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    Chapitre 46 : On est faits pour être ensemble

     

     Une fois qu'on en a fini avec le couvent, on décide d'aller au restaurant de porc grillé qui appartient à la famille de Knott près de Kaset-Nawamin Road. On s'y rend tellement souvent que son père ne s'offusque même plus du boucan qu'on persiste à y faire. Il nous a même dit qu'il préférait avoir plein de jeunes dans son restaurant pour que l'ambiance reste vivante.

     

    « Hééééé ! Mais qui a mis du bœuf sur ce grill, bordel ? Qu'il se dénonce, pour que je lui en mette une »

     

    Poom, qui était silencieux depuis une bonne heure, se met soudainement à pester quand il remarque un morceau de viande rouge trônant au beau milieu de la grille et ce alors qu'on a tous voté pour qu'il n'y ait pas la moindre petite pièce de bœuf au menu ce soir. Sa plainte éclate si bruyamment que j'en tressaille. Et bien sûr, quand on constate ce type de violation, le coupable ne peut être que...

     

    « Quoi ? Mais c'est pas du bœuf ! »

     

    Eh voilà, l'homme responsable du délit vient de se dévoiler. Je regarde Ohm, mes baguettes en suspension dans ma bouche. Il soulève lentement un des morceaux que Poom a accusé d'être du bœuf et l'agite sous le nez du plaignant.

     

    « Regarde bien. C'est clairement...de l'épinard »

     

    Ce connard ! Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi gonflé que ce type ! La tête d'Ohm se transforme en poubelle quand tous les mecs se mettent à lui jeter des serviettes sales au visage.

     

    Tu le mérites, et je te dis ça en toute franchise.

     

    Poom et Ohm se disputent encore un moment sur la question de savoir s'il s'agit de bœuf ou d'épinard (non mais franchement, il ose encore prétendre que c'est de l'épinard?) avant que Poom ne remporte la victoire. Il appelle un serveur et demande à ce que le grill soir remplacé immédiatement, comme si c'était une urgence vitale. On rit tous ensemble alors qu'on enlève le porc, le poulet, le bacon et quelques autres petites choses de notre grille pour qu'il puisse la changer. En attendant, on se sert sur les autres grills. Beaucoup des membres du club de musique sont présents, donc on a dû mettre bout à bout trois tables avec chacune son réchaud. Mais c'est difficile de circuler correctement autour des tables, pour pouvoir aller piocher chez les autres.

     

    « Tiens, j'ai pu trouver du porc »

     

    J'ai sans doute oublié de mentionner que je n'avais pas levé le nez de mon assiette depuis qu'on s'était tous assis. En fait, je n'ai même rien mis à griller du tout. La personne qui s'est occupée de la cuisson, vérifie quel morceau est prêt et quel autre ne l'est pas, à ma place, est Phun Phumipat, également connu comme le secrétaire du Conseil des étudiants, qui s'est invité au restaurant (vu qu'il s'était aussi invité à rejoindre le groupe plus tôt dans la journée). Je suppose qu'il peut être considéré comme le secrétaire du club de musique aussi maintenant, puisqu'il est à mes petits soins en permanence.

     

    Honnêtement, s'il pouvait mâcher et avaler la nourriture pour moi, il le ferait.

     

    « Hé, tu devrais en prendre un peu pour toi aussi. Tu n'as pas faim ? »

     

    Je lui dépose rapidement du poulet et le porc qu'il vient de m'apporter dans son assiette, qui est vide alors que la mienne est une montagne de choses comme du porc, des champignons, du canard et du poulet. (En fait, il n'y a pas de canard, je trouvais juste que ça faisait bien dans la phrase, ah ah).

     

    Mais Phun se contente de sourire et de me redonner du porc grillé. Hum, tu ne te moquerais pas un petit peu de moi, par hasard ?!

     

    Bon, il peut bien faire ce qu'il veut. C'est mieux comme ça, je ne dirai plus rien, et deviendrai un infirme. D'ailleurs, ce n'est pas plus mal que mon assiette soit remplie de la nourriture que Phun y a mise, car New commence à délirer en faisant des associations de saveurs bizarres. (Je préfère ne pas les décrire parce qu'elles sont trop compliquées et c'est quelque chose dont personne ne devrait s'inspirer de toute façon). Heng échappe de justesse à son cruel destin lorsque le serveur finit par remplacer le grill comme Poom l'avait demandé, sinon il aurait été obligé de manger les horreurs que New a cuisinées. Je suis assis juste à côté de l'emplacement du nouveau réchaud donc je me décale un peu pour faire de la place (et puis, je ne veux pas qu'on m'assassine). Mais il semblerait que quelqu'un veuille effectivement être assassiné.

     

    « Ce serait cool d'avoir une grande sœur comme toooooooi. Ça t'intéresse d'adopter un lycéen ? »

     

    Hé hé. Je n'ai pas besoin de vous dire que la personne qui vient de prononcer ces mots est complètement bourrée, si ? Aucun individu lucide n'irait dire ça à quelqu'un qui porte un plat brûlant dans les mains. La nouvelle grande sœur de Per sourit d'un air narquois et bouge brusquement le grill d'un air menaçant, comme si elle voulait le frapper avec. Heureusement pour lui, elle a l'air de croire au dicton qui veut qu'un bon serveur ne doive s'occuper ni des fous ni des ivrognes, et il s'en sort en un seul morceau avant de retourner profiter du porc grillé et de la bière. (Pour être honnête, quasiment tous mes amis sont des fous et des ivrognes de toute façon).

     

    C'est vrai qu'ils ont bu des litres et des litres de bière à cause de Film, qui a dit que la barmaid au restaurant de Knott était bien fichue (et Knott a profité de l'occasion pour se vanter de l'avoir choisie lui-même). Et c'est pour ça que la barmaid-bien-fichue n'a pas arrêté de remplir les verres de mes amis de toute la soirée, ce qui fait qu'ils sont tous beurrés (Je n'ai rien bu ce soir vu que je ne suis pas d'humeur à ça, et Phun a décidé de ne pas boire non plus). Il sont même tous montés sur la scène du karaoké pour interpréter une chanson mais au lieu de diffuser des titres folk, cette machine s'est mise à passer...

     

    « La Lune ne regarde plus, la Lune ne regarde plus

     Mais même si la Lune ne regarde plus, je ne le permettrai pas »

     

    Hem...Est-ce que quelqu'un, n'importe qui, pourrait m'expliquer la raison d'être de cette horrible scène qui se déroule sous mes yeux ? Ce n'est pas possible qu'Ohm et Film soient vraiment en train de chanter « J'ai osé l'embrasser sous la Lune » (1), si ?

     

    Phun et moi, les seules personnes 100 % sobres de l'assistance, ne pouvons rien faire d'autre que nous prendre la tête dans les mains en nous répétant que ça ne peut être qu'un rêve qu'on oubliera quand on se réveillera. Je l'espère, en tout cas.

     

    Que quelqu'un me vienne en aide !

     

     

    «  Je n'ai pas peur des matins qui viennent

     J'ai juste peur qu'ils ne viennent jamais

     Même s'il est très tôt

     Je peux le supporter »

     

     

    Merci Seigneur ! Mon portable sonne ! Rapidement et dans un geste peut-être un peu trop dramatique, je l'extirpe de ma poche. Phun, une baguette dans la main, me regarde faire.

     

    Bingo ! C'est Yuri !

     

    Son appel me sauve la vie. Je ne veux pas avoir à assister à cette scène grotesque plus longtemps. En en plus, nong Mum se met à la mitrailler avec son appareil photo lorsque Film embrasse Ohm sur la joue. (Arf!). Quand ces deux-là verront les photos une fois dessoûlés...

     

    Je pourrai juste dire que je n'ai rien remarqué parce que j'étais au téléphone avec Yuri. Hé hé hé.

     

    « Allo ?

     - Noh ? Où es-tu ? J'entends un de ces raffuts derrière toi » dit Yuri d'une voix enjouée, comme si ele voulait se joindre à tout le tapage qui m'entoure. Je me dirige vers le jardin pour échapper autant que possible à la pollution sonore (parce que maintenant, Per chante en duo avec le père de Knott et c'est proprement terrifiant).

     

    « Au restaurant de porc grillé. Et toi, tu es arrivée chez toi ?

     - Oui, ça fait un bon moment. J'ai dîné, fait la vaisselle, mis mon pyjama, chatté sur MSN et là je m'apprête à aller au lit »

     

    Eh ben, quel programme détaillé. Je ricane en silence avant de la taquiner un peu.

     

    « Oh, tu t'apprêtes à aller au lit ? Pourquoi tu m'appelles maintenant, alors ?

     - Parce que ! Tu étais dans mon école toute la journée, mais on a à peine pu se dire deux mots ! Si tu penses que tu peux juste m'envoyer balader en me disant d'aller au lit, tu rêves ! »

     

    Elle a l'air vraiment énervée, hé hé hé. Je ris devant sa détermination en m'asseyant sur une grosse pierre pour pouvoir parler tranquillement avec elle. Je suppose qu'on peut voir ça comme une aide à la digestion vu que je me sens plus que repus. On parle de la pluie et du beau temps pendant un moment puis on finit par aborder le concert. Yuri me révèle que toutes les membres du club de musique du couvent avait déjà un gros coup de cœur pour notre groupe depuis notre performance de l'an dernier, et c'est pourquoi elles se sont battues pour que ce soit nous qui revenions cette année. C'est plutôt amusant, si on considère notre prestation déplorable de l'an dernier. Aucun professionnalisme et on jouait vraiment pour s'amuser. Je n'arrive franchement pas à croire que leur club de musique ne se soit pas rendu compte qu'Ohm et et New, respectivement à la basse et à la guitare, jouaient sur deux clés différentes. Je pouvais à peine chanter correctement.

     

     Enfin, en tout cas, on ne s'est pas ratés cette fois (je crois). J'écoute encore Yuri me raconter ses histoires, auxquelles je ris à chaque fois. Alors que je commence à perdre la notion du temps, une lourde main se pose sur mon épaule.

     

    « Phun ? »

     

    Le propriétaire du nom ci-dessus s'assied sur la pierre à mes côtés, une assiette pleine dans les mains.

     

    « Tu en veux ? » me demande-t-il, pas très fort (surtout si on compare avec Per, qui hurle dans le micro) mais Yuri l'entend malgré tout.

     

    « Phun est là aussi... ? » s'enquit-elle d'une voix calme.

     

    C'est bien ce que je pensais. Je sais que Yuri est toujours un peu braquée contre Phun depuis qu'il a quitté Aim. (Le premier jour après la rupture, il a fallu que je l'écoute se plaindre de lui jusqu'à ce que mes oreilles manquent de se détacher de ma tête. Elle croyait que c'était Phun le fautif étant donné que c'est lui qui avait rompu). Mais après seulement deux jours, Aim a commencé à sortir avec un autre mec, ce qui fait que Yuri a cessé de faire des commentaires sur le sujet. Je ne sais pas ce qu'elle sait exactement mais je ne pense pas qu'elle continue à accuser Phun comme elle le faisait avant. Mais elle doit quand même trouver ça bizarre de lui reparler et je comprends qu'elle puisse avoir encore quelques doutes.

     

     « Oui, toutes les personnes qui nous ont aidés sont là aussi » lui dis-je en fronçant les sourcils en direction de Phun quand il me passe une assiette de porc accompagné de galettes de riz et de nouilles vertes.

     

    « Dis-lui bonjour de ma part, alors » répond Yuri d'une voix un peu hésitante.

     

    « Yuri te dit bonjour ».

     

     Phun semble surpris mais il sourit, ravi.

     

    « Hey ! Toujours debout, Yuri ? »

     

     Hé, tu vas commencer à discuter avec elle maintenant ? Je jette un œil à ma montre qui m'indique qu'il est 23h passées.

     

     « Oui, j'avais l'intention de parler avec Noh jusqu'à ce que je finisse par m'endormir, hé hé ».

     

    Génial.

     

     Je transmets à Phun ce que Yuri vient de dire et il rit avant de la prévenir que si elle continue à se coucher aussi tard, elle ressemblera à un panda. Il ajoute ensuite que sa peau vieillira prématurément et sera couverte de rides. Seigneur, il lui balance tous les trucs qu'il ne faut jamais dire à une fille ! Comme c'était prévisible, Yuri réagit à grand fort de cris (parce qu'aucune femme ne veut qu'on lui parle de son funeste destin). Elle rétorque qu'il existe des crèmes et des lotions qui s'occupent de ça. Mais Phun ne lâche pas l'affaire et répond que ces crèmes sont fabriquées à base de vessie de baleine. Yuri poursuit son scandale à l'autre bout du fil. Finalement, je tends le portable à Phun pour les laisser régler ça entre eux (au lieu de m'utiliser comme standardiste). Je peux quand même toujours entendre Yuri protester dès que Phun la taquine. Il est tout content de pouvoir la faire sortir de ses gonds. Yuri n'est pas ta petite sœur, tu sais, pourquoi tu la titilles comme ça ?

     

    Mais c'est un soulagement de les voir se chercher et rigoler ensemble. J'espère que Yuri n'a plus une trop mauvaise opinion de Phun. Je les aime tous les deux et s'ils devaient rester en mauvais termes à cause de cette chose stupide qui s'est produite, ce serait nul.

     

    Phun discute et rit avec Yuri un bon moment avant de me redonner le téléphone. Puis, il faut que j'écoute Yuri répéter dans toutes les tournures possibles qu'il est insupportable (maintenant toi aussi tu sais qu'il est le pire d'entre nous). Mais elle paraît beaucoup plus joyeuse en disant ça, ce qui me fait sourire, et je lève la tête vers Phun toujours assis à mes côtés.

     

    On bavarde encore pendant longtemps (et Phun y va de son petit commentaire de temps en temps) jusqu'à ce que les mecs viennent nous trouver pour nous dire qu'ils vont partir. (Et bien sûr, ils nous charrient, Phun et moi, en faisant un boucan pas possible. Mais heureusement, Yuri ne les entend pas. Avant de raccrocher, Yuri demande si elle peut reparler à Phun. Je n'ai pas la moindre idée de ce dont ils discutent, je n'entends que la seule phrase qu'il lui adresse : « Je veillerai sur lui jusqu'à ce qu'il s'endorme ». Euh...Qu'est-ce qu'il entend par ça ?

     

    Je l'apprends en rentrant à la maison. Le père de Knott a été super sympa, comme d'habitude, il a demandé à un employé du restaurant de tous nous raccompagner chez nous en voiture. Mais je n'ai pas bien compris pourquoi c'est moi qu'il a déposé en premier (ma maison n'était pas exactement la plus proche du restaurant). Évidemment, les mecs se sont mis à brailler quand Phun et moi sommes descendus de la voiture ensemble. Putain, ces cons !

     

    C'est ce dont Phun parlait quand il a dit qu'il veillerait sur moi jusqu'à ce que je m'endorme. Il avait juste besoin d'une excuse pour passer la nuit chez moi. Il prétend que le club de musique a eu sa peau en lui faisant transporter des choses, s'occuper du son et même monter sur scène pour chanter dans un moment particulièrement embarrassant. Selon lui, le président du club que je suis dois prendre ses responsabilités pour ce qu'il s'est passé en s'assurant qu'il passe une bonne nuit. Il a des couilles, pour dire un truc comme ça ! Il me semble me rappeler que c'est lui a insisté pour venir avec nous. De quoi se plaint-il, maintenant ? -_-'

     

     Bon, peu importe. S'il veut rester chez moi, il peut. J'acquiesce avec mollesse dans sa direction pour signifier mon accord et je salue de la mains mes amis qui continuent à se moquer de nous. (C'est quoi leur problème ?! Tout le monde s'en foutait quand quand Per a demandé à Knott s'il pouvait passer la nuit chez lui). Je finis par leur lever mon troisième doigt. Le van redémarre mais ils ouvrent la fenêtre et sortent la tête pour se payer encore un peu notre tronche. Vous feriez bien de faire gaffe ! Il est presque minuit, les gens essaient de dormir !

     

     Phun et moi rigolons pour nous-mêmes alors que le van disparaît à l'horizon. Puis, on entre dans la maison, plongée dans le noir. Phun me répète qu'il a trop mangé, et qu'il aurait dû y aller mollo avec le porc et les fruits de mer.

     

    On met la clim à la seconde où on pénètre dans ma chambre. C'est le début de l'année et pourtant, la température est horriblement élevée. Je fais quelques pas pour ranger ma bien-aimée guitare à sa place légitime. Je la sors rarement, il faut vraiment qu'un événement particulier l'exige. J'ai demandé à mon oncle de m'aider à l'acheter dans une vente aux enchères au Japon et c'était affreusement cher. Mais toujours moins que d'en acheter une neuve, toutefois. Quand bien même, je mourrais sur le coup si elle avait la moindre petite éraflure.

     

    Alors qu'on range nos affaires respectives en silence, une pensée me passe soudainement par la tête.

     

    « Phun.

     - Quoi ? » me répond-il de dessous la chemise qu'il est en train d'enlever.

     

     Je ne sais pas du tout pourquoi je ne trouve pas le courage de le regarder dans les yeux. Mes lèvres sont sèches quand je reprends.

     

    «  Tu as vu Aim aujourd'hui ? »

     

     C'est sûrement la raison pour laquelle j'ai senti ma poitrine se serrer toute la journée. C'est dû à cette question. Phun garde le silence. Généralement, il me répond tout de suite, mais pas là. Mais finalement, il le fait.

     

    « Oui...quand je suis allé au bureau de l'administration.

     - Je vois... »

     

    C'est tout ce que j'arrive à murmurer. Je ne sais vraiment pas quoi dire d'autre. On reste silencieux un moment mais alors que je donne le change en passant un coup de chiffon sur ma guitare, Phun recommence à parler.

     

    « J'ai essayé de lui sourire et de lui dire bonjour mais elle a fait comme si elle ne me voyait pas. Je me demande qui a des reproches à se faire, maintenant, hé hé hé ».

     

     Franchement, je ne pense pas que son rire à la fin soit sincère. Tout ce que je peux faire, c'est m'asseoir sur le lit et m'inquiéter de savoir qu'il est toujours malheureux à cause de ce qu'il s'est passé.

     

     « Est-ce que tu es...jaloux ? »

     

    Tout à coup, j'entends la voix profonde de Phun très près de mon oreille. Je sursaute puis me retourne pour voir sa belle gueule me sourire. Il essaie même de mettre ses mains autour de ma taille par derrière.

     

    « Hé ! Mais qu'est-ce que tu fais ?! J'essaie de nettoyer ma guitare, là, et toi tu vas ma faire laisser des traces dessus ».

     

    Je pleurerais jusqu'à ce que j'en meure, si ça arrivait. Mais attendez, qu'est-ce que Phun vient de dire ? Jaloux ? Quoi ?

     

    « Dans ce cas, dis que tu es jaloux d'abord, hé hé hé. Je ne m'accroche plus à elle, tu sais. C'est fini entre nous. Mais toi, tu devrais admettre que tu es jaloux...hé hé hé ».

     

    Ce connard est tellement insupportable. Je ne sais même pas de quoi il parle !

     

    Je sens mon visage chauffer. Ça fait bizarre, avec lui assis sur le lit derrière moi, alors j'essaie de me libérer de ses bras qui me serrent de plus en plus fort.

     

     « Lâche-moi ! Et je n'ai aucune idée de ce que tu essaies de me faire dire non plus ! Lâche-moiiiii »

     

    C'est une lutte acharnée, maintenant ! Voyons qui de nous deux est le plus fort !

     

    Mais après dix minutes à donner des coups de coude, à le pousser, et à me tortiller dans tous les sens, il devient clair que c'est Phun, même s'il est plus mince que moi. Mais où est-ce qu'il stocke toute cette énergie ? Phun rit de bon cœur.

     

    « Tu ne peux même pas être un tout petit peu jaloux... ? Je crevais de jalousie, aujourd'hui ».

     

    Mais pourquoi je devrais être jaloux ? Minute, qu'est-ce qu'il vient de dire, là ?

     

    Phun se met à blablater, maintenant.

     

    « Tu sais, je crois que c'est vrai, ce qu'on dit. Sortir avec toi, ça veut dire être souvent jaloux et devoir se méfier des filles plus encore que des garçons. Tu ne peux pas arrêter d'être si cool ? Ces filles vont finir par se faire des idées ».

     

    Je ne comprends pas un mot de ce qu'il raconte. Se méfier ? Jaloux...des gens...qui me tournent autour ? Mais pourquoi... ? Attendez, attendez, ça signifie quoi quand on est jaloux, d'ailleurs ?

     

    Je lui renvoie un regard troublé et il me sourit.

     

     

    « Noh...

     - qu-quoi ?! »

     

     

    Peu importe, je me montrerait brave et intransigeant face à l'adversité. Mon ton effronté l'incite à me lâcher et il tourne vers moi pour me voir mieux. Ses yeux perçants me dévisagent et je ne sais pas comment réagir.

     

    « Qu'est-ce qu'il y a ? »

     

    Tout ce que je peux faire, c'est jouer les offusqués. Mais Phun me sourit toujours.

     

    « Hé...vu que tu es déjà amoureux de moi comme je suis amoureux de toi...pourquoi est-ce qu'on ne se mettrait pas tout simplement ensemble ? »

     

    C'était une question, ça ?! Ça sonne plus comme si tu avais déjà tout décidé ! Je riposte immédiatement.

     

    « Qu'est-ce qui te fait croire que je suis amoureux de toi ? »

     

    Il hausse les sourcils.

     

    « Je le sais rien qu'en regardant au fond de tes yeux »

     

     Ça, ça mérite bien un mouvement de recul ! Je reste assis à le regarder un bon moment, en pleine réflexion. (Il me demande de sortir avec lui ou est-ce qu'il me force à sortir avec lui?). Je suppose que je mets trop de temps car Phun me prend de nouveau dans ses bras.

     

     « Hé ! Qu'est-ce que tu fous ?! »

     

    Quand une personne pense à quelque chose et qu'une autre l'attrape soudainement comme ça, c'est normal qu'elle soit surprise ! Phun se pelotonne contre moi et enfouit son visage dans mon épaule. Il me tient si fermement que je peux le sentir trembler. Mais je ne suis pas sûr de savoir ce qui le fait trembler.

     

    « Je suis...gêné, d'accord ? Réponds-moi ! Je vais mourir de honte, là ! »

     

    Oh, donc il a la tremblote parce qu'il est intimidé. Ah ah ah, c'est trop mignon. Du coup, je fais mine de devoir pondérer la question un peu plus longtemps.

     

     « Ça demande réflexion, des trucs pareils...hum, que devrais-je faire ? »

     

    Mais ça n'a pas l'air de l'amuser autant que moi.

     

    « Tu as besoin d'autant de temps pour décider... ? Je vois...je suis désolé de t'avoir placé dans une situation délicate ».

     

    La voix généralement joyeuse de Phun se fait mélancolique. Maintenant, je me sens mal pour lui. Il relâche son emprise mais je ne laisse pas faire et maintenant, c'est moi qui le prends dans mes bras.

     

    « D'accord, on peut faire comme çaaaa ».

     

    Je ferme les yeux en prononçant ces mots.

     

    « Qu'est-ce que tu veux dire ?! »

     

     Qu'est-ce que tu me demandes, là ? C'est moi qui me sens gêné, maintenant ! Je lui donne une petite tape sur la tête.

     

    « T'as vraiment besoin de demander ? Connard ».

     

    On dirait que l'ampoule interne de Phun s'illumine subitement. Il passe sa main sur mon dos et demande confirmation d'une voix empressée.

     

     « Oh, tu...parles de ça ? ?! »

     

    Mais pourquoi es-tu tout excité tout à coup ? C'est pas toi qui disais que j'étais amoureux de toi y'a pas deux minutes ?

     

    Je ne lui réponds pas. Tout ce que je fais, c'est acquiescer légèrement contre ses épaules.

     

     « Allez ! Sois plus clair. Yes ou no? »

     

     Mais non, maintenant ce mec agaçant me pose carrément la question en anglais. Ça veut dire quoi ?

     

    Je reste silencieux un moment avant de faire un sourire et de murmurer gentiment : « oui...alors arrête ton interrogatoire, bâtard ! J'ai fini de parler de ça ! »

     

     Je suis tellement gêné, bordel !

     

    Phun, lui, a l'air plus qu'extatique et raconte des choses incohérentes. Il pousse un cri de pure joie et me serre tellement fort que je suis sûr de récolter des bleus. Mais honnêtement, je me sens tout aussi heureux.

     

    Je le laisse me presser comme un citron et j'ai l'impression que mon cœur va exploser. Phun plonge la tête pour toucher ma joue avec son nez. Il caresse mon dos de ses mains brûlantes sous ma chemise. Ça me fait un peu tressaillir jusqu'à ce qu'il rapproche encore son visage du mien.

     

     « Maintenant qu'on est ensemble...on a plus de raison de se retenir, hein ? »

     

     Hum, est-ce que je dois répondre à ça ?

     

    Mais Phun n'a pas l'air d'attendre de réponse. Ses lèvres fines forment un sourire avant de se poser sur les miennes. Il m'embrasse, puis porte sa bouche à mon oreille et me chuchote la chose que je voulais le plus entendre au monde.

     

    Une larme unique roule sur ma joue quand il prononce ces mots. Ceux que je voulais désespéramment qu'il me dise. Et ce soir, c'est à moi qu'ils sont enfin adressés. Et de la même façon, toutes ces choses que j'ai ressenties au fond de moi lui appartiennent désormais. Phun m'embrasse et me répète à quel point il m'aime encore et encore comme s'il voulait s'assurer et m'assurer en même temps qu'on ne se quitterait plus jamais maintenant.

     

    Je permets à Phun de me toucher comme il le désire. Et j'autorise mon propre corps à se blottir contre le sien, à exprimer ces sentiments que j'ai dû réprimer dans le passé. Alors qu'ils réémergent lentement, je me rends compte que je n'ai plus besoin de les faire taire. Je n'ai plus besoin de les garder pour moi.

     

     Et pour la première fois, alors que Phun est dans mes bras, je peux dire qu'il est réellement mien.

     

     

    A suivre...

     

     

     

    (1) Standard de la musique thaï qui, comme son nom peut le laisser supposer, est particulièrement sirupeux ^^

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Jeudi 18 Août 2016 à 18:27
    Merci encore mille fois pour ce chapitre. Je vois que les choses evoluent enfin dans le bon sens pour Phun et Noh.
    Je vous souhaite bon courage pour le prochain chapitre et serait très patiente. Fighting!!!!
    2
    Jeudi 25 Août 2016 à 20:53

    Merci pour ce chapitre enfin il sont ensemble c est genial!!! 

    3
    yukialba
    Samedi 27 Août 2016 à 10:35
    J'adore! Merci pour tout ce travail! Il y a combien de chapitres en tout?
    4
    Samedi 27 Août 2016 à 14:03

    Merci pour vos commentaires !

    @yukialba : il y a 65 chapitres en tout, mais les 5 derniers sont toujours en attente d'une traduction anglaise, nous ne sommes malheureusement pas sûres d'être en mesure de vous les proposer.

    5
    Alex03000
    Lundi 3 Octobre 2016 à 11:16
    Se récit est juste magnifique ! Il y aura t'il une suite ?
    6
    bibou64200
    Samedi 22 Octobre 2016 à 08:17

    superbe chapitre .... mon imagination est parti dans tout les sens !!! vivement les prochains chapitres ....sinon je vais devoir aller en thailande me les faire traduire lol

    7
    Mercredi 7 Décembre 2016 à 16:28

    wouah...! Trop bien le roman, et bien traduit; merci pour ce travail, j'ai hate de lire la suite. 

    8
    Jeudi 9 Mars 2017 à 15:36

    superbe chapitre

    ok, on aura p-ê pas la suite mais on a une bonne fin, en quelque sorte

    merci pour ce dur labeur et ce partage

    9
    Dimanche 16 Avril 2017 à 05:26

    Merci pour tout les chapitres. vous avez fait du bon travail. Continuer comme ça.

    10
    Dimanche 6 Août 2017 à 22:14

    Merci beaucoup pour tout ces nouveaux chapitres.

    Vous faites du super boulot, c'est un vrai plaisir de vous lire.

    Bon courage pour la suite... en espérant que la trad anglaise ira jusqu'au bout des 65 chapitres

    11
    Lundi 28 Août 2017 à 19:59

    merci beaucoup pour ces chapitres !

    on voit qu'ils y sont allés très soft dans la série pour certaines partie du romans :)

    je vais regarder la série pour une inième fois en attendant les prochains chapitre =)

    12
    Jeudi 26 Octobre 2017 à 23:50
    Merci merci pour la traduction, dommage qu'il est pas de suite mais merci encore, c'est encore mieux que la série.
    13
    Mercredi 1er Novembre 2017 à 12:38

    Hello !

    J'ai regardé la série, mais cela ne m'a pas autant plut que cette lecture. C'est fou, j'ai l'impression que l'histoire est mille fois plus vivante grâce à vos mots. Je sais qu'il peux être compliqué de traduire des textes et de garder une continuité dans la narration. C'est pourquoi je vous dit CHAPEAU ! C'est super fluide et tout... Je pense que vous avez un très bon niveau de rédaction !!!

    Si vous avez besoin d'aide pour la traduction "brute", j'ai un bon niveau d'anglais (à défaut d'un niveau de rédaction :p).

    14
    MISSachi
    Mercredi 1er Novembre 2017 à 13:34
    Encore moi pour une énième lecture:)
    Je vais choper mon dico et tenter la suite en anglais
    Je sais déjà que ça va être laborieux mais ça vaut le coup (fait ch.bonus "version" sentiments de Phun *_*)
    15
    Mardi 13 Février 2018 à 22:27

    Merci pour la traduction, j'ai hâte de lire la suiteyes

    16
    Anokade
    Dimanche 19 Août 2018 à 12:20

    Bonjour ! Déjà, merci pour la traduction :D J'ai vu la série et je désespérais de trouver la version roman en français (l'anglais n'est vraiment pas mon fort). Malheureusement, je crois que la traduction à été abandonné (à mon plus grand malheur), donc merci pour ces 46 chapitres et peut être qu'un jour vous publierez la suite... Bisous !   

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