'école aussi tard que je l'avais dit à Yuri. Mais ensuite ça m'a pris une plombe d'arriver à la route de Chareon Krung puis en centre-ville jusqu'au Centre Siam à cause des bouchons. (je me suis assoupi au moins 10 fois). Le ciel commence à virer à l'orange. Le taxi dans lequel je suis se gare tranquillement juste en face du Centre. Je sors rapidement les billets qui s'accordent avec la couleur de la voiture et les donne au chauffeur avant de percer la foule qui grouille dans le grand écran.

     

    A vrai dire...il n'est vraiment pas tard. Est-ce que Yuri va se faire des idées si elle me voit arriver si tôt ? Est-ce qu'elle pensera que je me suis dépêché de venir la retrouver parce que je suis fou amoureux d'elle ?! Ça n'a pas vraiment d'importance, finalement. Ce n,'est pas comme si j'avais quelque chose à faire en l'attendant. Je ne suis pas du genre à fréquenter ce style de magasins, de toute façon. Je devrais me presser et partir la retrouver comme ça je pourrai la quitter plus tôt et rentrer à la maison pour jouer à la console.

     

    Je me dépêche alors d'arriver au restaurant Baanying. La voix enthousiaste de l'hôtesse d'accueil me salue à l'entrée. Elle me mène gentiment jusqu'à une table libre.

     

    Ouais, le service est toujours aussi génial, ici.

     

    Par contre, la personne que j'attends est probablement assise quelque part au 2ème étage, en train de pouffer de rire.

     

    «  Non merci, je viens retrouver une amie », dis-je à l'hôtesse avant de la quitter et d'accéder au 2ème étage. Naturellement, ce n'est pas difficile de trouver la table de Yuri vu qu'il y a une gros groupe de filles assises autour d'une longue table en fait composée de plusieurs mises bout à bout.

     

    Toute le lycée du convent s'est pointé ou quoi ?!

     

    «  Noh ! Tu es en avance ! ».

     

    Wan Thong – je veux dire Yuri – me repère illico.

     

    Elle a des yeux de lynx !

     

    Je reste planté pendant un moment, me demandant si je dois rejoindre cette vingtaine de filles ou non.

     

    «  Noh ? »

     

    Minute. Je connais cette voix. Et elle n'est pas féminine. Et si je me rappelle bien, elle appartient à …

     

    «  Oh ! »

     

    Mais qu'est-ce qu'il fiche là aussi lui ?!

     

    «  Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu venais ici aussi ? On aurait pu faire la route ensemble .»

     

    Et il a le culot de m'adresser la parole. Ça ne suffisait pas, que j'aie dû dormir à côté de toi pendant toute une nuit ? Maintenant, il faut que je tombe sur toi après l'école aussi ? Dans quel temple on est allés accumuler des mérites ensemble, dans une précédente vie ? (4) J'aimerais bien y retourner et tout annuler. Je continue de pester intérieurement en avisant Phun. Je ne suis pas sûr de la tête que je devrais faire : surprise, énervée, ennuyée ? Comment j'ai pu oublier que Yuri et Aim étaient amies ? Et vu que tout le groupe est de sortie, ce n'est pas étonnant que Phun soit là aussi.

     

    «  Noh, viens ici ! J'ai commandé la soupe que tu aimes ».

     

    La voix de Yuri me parvient alors qu'elle est à l'autre bout de la table. Je vois un visage au teint clair me sourire. Je lui souris en retour mais pense en même temps que si je me mets à côté d'elle, ça va être encore pire. Je décide alors de m'asseoir auprès de Phun.

     

    « Ah ? » lâche-t-il bizarrement.

    «  Allez, laisse-moi m'asseoir ici, je flippe, là ».

     

    Je murmure tout en désignant l'autre côté de la table où est assise Yuri du menton. Il y a des tonnes de filles, par-là. Phun rit, trouvant visiblement la situation très distrayante.

     

    «  Je vois, je vois. J'avais peur aussi au départ. Mais je suis quand même content que tu sois là, quand même », me dit-il gaiement.

     

    Humph ! Si ce n'était pas un cas d'urgence, je ne serais pas assis à côté de toi à sentir la nervosité me broyer le ventre !

     

    «  Depuis quand vous vous entendez si bien, tous les deux ? »

     

    Génial. J'avais presque oublié que Phun était venu ici avec sa copine, ce que je réalise en entendant une voix mélancolique provenant de la chaise en face de nous. Donc, je suis en train de me serrer contre le petit ami de quelqu'un d'autre. Ça fait de moi quelqu'un de terrible, non ?

     

    «  Oh, j'avais oublié que tu étais avec ta copine. Je devrais changer de place. Je m'excuse, mec ».

     

    Je ne réponds pas à la question d'Aim (principalement parce que je ne sais pas quoi répondre) et salue rapidement Phun avant de me lever et de me réparer à aller m'asseoir aux côtés de Yuri. Elle continue de me faire signe de venir vers elle. Je me serais exécuté et goûterais déjà à ma soupe si Phun ne m'avait pas agrippé le bras.

     

    «  Hé, ne t'en fais pas pour ça. Tu peux rester là si tu ne veux pas aller t'asseoir là-bas ».

     

    Non seulement il m'a arrêté, mais il me tirer aussi le bras pour me rasseoir dans la chaise que je viens de quitter. Cela me prend complètement au dépourvu. Yuri continue d'agiter sa main en fronçant les sourcils. Elle est peut-être en colère contre moi.

     

    Hé, hé. Je ne vais même pas essayer de me racheter, tu es prévenue.

     

    «  Alors l'ami chez qui Phun m'a dit qu'il avait passé la nuit c'est toi, Noh ? » me demande encore la douce voix d'Aim. Je sèche. Je ne sais pas quoi dire. On dirait que j'ai la muselière d'Ohm sur la bouche.

     

    Bon...Qu'est-ce que je dois répondre ? Ce ne serait pas bizarre si je lui disais la vérité ?

    Je commence à m'inquiéter.

     

    « Tu vois, il porte toujours mon uniforme. Regarde » répond Phun à ma place. Non seulement il le fait, mais il passe aussi ses doigts sur le numéro d'étudiant brodé sur ma poitrine.

     

    Tu n'as pas peur que ta copine trouve ça suspect ou quelque chose ?! Et si quelqu'un découvrait la vraie raison pour laquelle je suis resté dormir chez toi... ? Je préfère ne même pas imaginer l'humiliation !

     

    Je suis toujours sous le coup alors Phun continue de parler de son uniforme. Puis, j'entends un bruit fort provenant d'une personne s'approchant de moi.

     

    «  Tu es méchant, tu ne veux pas t'asseoir avec moi ».

     

    Il faut vraiment que je trouve un moyen de faire cesser cette folie. Je me gratte la tête, agacé.Non seulement mon ami se comporte comme un connard arrogant avec moi mais en plus maintenant il y a aussi Yuri qui vient de se planter à côté, un sourire sur les lèvres. (Mais qu'est-ce qu'ils me veulent à la fin, putain ?!). Si je pouvais sauter dans mon verre d'eau et m'enfuir à la nage dans l'Océan indien, je le ferais.

     

    « - Eh bien...tu es avec tes amies, je ne voulais pas déranger.

    - Qui te parle de déranger ? Je voulais être assise à côté de toi, Noh. Je ne t'ai pas vu depuis une semaine.Mais je suppose que je pourrais venir m'installer ici, comme ça tu serais à côté de Phun et de moi en même temps, qu'est-ce que tu en penses ? »

     

    Elle est gentille de me demander, mais elle ne s'intéresse pas à la réponse. Elle retourne à sa place pour récupérer sa chaise. T ___ T

     

    Donc, c'est à ça que va ressembler ma vie, maintenant.

     

    «  Je ne savais pas que tu voyais Yuri », me chuchote Phun pendant qu'elle s'occupe de sa chaise. Je ne peux que lui renvoyer un sourire sarcastique en réponse. Je préfère faire comme si je n'étais au courant de rien. Je ne suis pas d'humeur à me lancer dans une longue explication. En fait, je n'ai pas envie de donner une image négative de Yuri.

     

    «  - J'arrive ! J'arrive ! Pourquoi es-tu tout serré contre Phun ? Viens près de moi, le pauvre. Il doit être ankylosé» me réprimande Yuri qui revient en courant avec sa chaise et s'assied à côté de moi. Elle frôle même mon épaule.

     

    Mais...est-ce que je devrais vraiment être assis aussi près d'elle ? -_-'

     

    « Tout va bien, je ne suis pas ankylosé du tout ».

     

    Ouah, quel gentleman, ce Phun. Je lui jette un regard en biais, mes yeux emplis d'une détestation profonde (même s'il était sympa de me laisser m'asseoir à côté de lui).

     

    « Non, non, Phun. Viens t'asseoir ici, Noh ».

     

    Yuri ne lâche jamais le morceau.

     

    Pfff. Et puis faites ce que vous voulez !

     

    J'ai l'impression qu'ils jouent au tir à la corde, avec moi en guise de corde. Un coup je vais par ici, un coup par là. Je ne peux pas faire grand chose d'autre que lâcher un soupir résigné. Je me lève et m'assieds près de Yuri. Ça a l'air de la rendre très heureuse et elle fait un grand sourire (mais elle sourit toujours comme ça, de toute façon). Puis elle me met un tas de nourriture dans l'assiette.

     

    « Aaah, j'en ai tellement marre, des gens amoureux. Ils ne se consacrent qu'à l'autre et ignorent totalement les personnes célibataires qui sont aussi à côté d'eux ».

     

    Les blagues de ses amies autour de la table commencent à me faire suer en abondance. Mais ils semblent qu'elles rendent Yuri très contente, elle sourit encore plus largement maintenant.

     

    «  Tu devrais te trouver un copain, alors ».

     

    Mais...il fallait vraiment que tu leur dises ça ? Combien de temps vais-je encore être coincé dans cette situation ? - ___ -

     

    °°°°°°

    Ça prend beaucoup de temps avant que le groupe de filles ne finisse de manger et de bavasser à son content. Le soleil est couché depuis des heures. Je jette un œil à la fin d'une civilisation qui est en train de se produire autour de cette table. Je ne croyais pas qu'elles seraient capable d'accomplir cet exploit. L'estomac de ces filles est terrifiant. Les serveurs sont déjà venus récupérer quelques plats vides.

    Je quitte le restaurant et longe les boutiques qui sont éclairées d'une lumière brillante. Je gagne finalement l'arrêt de bus devant le cinéma et aperçois les filles qui traînent sur la route de Payathai.

     

    «  Comment est-ce que tu rentres chez toi, Yuri ? Il est très tard ».

     

    Je lui demande par politesse, comme un bon petit ami (?) se doit de le faire. Elle se retourne vers moi avec un énorme sourire, les yeux scintillants.

     

    « Tu me déposes, Noh ? »

     

    Euh...C'est ce que ça voulait dire ?

     

    Mais comme je l'ai déjà dit, Yuri n'est pas ce type de fille. Elle rit puis ajoute : « je rigole ! Ne t'inquiète pas, je prends un taxi avec May. On se voit bientôt, hein ? ».

     

    Quel soulagement de l'entendre dire ça ! Je ne suis pas soulagé de ne pas avoir à la déposer mais plutôt parce qu'elle ne rentre pas seule chez elle.

     

    « Passe-moi un coup de fil quand tu seras rentrée, d'accord ? »

     

    Je ne suis pas un copain si terrible que ça, vous savez ^_^

     

    C'est mon tour de rentrer une fois que tout le monde a embarqué dans un taxi. (Je n'ai pas oublié de prendre une photo du numéro du licence avec mon portable).

    J'ai à peine le temps de faire deux pas que je rentre dans le type qui a ruiné ma vie jusque là.

     

    «  AH ! »

     

    Peu importe s'il est beau ou non, c'est toujours flippant d'avoir quelqu'un qui se tient silencieusement derrière vous comme ça ! Je l'ai pris pour un fantôme !

    A l'aide, quelqu'un !

     

    Je lâche un cri sourd quand je le vois. Comme c'est encore plus inquiétant de l'avoir derrière moi qui ne dit pas un mot, je préfère me retourner complètement pour lui faire face.

     

    «  Tu es meilleur petit ami que je ne le pensais, Noh », dit-il en souriant d'un air suffisant.

     

    Bizarrement, ça sonne comme un compliment perfide.

     

    «  - Qu'est-ce que tu veux dire ?

    - Pas ce que tu crois. Je voulais dire que tu prenais vraiment soin de Yuri. Je pensais que tu étais moins sympa avec elle ».

     

    T'es vraiment en train de d'excuser pour ce que tu as dit, là ? - _-

     

    « Je suis un mec, je dois veiller sur elle, un peu. C'est naturel, c'est tout. Je croyais que tu allais raccompagner Aim », lui dis-je alors qu'on prend l'ascenseur pour rejoindre l'arrêt de bus devant le Centre Siam. Évidemment, Phun me suit de près vu qu'on vit dans le même quartier.

     

    Est-ce que tu pourrais éviter de marcher juste derrière moi ? Tu ne vois pas que ça me fait bizarre ?

     

    « Normalement, c'est ce que je fais, mais j'ai besoin de t'escorter jusqu'à chez moi, non ? »

     

    Qu'est-ce qu'il vient de dire, bordel ?

     

    «  Hein ?! Pour quoi faire ? »

     

    Je suis peut-être ton copain (de nom, seulement) mais on n'est pas mariés et je n'ai pas emménagé chez toi ! Il s'attend à ce que je vienne vivre chez lui, maintenant ?!

     

    «  Tu ne veux pas récupérer ton scooter que tu as laissé chez moi hier ? »

     

    Ah oui, j'avais presque oublié. Je suis vraiment pas en forme, aujourd'hui.

     

    « Ah oui, il le faut, oui. Pang est chez toi ? »

     

    Il faut que je sache exactement où se trouve cette source de problèmes ambulante, d'abord.

     

    «  Où est-ce que tu veux qu'elle soit ? Ah ah ah »

     

    Il rit comme si je lui avais posé une question stupide. Mais c'était vraiment une question stupide.

    Donc d'abord il a fallu que je passe la soirée comme le petit ami de Yuri maintenant il faut que je sois celui de Phun, aussi ?

     

    Est-ce qu'il y a aura un jour un semblant de libre arbitre dans ma vie ?!

     

    A suivre...

     

    (1) Jeu de mots en thaï : les mots pour "argent" et "meurtre" ont une syllabe en commun, d'où la blague de Noh.

    (2) Dans le folklore thaïlandais, nom d'un prisonnier célèbre qui essaie de s'évader de sa captivité.

    (3) Dans la même légende folklorique, nom de l'amie d'enfance de Khun Phaen, dont il est amoureux.

    (4) Sorte de bonnes actions dans le bouddhisme, dont le cumul doit garantir au titulaire une bonne réincarnation.

     

     

     

     


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    Chapitre 7 : quelle belle journée

     

    «  - Bonsoir, khun (1) Phun et khun Noh »

      

    L'intendante connaît déjà mon nom alors que je ne suis venu ici que deux fois, vous y croyez, vous ? Je lui souris et la salue respectueusement. Elle est probablement plus âgée que ma mère et je suis peut-être bruyant et vulgaire mais j'ai des manières quand même ! Sil-vous-plaît, croyez-moi !

     

     «  - Tante Noi, peux-tu demander à Oncle Nhan où est le scooter de Noh ? » demande Phun au nom de mon ami de transport à la vie à la mort alors que la femme prend nos sacs de cours qu'elle s'apprête à emmener ailleurs. Elle se retourne vers nous et sourit gentiment.

     

     «  Nhan est en train de le laver. Je lui avais dit de le faire cet après-midi mais il se plaignait d'avoir mal au dos. Il se sent mieux maintenant, donc il s'en occupe ».

     

    Mais qui donc lui a demandé de le laver, Tatie ?! Mon dieu ! J'ai l'affreuse impression d'être un poids. Regardez-moi, je torture les vieux !

     

     «  Où est-il ? » dis-je rapidement avec impatience.

     

    Je ne veux pas poser plus de problèmes à la Résidence Phumipat. Surtout quand j'ai en face de moi cette vieille femme qui me sourit gentiment, je me sens encore plus mal.

     

    «  Il est près du garage. Il vient tout juste de commencer, je ne pense pas qu'il ait déjà fini. Ça ne vous dérange pas d'attendre un peu plus longtemps, khun Noh ? »

     

    C'est une bonne chose qu'il vienne de commencer ! Je balance le sac de cours à la tête de Phun et cours jusqu'au garage sans attendre.

     

    «  Oncle Nhan ! Vous n'avez pas besoin de... »

     

    Splash !

     

     Trop tard. Mon scooter est désormais trempé en raison du tuyau d'arrosage qu'Oncle Nhan tient actuellement dans les mains -_- 

    Je ne suis pas arrivé à temps -_-

     

    «  - Je suis désolé, khun Noh ! Je finis ça le plus vite possible !

    - Ça ne fait rien, Oncle Nhan. Mais je devrais le faire moi-même, et vous devriez vous reposer. Il est tard ».

     

    J'essaie de lui prendre le tuyau des mains mais il recule brusquement. Je jette un œil à ma montre, il est déjà plus de 20h. Je ne suis pas du genre à laisser une personne âgée laver mon scooter de nuit, avec ce vent frais qui souffle.

     

    «  - Je ne peux pas vous laisser faire ça, khun Noh. C'est mon travail ! s'exclame-t-il de l'autre côté de la moto.

      - Allez, Tonton. Je ne le dirai à personne. Vous devriez aller vous reposer. De toute façon, je le lave souvent moi-même.

     - Mais vous êtes un invité et...

     - Noh et moi, on va s'en occuper. Vous devriez aller vous reposer, Oncle Nhan », dit une troisième voix qui surgit derrière moi.

     

    Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir à qui elle appartient. A qui cela pourrait être d'autre qu'au seul fils de cette résidence ? Je fais volte-face et vois Phun sourire. C'est le genre de sourire que l'on fait quand on n'a aucune doute que la personne à qui on s'adresse vous obéira.

     

    «  -Vous êtes sûr, khun Phun ?

     - Sûr et certain. Laissez tout ça ici, Noh et moi on va s'en occuper », lui répond Phun avant de lui prendre le tuyau d'arrosage des mains.

    Puis il le regarde partir, le dos voûté, en direction du quartier des domestiques.

     

    «  Allez, au travail », me dit-il avec un sourire chaleureux.

     

    Je hausse mes sourcils d'un air moqueur en réponse.

     

    «  - Mais jeune maître, vous êtes bien sûr que vous pouvez faire ça ?

     - Hin...je vois »

     

     Il dirige alors le jet d'eau dans ma direction et m'asperge.

     

    Quel connard !!!!!! Je suis trempé !

     

     «  - Putain ! Je suis tout mouillé, maintenant !

     - Ce sont mes vêtements, qu'est-ce que ça peut faire ? »

     

    Il se paie ma tête, en plus. Bon, mais il a raison. Je jette un œil auxdits vêtements avant de me retourner vers Phun qui est en train de retirer son tee-shirt.

     

     «  - Yo !

     - Pourquoi es-tu aussi surpris ? Tu ne crois tout de même pas que je vais laver ton scooter en uniforme, khun Noh ? »

     

     Donc c'est moi qui suis déraisonnable sur ce coup-là, c'est ça ? Ok, on tombe le haut. Je secoue la tête en enlevant mon tee-shirt mais je garde mon marcel sur moi. Ce serait trop bizarre de se balader à moitié-nu dans le garage de quelqu'un d'autre. Ce n'est pas comme si je vivais ici, non plus. Phun ne porte plus que son short bleu, lui.

     

    «  - Allez, on s'y colle ! » s'exclame-t-il en dirigeant le jet d'eau sur la moto. (J'ai quelques craintes qu'il bousille mon scooter). Il n'oublie pas de m'en envoyer un peu aussi (je ne suis pourtant pas un putain de scooter!). Mais ne croyez pas que je vais me laisser faire car je tiens désormais un autre tuyau d'arrosage dans les mains. Hé hé.

     

    C'est amusant finalement de laver le scooter, même s'il fait noir et que les moustiques prennent leur repas sur nous (beaucoup de moustiques). Phun utilise une de ses vieilles brosses à dent pour récurer le pot d'échappement pendant que je répands du produit nettoyant sur tout l'engin (et un peu sur lui de temps en temps). Maintenant que j'y pense, je n'avais pas tort en pensant que Phun devait être un héritier de famille riche (à voir son immense manoir et le nombre de domestiques qui y travaillent. Sans compter que ses parents veulent le caser, ce qui ressemble fortement à l'intrigue d'un film des années 80). Mais il n'est pas du tout snob. Il y met beaucoup du sien (et c'est un travail manuel) à m'aider en nettoyant méticuleusement le pot d'échappement. Et il fait du bon boulot. C'est quelqu'un sur qui on peut compter.

     

     Dommage qu'il me cherche autant !

     

    «  - Hé, c'est le scooter que tu laves ou c'est moi ?! Putain ! »

     

     Ne soyez pas surpris, plus on parle, plus on se rapproche l'un de l'autre. Les gros mots continuent à pleuvoir. Pourquoi je devrais être poli avec lui ? 80 % du temps, c'est moi qu'il essaie de nettoyer et pas le scoot. Salaud. Je suis censé porter un marcel mais c'est comme si je n'avais rien sur moi. Je sens des frissons sur mon corps.

     

    «  Je trouvais juste ennuyeux de te voir avec ce haut sur toi ».

     

     Est-ce que je suis supposé offrir généreusement mon sang aux moustiques ? C'est mon sang !

     

     Je lui balance plus de détergent.

     

     «  Tu devrais te laisser faire, comme ça je pourrai procéder à l'épilation ensuite ».

     

    Son corps entier est désormais couvert de bulles. J'avise la tête qu'il fait et son expression me fait éclater de rire.

     

     «  - Merde ! Ça va me gratter, maintenant !

     - Ça, c'est ton problème ! » lui répondis-je en essayant d'attraper l'éponge qu'il a jetée dans ma direction.

     

     Je n'y arrive pas, et à partir de ce moment, nous baignons tous les deux dans le produit nettoyant pour voiture. Mais si je tombe, alors il tombera avec moi ! Il n'a pas l'air de vouloir abandonner le combat non plus. Il me court après et essaie de me retirer mon tee-shirt. Je ne pensais pas que Phun pouvait être si pugnace mais c'est marrant. Comme s'il allait réussir à me l'enlever ! Pas dans cette vie, mon vieux ! =p Je bondis sur le côté, hors de sa portée.

     

     On se course autour du scooter mais il n'arrive toujours pas à m'attraper =p . Malheureusement, le sol du garage est mouillé aussi, sans compter tout le détergent et les divers autres choses qui ont pu se déverser dessus, et en plus, je finis par déraper sur l'éponge que Phun m'avait envoyée à la tronche plus tôt (celle que je n'avais pas pu éviter). Du coup, je perds l'équilibre.

     

     «  Aaaaaaaaaaaaaaah »

     

    Je m'écrie, m'attendant à avoir mal au moment de toucher le sol. Et si je me brisais le dos et que j'étais obligé de passer une nouvelle nuit dans cette maison ?! (c'est encore plus effrayant que dormir à l'hôpital).

     

    «  Aïe ! »

     

     Mais la personne qui lâche un cri de souffrance n'est pas moi. Je garde mes yeux fermement clos, mais je remarque je ne ressens aucune douleur.

     

    «  Hé ! Mais qu'est-ce qu'il t'a pris de jouer les chevaliers servants ?! T'as mal quelque part ? »

     

    Je viens de réaliser que la personne qui a amorti ma chute n'est autre que Phun. Je ne peux pas m'empêcher de lui crier dessus. Il n'est pas mon chevalier dans son amure étincelante ! Je parie que tu as bien mal, maintenant, stupide Phun !

     

     «  Qui a dit que je venais te secourir ?! C'est toi qui m'est tombé dessus, putain ! »

     

    Hein, c'est vrai ? Oups, désolé ! L'expression qui s'affiche sur mon visage révèle mon embarras alors que j'essaie de me relever (sachant je suis actuellement trempé, si vous m'essoriez, je pourrais remplir plusieurs bassines). Et je ne crois pas qu'il se rende bien compte qu'il continue de me serrer à la taille par automatisme.

     

    Mais vous savez ce qui est encore plus dingue ? Quelqu'un a décidément le chic pour débarquer toujours au bon moment.

     

    «  P'Phun ? P'Noh.... ? »

     

    °°°°°°°°°°°°

     

    Le bruit que fait mon vieux scooter (même s'il vient d'être lavé) m'accompagne tout au long des rues sombres jusqu'à ce qu'il ne cesse finalement devant ma maison, comme requis. Quel bel arrêt en douceur, ma charrette !

     

    «  C'est ici ? » me demande-t-il après avoir garé mon scoot' devant le portail bleu.

     

     C'est la première fois qu'il vient ici. Bon, ce n'est pas comme si ma maison était aussi grandiose que la sienne ou quoi que ce soit. Navré, mon vieux.

     

    «  Oui, c'est là. Désolé si ce n'est pas une villa, ah ah ah ».

     

    Je lâche ce sarcasme avant de descendre de l'arrière du scooter. C'est Phun qui conduisait, ordre de Pang. Et bien sûr, s'il avait refusé, Pang ne m'aurait pas laissé repartir. J'aurais fini par devoir passer une nouvelle nuit avec lui. Surtout pas ! Si j'étais resté encore une fois, il aurait pu tout aussi bien demander ma main à mes parents. Oui car j'ai une père et un père aussi, vous savez ! (mais moi je les appelle « maman » et « papa »).

     

     Vous vous demandez probablement ce qu'il s'est passé après que Phun et moi on est tombés par terre à cause de cette éponge rapiécée alors qu'on lavait mon scooter. Ce n'est sans doute pas très dur de deviner que c'est Pang, la fana de yaoi, qui se trouve être également la petite sœur de Phun, qui nous a trouvés dans cette position justement à ce moment-là (quel timing!). Je ne sais pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose, finalement. Enfin, je suppose que c'en était une bonne pour Phun mais une horrible pour moi, bordel de merde ! On a fini par se regarder dans le blanc de l'oeil tandis que Pang, lâchant les serviettes qu'elle était venue nous apporter, détalait en poussant des cris (de bonheur).

     

     C'était hilarant, cela dit. Phun et moi étions morts de rire sur le sol du garage (une fois que je me suis dégagé de lui!). En gros, on s'est pris pour des torchons géants et avons nettoyé le par terre avec nos dos. Puis, on a regardé le ciel (il n'y avait pas beaucoup d'étoiles) du sol (crasseux). C'était beau et quelque part, ça m'a vraiment détendu.

     

     «  De quoi tu parles ? Je trouve que ta maison a l'air très accueillante », répond Phun ce qui me distrait de mes rêvasseries. (J'avais presque oublié de quoi nous parlions). Il m'aide à pousser le scooter à l'intérieur une fois le portail ouvert et je referme les grandes portes après nous. J'ouvre ensuite la petite pour qu'il puisse partir.

     

    «  Okay, rentre bien. Je ne te raccompagne pas. »

     

     Ce serait ridicule si je le faisais. On finirait par passer la nuit à se faire nos adieux devant la maison de chacun. Il rit et me fait un signe de la main avant de partir.

     

     «  Oh, et pour le budget du club... »

     

    Maintenant, il me parle de quelque chose qui m'intéresse vraiment O.O

     

     «  J'essaie toujours de régler le problème, il faut que vous soyez patients. Mais je promets que vous l'aurez ».

     

     Je suis très content de l'entendre ^ ___ ^

      

    J'acquiesce et lui sourit. Il me redit bonsoir avant de monter sur un taxi-scooter qui passait justement par là.

     

    Ça a été une journée chargée aujourd'hui, mais aussi marrante.

     

    Se rapprocher de Phun est plutôt sympa, en fait.

     

     A suivre...

     

    (1) Terme de respect placé devant le nom d'un garçon ou d'un homme en thaï

     

     


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  • Chapitre 8 : CONFIANCE

     

    Je me réveille avec des marques rouges sur le bras. Je parie que c'est à cause du détergent de la nuit dernière. Ce connard, il n'a pas pu s'empêcher de m'asperger encore et encore. Stupide Phun. Ma peau blanche est maintenant couverte de traces rouges. Je ne suis plus à tomber.

     

    Je plaisante ! Ce sont de toutes petites marques. = p On ne les voit quasiment pas. Elles ne peuvent pas entacher mon superbe physique, ah ah ! Quelqu'un vient juste de me traiter de crâneur, non ? Vous feriez mieux de faire gaffe à ce que vous dites !

     

    En parlant de Phun, ça me rappelle que j'ai oublié ma montre chez lui. (Je l'ai enlevée pour nettoyer mon scooter. Je ne voulais que ma pauvre Diesel se noie). Je ferais bien de l'appeler et de lui dire de me l'apporter au lycée. Je suis un homme mort si je perds cette montre, mon grand-père me l'a ramenée d'Australie.

     

    Je saisis mon téléphone et l'appelle illico. Je dois m'y prendre à deux fois avant qu'il ne réponde enfin. Je commençais à croire qu'il était déjà parti pour les cours mais il a finalement décroché !

     

    «  Hé, ça va, Noh ? »

     

    Il a l'air tellement endormi que ça me décourage quasiment. Ne me dites pas qu'il était encore en train de dormir ! Il est plus de 7h !

     

    «  Tu ne vas pas en cours ? Comment ça se fait que je te réveille ? ».

     

    Il ose bâiller en réponse.

     

    «  Non, je n'y vais pas. Tu as besoin de quelque chose ? »

     

    Hein ?!

     

    «  - Oui, j'ai oublié ma montre chez toi

    - Ah oui. Je l'ai mise de côté. Je peux te la ramener demain ? Je pense que je ne viendrai pas au lycée de toute la journée ».

    - Ouais, bien sûr. Mais comment ça se fait que tu n'ailles pas en cours ? »

     

    Ça donne l'impression que je suis indiscret mais c'est sorti tout seul. Il est le secrétaire du Conseil des étudiants et un étudiant d'honneur aussi, comment peut-il décider de sécher le lycée comme ça, sur un coup de tête ? Particulièrement alors que nous nous rapprochons dangereusement de ce maudit tournoi de foot. Difficile à croire.

    On dirait qu'il hésite à répondre (ou j'imagine des trucs?). Il trouve finalement ses mots.

     

    « - Je ne me sens pas très bien. On peut se parler plus tard ? Il faut vraiment que je dorme.

    - Ouais, bien sûr. »

     

    Je raccroche mais ce truc me titille. Il ne se sent pas bien, alors ?

     

    °°°°°°°

    Mon Iphone m'informe qu'il est plus de 8h. Je suis devant l'immense demeure. C'est le 3ème jour de suite que je m'invite dans cet endroit. Je deviens fanatique de cette maison, ou quoi ? -_-

     

    Qu'est-ce que je dois faire ? Sonner ? Je continue à réfléchir à la question en faisant des allers-retours devant le portail métallique. Je veux juste savoir ce qui ne va pas avec lui et pourquoi il ne va pas au lycée. Si ce n'est pas pour la raison que je suspecte, alors j'irai en cours après. Mais si c'était bien pour ça... ?

     

    Argh ! Il faut que je sois sûr !

     

    «  Oh, khun Noh ! Vous venez voir khun Phun ? »

     

    La chance est de mon côté, ce matin. Tante Noi était justement dans les parages. Je me précipite gaiement sur le portail.

     

    «  - Oui, qu'est-ce qu'il se passe avec lui 

    - Il ne se sent pas très bien. Pourquoi n'entrez-vous pas, khun Noh ? »

     

    La vieille femme ouvre la petite porte pour me laisser entrer. Je la salue correctement avant de me diriger vers la maison.

     

    «  -Alors, c'est quoi son problème, Tatie ? »

     

    Vous ne croyiez tout de même pas que j'allais arrêter de lui poser la question ? Elle se contente de me sourire gentiment, sans me répondre. Ne me dites pas que...vous et Pang partagez les mêmes fantasmes, Tatie ? -_-

     

    «  Vous pouvez aller le voir dans sa chambre, khun Noh. Il dort ».

     

    Et merde, ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent (j'y suis habitué, maintenant, de toute façon). J'acquiesce dans sa direction avant d'entrer dans la maison. Je commence à bien connaître les lieux.

    Le chemin jusqu'à l'étage est trop brillant à force d'être récuré. La porte en bois sculpté que j'aperçois en haut est celle de Phun. Je marche jusqu'à elle, puis m'arrête devant et me mets à réfléchir. Je devrais juste enfoncer la porte ! Je suis allée trop loin pour reculer, de toute façon. Je saisis la poignée de porte et je la pousse pour entrer. Vous ne vous attendiez quand même pas à ce que je frappe d'abord ? Continuez donc à rêver.

     

    «  Yo, Phun ! » dis-je bruyamment, de façon inconsidérée (et sans aucune manière). Mais je me réduis moi-même au silence en constatant que la personne que je viens d'interpeller dort d'un sommeil agité, l'air éreintée. Ouah, son corps entier est rouge comme un crabe à la vapeur (oui, j'ai faim). Donc, j'avais bel et bien raison.

     

    Je laisse tomber mon sac à côté de la porte et m'avance vers lui rapidement. La peau de Phun est normalement pale avec des nuances de jaune. Mais là, elle est rouge vif, comme quand on souffre de démangeaisons causées par une allergie. Ça ressemble à ce que j'avais sur mon bras quand je me suis réveillé ce matin. Mais ça n'est pas que sur les bras de Phun, ça recouvre tout son corps. C'est flippant et ça a l'air très douloureux.

     

    On voit clairement qui est responsable de cette situation. J'ai eu raison de passer le voir avant d'aller au lycée. Parce que si j'avais découvert ça après coup, je me serais sans doute détesté.

     

    «  Ta peau est facilement irritable mais tu as quand même voulu être stupide et faire mumuse ».

     

    Je peste après moi-même et je m'assieds près du lit. Je jette un œil aux alentours et remarque que des boîtes de médicaments contre les allergies ont été ouvertes, ainsi qu'une bouteille d'eau. Je suppose qu'il a déjà pris son traitement. C'est toujours mieux que rien.

     

    «  C'est toi qui a commencé à m'asperger de détergent ».

     

    Ah, donc il n'était pas endormi en fait ?! Ce connard est un vrai con !

     

    «  Tu ne dormais pas ? Pourquoi t'as fait semblant d'être mort, alors ? »

     

    Je lève ma main comme pour le frapper mais je me sens si désolé pour lui que je la rebaisse aussitôt. Le patient – rouge – trouve l'énergie de me sourire en réponse.

     

    «  C'est gentil d'être venu me voir ».

     

    Hilarant !

     

    «  Non...je suis juste venu récupérer ma montre ».

     

    Il rit en entendant ma réplique idiote. Bof, peu importe, il peut bien se marrer, pour une fois.

     

    «  Alors, t'as pris tes médicaments ? »

     

    J'essaie de savoir par des moyens détournés comment il va.

     

    «  Ta montre est là, tu devrais aller au lycée maintenant ».

     

    Il est malade comme un chien et pourtant il trouve encore le temps de faire l'intéressant. Putain de Phun. Je plisse les yeux et le fixe. Je prends le temps de me convaincre de ne pas frapper une personne déjà malade puis je vais récupérer ma montre sur la table. Au lieu de partir, je m'assieds sur le grand canapé qui se trouve dans sa chambre.

     

    «  Non, pas envie. Je vais rester ici et traîner chez toi plutôt ».

     

    J'entends ses ricanements. Ça me tape sur le système.

     

    Tu sais, je ne serais pas là si ce n'était pas à cause de moi que tu es dans cet état.

     

    «  Alors, comment on se porte ? Ça fait mal quelque part ? »

     

    J'ai décidé d'arrêter de tourner autour du pot et de lui demander clairement. Le patient marmonne quelque chose, les yeux fermés.

     

    « Ça gratte, c'est tout. Et ton bras ? »

     

    Oh, alors il a remarqué les marques rouges sur mon bras ?

     

    J'y jette un œil et hausse les épaules.

     

    «  Ça va, ça gratte juste un peu ».

     

    « P'Kun pourrait bien te botter le cul si tu fais ça, j'ai entendu dire qu'il était plutôt possessif (1) »

     

    °°°°°°°°°°°°

     

    «  Connard ! »

     

    Je suis toujours direct quand il s'agit d'insulter les gens.

     

    «  Ah ah ! Prends un peu de ça, ça fait beaucoup de bien ».

     

    Il agite paresseusement ses doigts dans la direction d'une zone, près de son lit tout en gardant les yeux clos. Je les suis du regard et vois un tube de pommade anti-allergie. Je me lève pour le prendre et en appliquer un peu sur mon bras.

     

    « - Tu t'en es mis ?

    - Pas encore, j'avais trop la flemme.

    - Mais alors comment t'es supposé aller mieux ?! Mets-en ! »

     

    Il dit aux autres de faire des trucs mais il les fait pas pour lui-même. Je reste planté là, à la regarder avec un air exaspéré. Phun s'étire un peu avant de s'asseoir sur son lit. Son visage est généralement beau avec une expression relaxée, mais là il a l'air incroyablement morne.

     

    «  Tu peux le faire pour moi ? Je suis trop fatigué ».

     

    Je le savais, putain. Est-ce que les gens ne disent pas que tu es un étudiant exemplaire, travailleur, au tableau d'honneur, et tout ? Je défie ces gens de venir le voir comme il est en ce moment. Mensonges tout est mensonges.

     

    «  Très bien, très bien. Retire ton tee-shirt », lui dis-je en m'asseyant sur le bord du lit, le tube de pommade à la main. J'attends pendant qu'il l'enlève et révèle une peau claire recouverte de taches rouges.

     

    «  - Il y a en a beaucoup .

    - Oui, je vais avoir de la fièvre dans l'après-midi ».

     

    Tu vois dans le futur ou quoi ? Je suppose que cela lui arrive très souvent.

     

    Je presse le tube et il en sort une pâte blanche que je mets dans la paume de ma main. Cela prend une seconde avant que je me décide à faire le grand saut et à enduire tout son dos avec. Je sens avec ma main des petites bosses que je ne discernais pas avec mes yeux.

     

    «  Je vais utiliser le tube entier rien que sur ton dos gigantesque ».

     

    Je râle parce qu'il semble impossible de venir à bout de toutes ces bosses. Ce con a l'air tout mince, comme ça, mais il a des épaules bien larges de mec. Phun rit en entendant ma réflexion avant de se retourner vers moi une fois que j'ai enfin fini avec son dos.

     

    «  Fatigué ? »

     

    Ce connard paresseux ose poser la question !

     

    «  Oui ! Tu peux faire le devant toi-même. Je ne veux pas t'exciter ou quoi que ce soit ».

     

    J'ai dit ça pour plaisanter mais Phun me regarde comme s'il avait une idée derrière la tête.

     

    «  - Je suis déjà excité

    - Putain eh bien finis tout seul »

     

    Eurk! Je lui balance le tube et je l'entends rire.

     

    « - Je plaisantais ! Allez, finis, j'ai froid .

    - Alors pourquoi t'as mis la clim aussi forte ? T'as pété un câble ou quoi ? »

     

    Je peste peut-être, mais je suis déjà en train de mettre une nouvelle dose de pâte dans ma main, comme il me l'a demandé. On entend plus que le bruit de la clim, dans la chambre. Je ne sais pas quoi lui dire d'autre et il ne m'incite pas particulièrement à lui parler non plus. Ça ne fait que me sentir encore plus crispé, ce qui n'est pas dans mes habitudes. Je l'admets, mes mains commencent à trembler quand je croise son regard juste avant de poser le bout de mon doigt sur son torse.

     

    Putain, mais pourquoi je suis si nerveux ? On est tous les deux des mecs. Et il n'a pas de nichons, comme sur les films que Ohm m'a téléchargés sur Internet.

     

    J'essaie de compter lentement jusqu'à dix tout en étalant le produit sur sa large poitrine. C'est indéniable que Phun est bien foutu. Il est mince mais pas maigre. Ses muscles ne sont ni trop gros, ni trop petits. S'il n'avait pas présentement des marques rouges sur tout le corps, aucun doute que n'importe quelle fille le désirerait si elle le voyait comme ça.

     

    Je continue à répandre de la pommade sur lui vu que je crains qu'elle ne soit pas efficace si je n'en mets pas assez. Ma main va de ses épaules jusqu'à son estomac jusqu'à arriver à la partie gauche de son torse. Alors que j'applique du produit, je sens quelque chose bouger avec force sous la surface de la peau. Son cœur bat si fort, comme si quelque chose rendait son propriétaire nerveux.

     

    Je fronce les sourcils et suspends ma main juste au-dessus de l'emplacement supposé du cœur. Je lève la tête vers lui mais il fait mine de regarder ailleurs.

     

    «  Hein ? Ça fait battre ton cœur si vite ? ».

     

    Ah ah ah !

     

    «  S'il ne battait pas, ça voudrait dire que je suis mort ».

     

    Non mais écoutez-le, il ose me répondre.

     

    Il peut être vraiment marrant quand quelque chose le rend timide. Je lui souris d'un air narquois avant de finir ma tache. Puis, je lui pince le téton parce que j'ai tellement faim que j'ai l'impression que je pourrais le bouffer tout entier.

     

    «  - Hé ! Qu'est-ce qui te prend ?! 

    - Je n'ai pas pu m'en empêcher. Maintenant, retourne dormir. Et remets ton tee-shirt, sinon tu vas attraper froid. J'ai toujours besoin qu'on s'occupe de mon problème de budget ».

     

    Je l'aide à remettre son tee-shirt et je remarque qu'il essaie de me faire une pichenette dans la tête avec son poing. Je ne peux pas me retenir de rire.

     

    «  Je vais dormir un peu, n'hésite pas à te servir de la console. Tu peux aussi descendre et manger quelque chose, il n'y a pas de problème » me dit-il avant de s'enrouler dans la couverture comme un gamin.

    Je me lève de son lit et acquiesce.

     «J'aurai de la fièvre dans l'après-midi, ça ne te dérange pas de t'occuper de moi à ce moment-là ? » marmonne-t-il de dessous la couette

    .

    « Ouais ».

     

    C'est un sentiment sympa de savoir que quelqu'un vous fait confiance, non ?

     

     

    A suivre...

     

    (1) : En thaï, Phun fait un jeu de mots avec l'expression "khan noi" qu'emploie Noh pour dire que ça gratte et Noi Busakorn, une actrice thaïlandaise mariée à un autre acteur du nom de Ken Theeradej.


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  •  

    Chapitre 9 : Hors d'état

     

    Boom !

     

    Ce bruit sourd sort tout droit du home cinéma de Phun. En plus, avec les mots « Game Over » qui apparaissent à l'écran, ça me donne vraiment l'impression que l'on se moque de moi parce que je viens de perdre. Je balance la manette par frustration. Il faut dire que c'est la 12ème fois que je perds.

     

    Stupide Xbox. Tu n'es pas si sympa que ça à jouer, tu sais. L'intelligence artificielle du jeu triche, en plus. Je réfléchis à tout cela (enfin, je reporte la faute sur les autres) tout en m'étalant sur le tapis, dépourvu d'idée sur ce que je vais faire ensuite.

     

     ♫ Qui peut être gentil à tout moment dans la journée ? Je suis une personne, pas un personnage de série télé

     

     Qui m'appelle, bordel ? Je jette un coup d’œil en direction de mon portable qui vibre et sonne en même temps, du fond de mon sac de cours que j'ai laissé sur le canapé. Un part de moi a la flemme et ne veut pas répondre mais l'autre craint que le son ne dérange le propriétaire de la chambre et qu'il ne finisse par se réveiller. Du coup, je me lève rapidement et récupère mon portable.

     

    « Quoi de neuf, ducon ? »

     

    C'est Ohm.

     

     «  Comment ça se fait que tu ne sois pas venu, aujourd'hui ?! Le prof m'a puni et maintenant il faut que j'aille faire le ménage dans son bureau ce soir après les cours ».

     

     La voix alarmée d'Ohm jaillit littéralement du téléphone et je ne peux m'empêcher de rire de ses malheurs.

     

    «  - Et qu'est-ce que t'as fait pour mériter ça ?

     - J'ai discuté avec Mong par papiers interposés

     - Comment t'as pu te faire prendre ?

     - C'était trop long de faire passer les messages à tout le monde donc j'ai fini par les lui jeter. Le prof s'est retourné et m'a vu ».

     

    Quel abruti. Bien fait pour lui.

     

     «  T'es en train de penser que je suis un abruti, hein ? Connard. »

     

    Non mais merde, qu'est-ce qu'il a à m'insulter ?

     

    «  Donc, t'es où ? Si tu n'es pas là, qui va m'aider à nettoyer le bureau ? »

     

    Donc, en gros, il n'est pas inquiet ou moi ou un truc dans le genre. Il veut juste une bonne âme pour l'aider. Quel ami fantastique j'ai.

     

     «  - Je fais juste une petite course.

     - Quelle course ? Ou alors t'es toujours avec Yuri, depuis hier ? »

     

    Il pense toujours aux trucs les plus sales. S'il était à côté de moi, je lui en collerais une.

     

    «  Va te faire foutre ».

     

     C'est la chose la plus polie qu'on puisse dire à quelqu'un comme Ohm. Mais avant qu'il ne réponde, j'entends de faibles bruits provenant de Phun.

     

    « - Froid...froid...froid... 

     - Avec qui t'es ? »

     

     Merde ! Non seulement il aboie comme les chiens, mais il a leur oreille, aussi.

     

    Je n'ai pas le temps de lui expliquer maintenant.

     

     «  - Euh, il faut que j'y aille

     - Froid...froid... »

     

    La voix de Phun vacille de plus en plus.

     

    «  - Mais qui est là avec toi ?

     - Je te vois lundi.  »

     

    Je coupe court en raccrochant. Je saute jusqu'à la télécommande de la clim et l'augmente à 30°. Il va faire une putain de chaleur. Je fixe le nombre sur l'écran qui vient juste de changer et je sens déjà qu'il fait plus chaud. J'enlève mon tee-shirt et le jette sur le canapé avant d'aller voir comment va le patient, emmitouflé dans sa couette.

     

    Il a vraiment l'air gelé. Il a pris autant de la couverture qu'il pouvait pour l'enrouler autour de lui. Ses lèvres et son corps entier tremblent comme s'ils étaient à l'agonie.

     

     Même si j'ai raté l'examen en cours de premiers soins, je peux reconnaître les signes de la fièvre, comme il m'avait prévenu plus tôt. La première chose que je décide de faire est de mettre ma main sur son front pour vérifier sa température.

     

     Il est chaud comme un fer à repasser ! Tu es sûr que tu n'as pas besoin d'aller voir un médecin ?

     

    Je panique complètement, maintenant. J'ordonne à mes jambes de faire les cent pas pendant un bon moment, avant que je ne décide que ce serait une bonne idée d'aller chercher quelqu'un pour qu'il le voie. Alors que je m'apprête justement à m'élancer en dehors de la pièce, je sens que mon corps entier est soudainement tiré est arrière.

     

     «  Hé ! »

     

     Je lutte contre des bras brûlants qui m'enserrent, sous le coup de la surprise. Ce bâtard de Phun m'a attrapé et me retient prisonnier. En serrant très fort, en plus. J'essaie de m'extirper de sa poigne, mais il ne me laisse pas faire.

     

    Il n'est pas censé être malade ? Pourquoi s'accroche-t-il à moi avec la force d'un anaconda ?

     

     «  Putain, Phun ! Laisse-moi ! »

     

     J'essaie de me libérer parce que je ne suis pas habitué à ce genre de chose, et je veux aussi aller chercher quelqu'un pour l'aider. Mais mon front est compressé contre son cou et les sons que je fais sont à peine audibles. Il ne se rend absolument pas compte de ce qu'il fait et continue de me serrer plus fort.

     

    « Froid...froid... »

     

    Sa voix enrouée murmure les mêmes choses en boucle et je cesse finalement de bouger. Je redresse la tête (avec beaucoup de difficulté) et regarde le visage de Phun. Ses marques rouges disparaissent, révélant un teint blafard. Je scrute ses sourcils froncés et ses paupières douloureusement closes. Il est clair qu'il souffre beaucoup. Ses yeux sont généralement brillants et joyeux, même s'ils sont moqueurs aussi. Ses lèvres sont normalement d'une teinte légèrement orangée, comme celles des filles lorsqu'elles se maquillent. Mais là, il a l'air si faible qu'on n'a même pas réellement l'impression que c'est bien la même personne.

     

     Je n'aime pas ça du tout. J'ai besoin qu'il soit rapidement sur pieds, et se remette à me chercher des poux.

     

    Au moment où je réalise cela, je décide de me laisser aller contre sa poitrine et de le laisser me serrer comme il le veut. Il continue de se plaindre du froid. J'espère que ça l'aide, ne serait-ce qu'un petit peu.

     

    Je ne sais si c'est mon imagination, mais il a l'air de se calmer. Ses muscles sont moins tendus et sa température redevient normale.

     

     °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

     

    I could be brown, I could be blue, I could be violet sky

     

    Une sonnerie qui ne m'est pas familière brise le silence. C'est ce qui me réveille et je nous trouve, Phun et moi, à nous serrer l'un l'autre comme si on était qu'une seule et même personne -_-'

     

    Pire, je suis toujours couché sur lui aussi (j'ai de ces putains de courbatures).

     

    Est-ce que les gens vont aussi loin que moi pour prendre soin de quelqu'un ? (Nan).

     

     ♫ I could be hurtful, I could be purple, I could be anything you like

     

    M. Mika continue de chanter dans le portable de Phun. Même si j'aime bien cette chanson, il faut que je réveille le propriétaire de cet appareil. Je lui donne des coups de coude bien sentis pour qu'il sorte de sa léthargie, d'une parce que la sonnerie résonne si fort qu'elle m'agace et de deux parce que j'aimerais bien qu'il me lâche, maintenant !

     

    Mes petits coups le réveillent et il me regarde d'un air interloqué avant de voir la position dans laquelle nous sommes et de paraître autant plus interloqué.

     

    «  - Yo !

     - Ne commence pas. C'est toi le responsable de cette situation ».

     

     Il a l'air mortifié, comme si c'était moi qui avait voulu ça. Je l'informe tout en lui jetant un regard en biais. Son menton touche quasiment mon nez.

     

    «  Qu-qu'est-ce que je t'ai fait ? »

     

    T'as un putain d'esprit mal tourné !

     

     Il a vraiment l'air déconcerté. Il ne se rend même pas compte de ce qu'il a fait -_-' J'en ai vraiment ras le bol -_-'

     

     «  Rien, rien. T'avais une fièvre de cheval et tu disais tout le temps que tu avais froid. Je me suis rapproché pour vérifier ta température et tu m'as pris pour une couverture, visiblement, puisque tu m'a agrippé. C'est comme ça qu'on s'est retrouvés dans cette position ».

     

    Je préfère lui expliquer les choses point par point. Il a finalement l'air de comprendre et opine de la tête. Des couleurs reviennent sur son visage, il n'est plus aussi pâle que cet après-midi.

     

    Je suis content pour lui et tout, mais...

     

    «  - Si tu as pigé ce qu'il s'était passé, tu peux me lâcher, maintenant.

     - Ah oui, désolé, désolé ».

     

     Il se dégage illico. Génial. Je me redresse et m'assieds sur le lit. J'étire ma tête à gauche et à droite vu que j'ai dormi dans une mauvaise position. Franchement, votre corps tout entier est endolori quand vous dormez sur quelqu'un.

     

     ♫ Why don't you like me ? Why don't you like me ? Why don't you walk out the door ?

     

    Au point où nous en sommes, M. Mika en est déjà aux trois-quarts de sa chanson. Je ne voudrais pas qu'il se fatigue de chanter, donc je jette un œil au Nokia noir sur la table, puis à Phun :

     

     « - Tu comptes répondre ? 

    - Tu peux me dire qui appelle ? »

     

     Ah, alors on me donne de nouveau des ordres ? Mais je me dirige vers le portable pour regarder sans protester. Je ne serai pas contrariant, au moins aujourd'hui. Je vois une photo de couple s'afficher avec éclat sur l'écran du Nokia N8.

     

    « Aim » dis-je, lisant simplement ce qui est inscrit dessus.

     

     « Oh, je le prends, je le prends ».

     

    Phun tend la main de façon agaçante. Évidemment, ta petite amie appelle. Je marche jusqu'à lui et lui donne le portable, ne voulant pas que la personne à l'autre bout du fil s'énerve.

     

    «  - Allo ? Salut. Je suis à la maison. Hein, quoi ? Oh, je suis désolé. Est-ce qu'on peut remettre à demain ? Je ne me sens pas bien aujourd'hui et j'aimerais bien me reposer. Désolé.

     - Quoi ? Mais tu m'as promis que tu viendrais avec moi aujourd'hui ! »

     

    O_o ?! J'étais curieux de savoir pourquoi Aim appelait et je l'ai découvert en entendant sa voix éclater à l'autre bout du fil. Le type à côté de moi ne prend même pas la peine de rapprocher le téléphone de son oreille. Phun s'étire et sourit d'un air narquois devant mon air ahuri.

     

     « - Mais...oui...bien sûr. Je passe te prendre au lycée ce soir. A tout à l'heure. 

     - Ne me dis pas que tu as l'intention d'aller à un rencard ? »

     

    Ce con ne se rend pas compte qu'il est toujours malade, ou quoi ?

     

    «  Ce n'est pas un rencard, Aim veut juste aller acheter des chaussures »  me répond-il d'une voix léthargique en posant le portable près de son oreiller. Je le récupère d'un geste rapide et le remet à sa place initiale car j'ai entendu dire que laisser son portable près de son oreiller est mauvais pour la santé.

     

    Quitter sa maison alors qu'on est toujours malade n'est pas très bon, non plus.

     

    «  C'est la même chose. Tu vas vraiment y aller dans cet état ? ».

     

    Je me sens complètement frustré. Phun se contente de d'apposer sa main sur son front et de fermer lentement les yeux.

     

     « Je vais beaucoup mieux, maintenant. En plus, j'avais promis à Aim que je viendrais ».

     

     On est peut-être plus proches désormais, mais je ne suis quand même pas en position de me mêler de sa vie privée non plus. Je n'ai plus rien à ajouter donc je le laisse s'endormir.

     

    Ma tête est remplie de mille pensées.

     

     A suivre...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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