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    Chapitre 20 : La voie choisie. 

     

     

    Nous avons quitté Bang Sean depuis 5heures du matin. (Me croiriez-vous si je vous disais que je ne me suis jamais levé avant les coqs de toute ma vie ?) Nous avons eu beaucoup de temps pour prendre le petit-déjeuner ensemble. Heureusement pour nous, il n'y avais pas beaucoup de trafic donc nous sommes arrivés à Bangkok sans encombre.

     

    La Honda Civic noire à deux portes de Phun s'arrête près du trottoir en face de l'école à exactement 8 heures . Nous arrivons juste à temps pour voir Mme Wantana et M. Bancha gronder certains élèves de secondes pour ne pas avoir mis leurs chemises à l'intérieur de leurs shorts correctement.

     

    En parlant de ça, je devrais le faire aussi puisque je ne veux pas me faire reprendre si tôt dans la matinée .

     

    « Tu es sûr que ça va être bon pour toi d'arriver en retard ? »

     

    Phun est assis au volant, dans ses vêtements de tous les jours, pendant que je borde ma chemise. Nous sommes allés directement de Bang Saen à l'école sans s'arrêter à nos maisons. Phun me donne un petit sourire quand il entend ma question .

     

    « - Ça ira, tu ferais mieux te de dépêcher.

    - D'accord, sois prudent en rentrant à la maison. Il y a beaucoup de flics qui patrouillent dans la matinée. Tu n'a même pas encore ton permis de conduire, idiot.

    - Je fais plus vieux que mon âge, ça ira ».

     

    Hé, de l'auto-dérision.

     

    « Oh, si tu t'en rends compte » lui dis-je avec un petit rire avant que je ne me penche pour attraper mon sac à dos noir sur la banquette arrière. Je me retourne comme le visage de Phun se déplace lentement plus près du mien.

     

    Ses lèvres minces et orange claires m'invitent à prendre contact avec elles. Ces lèvres se vissent si intensément sur les miennes, c'est comme si elles refusaient de me laisser partir. Je tends ma main et caresse les mèches de cheveux de Phun qui semblent être plus longs que ce qu'un lycéen typique devrait avoir. Pendant ce temps, Phun serre mon visage pour que je ne sois pas en mesure de me libérer.

     

    Nous restons comme ça pendant si longtemps que j'ai à peine de l'air à l'intérieur de mes poumons. Nos langues continuent de s'entrelacer et de se taquiner l'une l’autre. Je devais faire quelque chose avant que nous soyons incapables de nous arrêter.

     

    « Phun ... ».

     

    Je chuchote son nom même si nos lèvres sont toujours collées ensemble. J'attends jusqu'à ce qu'il fasse une pause pour regarder mon visage avant de m'éloigner.

     

    Je lui fais un sourire. Je voulais lui en offrir un significatif, qui vienne de mon cœur .

     

    «Je ferais mieux d'y aller ».

     

    Je ne sais pas ce que les sons qui viennent après essaient de me dire. Parce que je sais seulement qu'une fois que je fermerai la porte de la voiture noire, l'histoire entre Noh et Phun sera terminée.

     

    * * *

     

    « Yo , Noh ! »

     

    Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir qui a crié mon nom. Je ralentis pour qu'Ohm et Rodkeng, qui halètent pour avoir de l'air, puissent me rattraper. Intéressant, à chaque fois que j'arrive tôt, ces gars-là apparaissent tôt aussi. Et dès que j'arrive en retard, ils se montrent en retard aussi. Tu parles d'avoir un instinct de forte amitié.

     

    « - Quoi de neuf, connards ? Comment avez-vous évité les enseignants?

    -En courant pour nos vies comme tu viens de le voir », me dit Ohm en sortant sa chemise de son short et ce qui permet aux pans de descendre plus bas que les seins d'une grand-mère de 80 ans.

     

    Je suis son exemple et tire la mienne aussi. Avoir à porter les pans de vos chemises à l'intérieur du short peut être super inconfortable, vous savez!

     

    « Bordel qu'est-ce qui est arrivé ? Comment ça se fait que Phun t'as déposé ? Où a-t-il garé la voiture de toute façon? »

     

    Qu... qu ... quoi ?!

     

    J'étais occupé avec ma chemise, mais je tourna la tête en arrière pour regarder Rodkeng avec les yeux écarquillés. Comment savait-il que j'étais arrivé à l'école avec Phun ?!

     

    « Je parie qu'ils ont passé la nuit ensemble. Ce n'est pas si comme ce bâtard apportait souvent un sac à dos à l'école comme celui-ci ».

     

    Ohm met dans le mille. Je trébuche presque et me cogne la tête.

    Sérieusement, personne ne t'accusera si tu veux garder tes pensées pour toi! Va au diable!

     

    « Eh ?! Réellement?! Tu es aussi proche de Phun maintenant? Je ne savais pas ! »

     

    Assez avec vos questions ! Permettez-moi de poser la mienne d'abord!

     

    « - Comment savez-vous que je suis arrivé ici avec Phun ? 

    - J'ai vu sa voiture. La Civic noire à deux portes avec la plaque d'immatriculation 8899 et l’autocollant d'autorisation d'entrée pour la Chambre du Parlement de Thaïlande et un autre pour l'Université de Chulalongkorn ».

     

    Mon dieu, écoutez-le décrire tout dans les détails. Même le propriétaire de la voiture trouverait ça troublant. Il connaît son affaire, je pourrais aussi bien me rendre à Rodkeng.

     

    « Très bien, je renonce. Ouais, je suis arrivé à l'école avec Phun ».

     

    Heureux maintenant? Hé hé. Je lui dis tout en étant un peu agacé puisque je me suis fait prendre. Attends ... Je me suis fait prendre ...?

     

    Putain, qu'est-ce qu'ils ont vu ?!

     

    Je jette un œil à Rodkeng et Ohm qui sont redevenus calme. Ohm est occupé à démêler ses écouteurs d'iPod puisque il a couru plus tôt. Rodkeng regarde simplement son téléphone et semble assez normal. Aucun d'entre eux n'a l'air d'avoir des soupçons. Mais, juste pour être sûr ...

     

    «Vous avez vu Phun dans la voiture ? »

     

    Je suis peut-être en train de tourner autour du pot autant que je peux avec cette question . Cependant , Ohm est encore en train d'essayer de démêler ses écouteurs et Rodkeng a toujours ses yeux sur son téléphone. Ils secouent tous les deux la tête en retour.

     

    « Comment on aurait pu? Les vitres sont tellement teintées, c'est comme si les fenêtres étaient peintes en noir. Je n'ai réalisé que c'était sa voiture que parce que j'ai reconnu sa plaque d'immatriculation et la fantaisie des autocollants d'autorisation d'entrée sur la fenêtre ».

     

    Oh, quel soulagement. On l'a échappé belle.

     

    « Pourquoi? Vous baisiez dans la voiture? »

     

    Comptez sur Ohm pour avoir des idées pareilles. Il vendrait ses amis avant quoi que ce soit d'autre. Je piétine son pied après qu'il a fini de jacasser.

     

    « -Aïe! 

    - La prochaine fois, je vais pousser une chaussure de clown dans ton stupide cul »

     

    Ma menace pour Ohm fait éclater de rire Rodkeng. Techniquement, il riait déjà quand il a entendu Ohm demander si Phun et moi étions en train de baiser dans la voiture. (Qui ferait ça ?! Cette voiture est trop près du sol! Euh! Ce n'est pas ce que je voulais dire!)

     

    « Alors, comment as-tu commencé à traîner avec Phun de toute façon? Il y a deux ans, j'ai pratiquement dû te forcer à aller à sa fête d'anniversaire avec moi parce que tu avais dit que tu ne voulais pas t'y rendre ».

     

    Rodkeng continue à m'interroger tout en faisant le chemin à l'intérieur du bâtiment. Il y a eu une petite pause puisque je ne sais pas comment lui expliquer.

     

    « - Nous sommes devenus assez proche à cause des problèmes budgétaires du club. Il m'a aidé avec ça.

    -Depuis, tu l'as laissé te la mettre ? »

    Ugh! Ce putain d'Ohm! Donc, tu veux vraiment que je te botte le cul, c'est ça? Je me tourne à gauche et à droite pour voir s'il y a des juniors autour, qui seraient des participants involontaires puisque je me servirais des chaussures de clown et des ceintures ridicules que le directeur les aurait forcés à porter en punition pour leur retard, mais je n'en vois pas un seul donc je lève ma propre chaussure pour le menacer avec à la place.

     

    Naturellement, il monte les escaliers à la hâte comme si quelqu'un sonnait une cloche qui l'appelait.

     

    « Putain d'Ohm ».

     

    Je l'insulte tandis que Rodkeng rit en arrière plan.

     

    * * *

     

    A présent, c'est de notre pause déjeuner. Je fais le sujet d'études sociales de l'examen du frère Sakda (dans un état second) alors maintenant il est temps pour tout le monde de libérer son énergie refoulée dans la salle de classe.

     

    Nos bureaux ont été déplacés pour faire un énorme espace vide rond au milieu de la salle pour notre champ de bataille temporaire. Nous avions besoin de beaucoup de place pour que chacun de nous puisse se déplacer facilement.

     

    Oh, nous ne nous sommes pas battus. ^^ C'est peut être une école de garçon, mais nous sommes tous un tas de poules mouillées. Voilà ce à que nous jouons ...

     

    « Tu as fini, stupide Keng! » crie Pong haut et fort.

     

    Il plaisante avec Keng qui marche autour du bureau pour la 5éme ou 6éme fois maintenant. (J'ai le vertige pour lui). Il ne dit pas un mot et ne cesse de tourner autour pour la 6ème ou 7ème fois. Il veut trouver un bloc qu'il peut retirer de sorte que la tour ne tombe pas.

     

    Yep, nous jouons à Jenga. Nous sommes environs 10 à jouer. Heureusement, je suis arrivé à être le premier à retirer un bloc lorsque nous décidions qui aller passer en premier. Mais maintenant, je ne me sens pas aussi chanceux, car après Keng et Khom, ça va être à nouveau mon tour.

     

    Alors bon sang,comment suis-je censé m'assurer que la tour ne cédera pas ?! Ça ne peut pas tomber maintenant ? S'il vous plaît?!

     

    « Tête de nœuds ! Je t'attendais depuis si longtemps qu'un éléphant d'Afrique est sur le point de donner naissance à un bébé. J'aurais encore eu le temps de revenir ici, même si j'avais dû la faire accoucher ».

     

    Rodkeng fait un tel tapage puisque Keng prend son temps. Bien sûr, il ouvre sa bouche quand c'est au tour d'autres personnes. Mais quand c'est à lui ? Il prend tellement de temps qu'au moment où il choisit, notre pause déjeuner est presque terminée.

     

    « Vas-y, bien sûr. Fais du vélo, je vais probablement mettre longtemps.

    -Tête a claques, tu vas choisir une ou je dois donner un coup à cette maudite tour?

    -Bien, bien, très bien! Je le fais! » dit-il et il tire rapidement un bloc de la tour sans à peine y penser. (Parce qu'il semble que Rodkeng était sérieux au sujet de donner un coup à la tour). Tout le monde dans la salle retient son souffle en attendant. La tour penche d'avant en arrière très dangereusement. Elle donne l'impression qu'elle peut tomber à tout moment.

     

    « Fff ! Fff ! Fff ! »

     

    Cet abruti d'Ohm souffle sur la tour pour la faire s'effondrer pendant le tour de Keng en utilisant une tactique que nous connaissons tous. Cependant, Keng est sûr de lui puisque à l'aide d'une chaussure en cuir de taille 43, il frappe l'entrejambe d'Ohm.

     

    « Connard! »

     

    Cependant, plus le gars est fort, plus nous causons des vibrations au plancher. La tour Jenga penche en arrière encore plus dangereusement maintenant.

     

    « Yo ! Yo ! Yo ! »

     

    Bordel , pourquoi tu crie comme ça? Tu es la raison qui fait trembler le sol, stupide Keng.

     

    Je regarde avec anxiété la tour de blocs tanguer vers la gauche, puis vers la droite. La bouche de Keng est grande ouverte. Il est généreux avec environ quatre mouches qui ont maintenant un endroit pour rester, à l'intérieur de cette gorge. Il ferme lentement sa bouche maintenant qu'il semble que la tour se stabilise .

     

    « YAAAAAY ! »

     

    Honnêtement, tu était aussi excité la première fois que tu as fait du riz pour ta mère ?

     

    Je plisse les yeux vers ce stupide Keng qui est maintenant en train de courir autour de la salle cinq fois comme Superman ou un athlète olympique. (La prochaine fois, essaye de faire tes respects dans les quatre directions aussi, salaud. ) Puis il se retourne et hausse un de ses sourcils vers Khom, qui est le prochain sur la ligne.

     

    « Putain ... c'est ... mort. »

     

    Je dis ces mots à Khom donc il me gifle durement sur la tête.

    Mince, je ne pensais pas l'avoir demandé.

     

    Alors que Khom est possédé par l'esprit Jenga et marche autour de la table pour la troisième fois, (vous pourriez aussi bien commencer la cérémonie de crémation à ce point), j'entends la voix d'un autre camarade de classe qui vient de rentrer du déjeuner.

     

    « Noh ! Quelqu'un est ici pour te voir! »

     

    Qui c'est, bordel?

     

    «Allez va voir. Je ne peux pas me concentrer en voyant ton stupide visage ».

     

    C'est quoi ce bordel, Khom ? Comment ça peut être de ma faute ? Je lui mets un coup de pied au cul avant de courir vers la porte. Je pensais que ce serait peut-être l'un des juniors de la fanfare ayant certains problèmes avec la pratique. Je pensais que je serais en mesure d'aider.

     

    Toutefois, ce n'est pas un membre de la fanfare. C'est pire que d'avoir à traiter avec une fanfare entière. Le secrétaire du conseil étudiant est debout ici et m'attend.

     

    Je regarde la personne à qui j'ai dit au revoir plus tôt ce matin avec une expression bizarre sur mon visage avant de tenter un sourire qui paraît aussi naturel que je s'en suis capable.

     

    «Qu'est-ce que tu veux? Si tu es ici pour l'argent alors désolé, cette classe est trop pauvre. Nous n'avons rien à donner ».

     

    Je décide de le taquiner avec les problèmes auxquels le conseil étudiant est confronté dernièrement. L'école a besoin de beaucoup d'arrangements et d'améliorations, donc les facultés ont essayé de saigner à blanc les pauvres étudiants. Et cela a fonctionné, parce Phun me frappe avec ses doigts pour toute récompense.

     

    Aïe, je viens de me faire frapper par Khom aussi.

     

    «Je vais certainement venir ici pour l'argent un jour, mais ce ne est pas aujourd'hui ».

     

    Mon dieu, ce n'est pas quelque chose que je voulais entendre.

     

    « Comment s'est passé ton test ?»

     

    Ce n'est pas ce que je voulais entendre non plus. -_- "

     

    « Bien. Quand es-tu revenu à l'école?»

     

    Je fais de gros efforts pour mener une conversation normale avec lui. (Techniquement, ça n'est même pas normal. C'est pas comme si nous avions jamais eu une conversation en face de ma classe comme ça avant). Je peux voir Phun avoir une expression irritée quand je mentionne son déplacement.

     

    «Je viens juste d'arriver. Je me suis presque fait prendre. Heureusement, il y avait beaucoup de voitures donc j'ai accéléré à travers les barrages».

     

    Ce troll semble si fier de lui. Je ne peux pas m’empêcher de lui faire un regard inquiétant. Je lui ai dit de ne pas conduire.

     

    J'ouvre la bouche pour crier un peu plus sur lui , mais je verrouille mes yeux aux siens. Soudain, je remarque qu'il me regarde d'un air penaud.

     

    Nous restons là en silence pendant un moment car je ne sais pas quoi dire. J'ai envie d'étendre ma main pour toucher Phun, mais je ne peux même pas le faire.

     

    «Merde, Noh ! T'es foutu! Khom l'a fait!»

     

    Oh, putain !

    Je peux entendre la voix de Keng qui vient de l'intérieur de la salle de classe. Il m'a fait sursauter et je me tourne rapidement vers la source de cette voix.

     

    «Ouais, ouais! J'arrive! Putain, comment pouvez-vous être si bon à ça les gars ? Uhm , Phun ? Y a autre chose?»

     

    Je hurle dans la direction de Keng avant de retourner mon attention vers Phun. Tout ce que j'ai comme réponse c'est lui qui secoue la tête comme s'il était pris au dépourvu.

     

    «Si il n'y a rien d'autre, alors je vais retourner jouer ... Bye».

     

    Je n'attends pas de réponse et me précipite vers le champ de bataille temporaire immédiatement.

     

    Je suppose que c'est comme ça que les choses vont être maintenant …

     

     

    A suivre...


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    Chapitre 21 : L'aide providentielle

     

     Ces temps-ci, je suis incroyablement occupé au lycée. Est-ce qu'il y a un autre moyen de signifier ma surcharge d'activités que de répéter « je suis très occupé » encore et encore ? Eh bien, faites-moi signe s'il en existe un, que je puisse l'employer.

     

    En gros, je suis très occupé.

     

    Sur le fondement des chapitre 1 à 20, vous devez sans doute vous demander si je suis vraiment le président du club de musique, hein ? Eh bé, je n'arrive pas à croire moi-même que j'ai eu le temps de me préoccuper de tant de bêtises non plus. Le tournoi de football se rapproche, il ne reste que quelques semaines.

     

    Même si j'ai le titre de président du club de musique, il m'est arrivé de jouer en live en tant que simple membre. Mais je n'ai jamais participé à une fanfare, même si j'ai quelques notions de ce qu'il faut y faire. Je commence doucement à virer barjot parce qu'on ne peut quand même pas s'attendre à ce que je récupère ces projets et me jette joyeusement dans leur préparation alors que je débarque de nulle part. Je n'ai pas d'autre choix que de courir à droite à gauche pour demander conseil à des dernières années ou bien à des anciens étudiants.

     

    Le planning des répétitions est ultra chargé. Elles commencent le matin, à 7h. Puis, tous ces pauvres gars sont obligés d'amener leur déjeuner directement dans la salle de répétition lors de la pause midi et on joue jusqu'à 19h (parfois 20h, voire 21h). Je n'ai pas grand chose à faire sur le créneau du matin, en dehors de vérifier si tout se déroule bien pour les étudiants des classes inférieures qui joueront l'hymne nationale aux pieds du drapeau. Je n'ai pas grand chose à faire non plus l'après-midi (j'en étais rendu à jouer au Jenga, l'autre jour) parce que c'est Film qui supervise ce créneau. Mais le soir, il faut que je sois là, car je suis celui qui regonfle tout le monde à bloc, ah ah ah (oui, j'assume).

     

    Notre salle de club a l'air plongée en plein chaos aujourd'hui. Il y a tant de sons différents provenant de divers instruments qui entrent en collision les uns avec les autres. (Est-ce que ça deviendra seulement un véritable morceau?). Et puis, il y a le sons de nos voix qui réprimandent occasionnellement quelques étudiants des classes inférieures qui relâchent leur attention.

     

     Je m'en moque si on nous accuse d'être cruels, il faut absolument que ce soit parfait le jour J. Pas moyen qu'on s'humilie devant trois les autres lycées qui seront présents, donc je pense que les membres de notre club comprennent pourquoi on se comporte comme ça (et s'ils ne ne comprennent pas, alors il comprendront dans deux ou trois ans).

     

     «  P'Noh ! Ils sont arrivés ! Qu'est-ce qu'on fait ?! »

     

    Mais merde à la fin ! Je suis en plein milieu de mon explication de la situation aux lecteurs, pourquoi faut-il qu'on vienne m'interrompre ?

     

    Vous me croyez si je vous dis que je n'ai même pas besoin de me retourner pour voir de qui il s'agit ? C'est forcément Per et Knot, aussi connus comme les Wall Destroyers (1) de l'école, vu qu'ils utilisent leurs voix stridentes et frénétiques comme des armes.

     

    Je jette un œil au mur qui commence à se craqueler ici et là.

     

    «  Qu'est-ce que vous racontez, tous les deux, bordel ? »

     

    Je me dirige vers eux avec un sombre regard sur le visage après avoir dit aux autres membres de continuer à s'entraîner et de ne pas s'occuper d'eux. Je regarde ces deux chiots-pas-si-mignons que ça tirer la langue comme s'ils venaient d'échapper à un raid de police.

     

    « P'Noh...Les gens de chez hia (2) Pui...gasp...gasp...gass... ».

     

    Je trouve la tentative de Knot pour parler vraiment pitoyable. Il essaie de s'exprimer en relevant la tête mais il finit affalé sur le sol, à reprendre son souffle.

     

    Au tour de Per, maintenant.

     

    « hia Pui est...gasp...gasp...gasp »

     

    Cet abruti réussit l'exploit de me donner encore moins d'information que Knot -_-'

     

    Vais-je réussir à savoir de quoi il en retourne aujourd'hui ?!

     

     «  Quoi ? Vous l'aviez au cul ? Eh bien, je vous ordonne à tous les deux de lui vendre, votre cul, pour 20 000 bath dont on a besoin pour les tambours ! »

     

    Je blague, évidemment. Je ne pensais pas que ça redonnerait la pêche à Per et Knot qui lèvent soudainement tous deux leur doigt vers moi, comme Oncle Panya (3).

     

    «  Jus...Justement, p' ! hia Pui vient de livrer les nouveaux tambours au Bâtiment 2003 ».

     

    Putain de putain ! Je suis dans une merde royale, non ?!

     

     Je suis sur le point de m'évanouir et rejoindre Per et Knot sur le sol bien que je ne sorte pas d'un sprint comme eux.

     

    « Qu'est-ce qu'on fait, p' ? Est-ce qu'on appelle p'Dew ? Est-ce qu'il nous reste assez d'argent dans la caisse de secours ? »

     

    P'Dew est au 12ème grade. Il est le trésorier qui travaille pour Mademoiselle Pataraporn. Mais...

     

    «  Il y a de l'argent, mais on en a besoin pour les uniformes et pour payer les réparations des instruments. Vous les utilisez tellement qu'ils tombent en miettes . Et puis on en a aussi besoin pour financer vos allocation à vous, les mecs. Et il en faut ! Après, il y a le Festival Loi Krathong, le concert live et la Fête pour Noël aussi. Vous savez quoi, vous n'avez qu'à appeler Ngoi pour que je lui botte le cul ! »

     

    En somme, notre club a besoin de beaucoup d'argent pour beaucoup de raisons. Est-ce qu'il va falloir que je me vende pour avoir de l'argent ?

     

     « - Je pense que tu devrais juste appeler p'Phun. Vous n'êtes pas proches, tous les deux ?

     - Tu pourrais arrêter de dire qu'on est proches ? »

     

     Il touche la corde sensible, là.

     

     « -  Hein ? Pourquoi ? Vous vous êtes disputés ?

     - Nooooooon ».

     

    J'envoie paître Per, qui est bien trop curieux. Je me remémore alors ce que Phun m'a dit, qu'il s'occupait du problème du budget mais qu'il avait besoin de temps parce que la répartition avait déjà été finalisée. Il m'a promis qu'il réglerait le problème sans faute (hé,hé, Superman).

     

    « Je ne veux pas l'embêter et puis il est déjà en train de nous aider de toute façon. Per, amène-moi jusqu'à hia Pui. Je vais lui parler moi-même . Il ne sera sans doute pas trop dur avec moi », dis-je à Per en prenant une longue respiration avant de l'entraîner avec moi. Il semble confus et murmure quelque chose comme son envie de retourner au soleil. Ça ne m'intéresse pas vraiment, j'ai juste besoin qu'il m'amène là-bas. Lui et Knot m'escortent jusqu'au Bâtiment 2003, là où il y a les bureaux de l'administration. J'ai à peine le temps de préparer ce que je vais dire car j'aperçois déjà hia Pui et ses livreurs au loin.

     

    Euh...Si je meurs aujourd'hui, est-ce qu'on me recouvrira d'un drapeau dans le cortège qui ramènera mon corps à la maison ?

     

     «  Hey, nong Noh ! Comment ça va ?! » me crie hia Pui. Je reste planté là, le teint blafard, et je me demande si il peut voir à quel point je suis blanc de là où il est. Je recommence lentement à marcher vers lui, le sourire le moins foireux de ma collection plaqué sur mon visage.

     

    « Bon-bonjour hia Pui. Tu...es en bonne forme ? »

     

     Ça ressemble à une question débile, non ? -_-'

     

    «  Bien sûr que je suis en bonne forme ! Comment se déroulent les préparatifs du tournoi ? Est-ce que tu vas enfin avoir cette combinaison que tu voulais tant porter l'année précédente ? Ah ah ah !

     

     Il vient de toucher un point sensible, là T _ T

     Il étudiait dans ce lycée il y a encore 6 ou 7 ans et il était dans le club de musique.

     

    «  Tu parles ! Je suis le président du club, on ne va pas me laisser travailler dans le stade habillé comme un banal membre. Ça me rend triste, rien que d'y penser ».

     

     Mais lui, ça le fait rire gras. Donc, ça te met en joie, la souffrance des autres ?

     

    Les personnes qui travaillent à la logistique du tournoi portent une combinaison. Des tas de gens, de différents départements, en ont une. Par exemple, les pom-pom boys, ceux qui travaillent aux allocations, au ravitaillement, au design, et tous ceux qui s'occupent de la partie technique. C'est comme un uniforme, ça ressemble à ce que portent les mécaniciens ou les pompiers.

     

     Les combinaisons sont crème, légèrement kaki (comment diable est-ce qu'on appelle cette couleur ?). Je trouve qu'elles sont vraiment cool. C'est mon rêve, d'en enfiler une (je suppose que je veux être pompier, plus tard).

     

    « Oui, j'ai vu que ça t'avait rendu vraiment triste, l'année dernière. Tu voulais même aller travailler au ravitaillement mais Oak t'avait ramené de force auprès des musiciens. Si tu avais pu voir ta tête, à ce moment-là ! C'était hilarant ! Ah ah ah ! »

     

    P'Oak est l'ancien président du club. Je n'ai jamais su pourquoi il me retenait comme ça, il refusait de me laisser faire quoi que ce soit en dehors du club. Et il me traînait toujours aux événements importants. Après qu'il a quitté le lycée, il m'a nommé président à sa place. Pauvre Noh !

     

     « - Absolument. Il brisé mes mes aspirations. Tu sais, c'est un de mes rêves, de porter cette combinaison !

     - Oui mais voir ce groupe continuer d'avancer et devenir aussi populaire que ceux des autres écoles est aussi un rêve pour les étudiants de ce lycée, et les membres du groupe », répond hia Pui avec un sourire qui m'incite à lui en rendre un autre. C'est la raison pour laquelle j'ai accepté de venir président.

       « Ça va être génial, cette année » lui dis-je. Il me fait une pichenette du coude vu que je fanfaronne auprès d'un ancien étudiant. Mais ensuite, il mentionne finalement cette horrible dette.

     

     « Putain, Noh. Arrête de te la péter et paie-moi plutôt. C'est 24 000 baht » .

     

    Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

     

    Qu'est-ce que je fais, maintenant ?!

     

    « - Euh...eh bien... 

     - Ne me dis pas que tu n'as pas l'argent... »

     

    Si je ne peux pas lui dire ça, alors qu'est-ce que je peux bien dire d'autre ?!

     

    « C'est que...je n'ai pas de liquide ».

     

    Est-ce que c'est la même chose ?

     

    «  Petit crâneur. Le lycée ne t'a pas encore donné l'argent ? »

     

    Ça me soulage un peu de l'entendre parler comme ça. Il comprend...peut-être ?

     

    Je me gratte le crâne.

     

    « - Quelque chose dans le genre, hia. Le lycée a a fait beaucoup de travaux d'aménagement d'espaces verts, donc il ne leur reste pas des masses d'argent. On a même eu une réunion spéciale sur le budget rien que pour le tournoi. Sans compter qu'on paie aussi des trucs de notre propre poche .

     

     - Punaise ! Le lycée est déjà très bien, pourquoi est-ce qu'ils veulent changer des choses ? Vous devriez protester .

     - Oui, on pensait justement à organiser une marche de notre lycée jusqu'à celui du Couvent. Qu'est-ce que t'en penses ?

     - Eh ben, je me joindrai à vous. Mais ne change pas de sujet, petit con ! Il n'y a plus de solidarité qui tienne quand on vient à l'argent ! »

     

    Ah...J'ai pourtant failli réussi à m'en tirer.

     

    «  Hia, je te paierai, tu peux en être sûr. Les secrétaires au conseil des étudiants m'ont promis qu'ils débloqueraient des fonds. Il faut juste attendre un peu. S'il-te-plaît... ? Allez ! »

     

    Je me cramponne à son bras comme une sangsue. J'espère qu'il trouvera ça mignon et qu'il sera clément. Mais il me dégage brusquement comme si ça le dégoûtait.

     

    «  Arrête avec ça, Noh. Si tu étais une fille du Couvent, ça ne me refilerait pas cette chair de poule » me dit-il en faisant trembler son bras pour me donner une illustration visuelle. (Je commence à avoir des frissons, moi aussi).

     

     «  Très bien, tu peux prendre les tambours. Mais est-ce que tu pourrais me transférer l'argent dans la semaine ? Je ne veux pas que mon père me crie dessus. Je vous laisse toujours le matériel avant que vous ne l'ayez payé ».

     

    Ah ! Je suis si heureux que pour un peu, je lui sauterais dessus et l'embrasserais deux ou trois fois sur le crâne.

     

    « Bien sûr, hia ! »

     

     °°°°°°°°°°°°°°

     

    J'ai dit « bien sûr », mais je ne suis pas sûr du tout que Phun résolve le problème dans la semaine. Hum. Pauvre président du club de musique.

     

    Le soleil décline, et je suis actuellement assis sur les gradins devant le Bâtiment F, la tête basse. La répétition du groupe est déjà terminée (j'ai la gorge endolorie d'avoir tant hurlé, tof tof). Je ne suis pas d'humeur à rentrer chez moi maintenant, vu que le trafic à cette heure est tout bonnement horrible. (Mais en fait, ma maison est près d'Ekamai Road et il y a toujours de la circulation, quelle que soit l'heure).

     

    Du coup, je flemmarde devant le Bâtiment F, jouant avec un Rubik's Cube, ne sachant pas quoi faire. Je veux dire, je suis passé par ici pour vérifier les gradins, vu que les réparations au stade ne sont pas finies. Ils les ont juste déplacés ici, sans les retaper. Je ne suis pas bien sûr de ce qu'ils comptent faire, en fait.

     

     « Hé, Noh ! Tous les membres du groupe sont déjà rentrés chez eux ? »

     

    Mais qui m'appelle, bordel ? Je fronce les sourcils et cesse de jouer avec le Rubik's Cube, avant dz me pencher pour aviser des traits affûtés, qui appartiennent à Earn. Il s'assied à mes côtés. Earn est le président de l'équipe des pom-pom boys, cette année. Il est vraiment grand et imposant, ce qui est utile pour superviser les étudiants des classes inférieures. J'aime bien ses fossettes, c'est mignon.

     

    « Ouais, la répétition est finie depuis un moment donc j'ai décidé de passer voir les énormes progrès qu'a faits ton équipe, paraît-il », lui dis-je en me redressant (de ma position affalée) pour pouvoir lui parler correctement. Il rit gaiement.

     

    « - Hein ? T'as du culot, de me dire ça

     - Allez, je te charrie juste un peu, M. le Président ».

     

    Je ris en lui donnant un petit coup sur la cuisse, accessible puisqu'il est assis assez près de moi. Non loin de nous, je peux voir l'équipe de pom-pom boys se faire réprimander par un étudiant des classes supérieures. Je suppose que l'entraînement ne se déroule pas si bien que ça. Earn regarde la même scène quand il reprend :

     

    « C'est vraiment mauvais. Je voulais que tu viennes nous aider. En fait, j'allais te faire vice-président de la troupe ».

     

    Non merci ! Est-ce que je ne peux pas être un étudiant normal, pour une fois ?! Je n'ai pas besoin de titres que je n'en ai déjà -*- Je secoue vivement la tête.

     

    «  Comment ça se passe, avec le groupe ? J'ai entendu dire que vous aviez besoin de plus tambours, cette année ? ».

     

    Cet idiot de Earn continue à me poser des questions, seulement ce sont celles qui m'énervent vu que c'est moi qui ai demandé ces tambours supplémentaires !

     

    « - Ouais, à qui tu le dis, bâtard. Je suis surchargé de putain de travail en ce moment. Ils viennent juste de livrer les nouveaux tambours et je n'avais pas de quoi les payer. J'en ai vraiment marre .

     - Ouah, c'est sûr que c'est un problème ! Ça faisait combien ?

     - Plus de 20 000 bath, ça te va ? », lui dis-je en fronçant mes sourcils dans sa direction de manière moqueuse.

     

     Il affiche une expression de surprise, hé hé. Ouais, je faisais la même tête quand j'ai réalisé qu'il manquait 20 000 bath à notre budget.

     

    « C'est énorme. Et le lycée ne te donne pas l'argent ? »

     

    Parler de ça me fout vraiment les nerfs.

     

    «  On a merdé lors de la réunion sur le budget, donc on ne peut pas l'avoir maintenant. Et je ne sais pas quand on pourra l'avoir », lui dis-je alors que le visage de Phun apparaît dans mon esprit.

     

    « Tu veux m'emprunter la somme, d'ici là ? »

     

    Mais...

     

    Quoiiiii ?! J'ai mal entendu, ou quoi ? Mes yeux sont aussi gros qu'un œuf, en ce moment. Je le regard, l'air choqué, mais Earn se contente de me sourire en retour. Oui, j'ai vraiment mal entendu.

     

     « Qu'est-ce que tu viens de dire ? MamyPoko ? Tu parles de la marque de couche  (4)? »

     

    Je regarde Earn rire de bon cœur avant qu'il ne se lève et me prenne le bras pour que je l'imite. Je me redresse, toujours un peu confus, et je le vois qui mime « je reviens tout de suite » à ses amis qui surveillent la troupe. Deux étudiants en science lui font signe de la main pour lui signifier qu'ils ont compris.

     

    « Suis-moi ».

     

    Mais qu'est-ce que tu as en tête, bordel ?

     

     °°°°°°°°°°°°°°

     Je me suis presque agenouillé pour baiser les pieds d'Earn après avoir vu les 24 000 bath être transférés de son compte à celui de hia Pui, dixit ATM.

     « Eeaaaaaaaaaaarn ! Merciiiiiii ! Merciiiiiii ! »

     C'est probablement la 100ème fois que je lui dis. Il ne peut que rire en réponse.

     «  Tu n'as pas besoin de me remercier »

     

     Il s'écarte, en essayant d'esquiver mes mains jointes en prière. Ben quoi ?! Je suis vraiment très touché par ce qu'il a fait

     

    « - Hé, je te rembourse dès que j'ai l'argent. Je suis désolé de t'avoir embêté avec ça.

     - Non, ça va. », dit-il en se débarrassant une nouvelle fois de moi. Mais est-ce que je peux te demander une faveur ? »

     

    Hum...Cette phrase sonne étrangement familière. Pourquoi est-ce que tout le monde me demande quelque chose en retour après m'avoir prêté assistance ?

     

    «  Alors ? » me demande-il encore.

     

    J'hésite à lui répondre, vu que j'ai bien retenu la leçon la dernière fois avec Phun.

     

    «  Que...Quelle faveur ? Si je peux t'aider, je le ferai ».

     

     Mon cœur sombre dans ma poitrine quand je le fois afficher un grand sourire.

     

    « Je voudrais que tu...

     - …

     - ...que tu...

     - Viens-en au fait, connard ! »

     

    J'insulte toujours le gens à qui je dois des faveurs.

     

    «  Ah ah ah...D'accord, j'arrête de te charrier. Est-ce que tu pourrais apporter quelques boissons de ton club, pendant le tournoi ? »

     

    Hein, c'est tout ? Pourquoi est-ce que tu faisais une tronche pareille ? Je lui souris après avoir entendu sa requête.

     

    « Bien sûr ! Mais tu sais qu'on reçoit les nôtres de l'équipe de pom-pom boys, de toute façon ? T'es shooté, ou quoi ? »

     

    Vous avez déjà vos propres boissons.

     

    « Non, je voulais dire...Je serai probablement très fatigué pendant le tournoi. Alors, est-ce que tu pourrais...t'occuper de moi...en me donnant à boire, et tout ? Je veux dire...Je ne peux pas ennuyer ceux qui travaillent au ravitaillement à cause de ça. »

     

    Donc, en gros tu veux que je sois ton serviteur personnel, que je te donne à manger et m'assure que tu bois assez ? Qu'est-ce qu'il est tordu, ce mec. Est-ce que ça se faisait, les années précédentes ?

     

    Ça me paraît étrange, mais j'accepte quand même, parce que ce n'est pas comme si c'était quelque chose de terrible non plus. En plus, on sera quasiment libres de faire ce qu'on veut une fois la fanfare terminée.

     

     « Ok, je te rejoindrai pendant le tournoi. Mais je n'ai pas de combinaison à mettre, par contre ».

     

    La combinaison...Ceux qui travaillent avec les pom-pom boys en ont une. Je suis vraiment un loser, tout ce que je porte, moi, c'est un t-shirt et un jean. T _ T

     

    «  Ce n'est pas un problème. N'oublie pas de venir, c'est tout ! »

     

    Bon dieu, c'est bien plus facile que ce que Phun m'avait demandé de faire. Bien sûr, que je vais venir.

     

     A suivre...

     

     

    (1) Wall Destroyer est un jeu sur ordinateur qui consiste à démolir des murs de briques pour avancer. Mais comme on ne les détruit pas par la puissance vocale, jusqu'à preuve du contraire, j'avoue ne pas bien comprendre la référence ici. Si quelqu'un a une idée, qu'il/elle n'hésite pas !

     

    (2) « Hia » est un peu la version plus adulte de « p' », c'est un terme honorifique que l'on utilise pour qualifier des personnes plus âgées, qui sont souvent plus haut placées que vous dans une certaine hiérarchie (comme ici, un ancien étudiant par rapport aux lycéens).

     

    (3) Présentateur télé thaï qui s'adresse systématiquement aux candidats de son jeu en les désignant vigoureusement du doigt. Vous pouvez le voir là : https://www.youtube.com/watch?v=0v_3RELV0dM&feature=youtu.be

     

    (4) En thaï, une partie de la phrase que prononce Earn pour proposer son argent à Noh peut vaguement s'entendre comme le nom d'une célèbre marque de couches malaisienne, MamyPoko, d'où la réplique de Noh.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Chapitre 22 : Toutes les choses qu'on peut faire

     

     

    C'est le matin, ce qui veut dire qu'on est encore plus près du tournoi qu'on l'était hier. Je fais les cent pas devant le bureau des étudiants en regardant mes chaussures. Je devrais peut-être juste ouvrir la porte et entrer. Ce ne serait pas trop bizarre ? Je continue à cogiter en tournant en rond, à un tel point que je commence à avoir des vertiges. Je devrais arrêter, à moins que je ne veuille laisser un petit cadeau devant la porte du bureau.

     

    Mais...Pourquoi est-ce que je marche en rond comme ça, de toute façon ? Je peste après moi-même un moment avant que je ne décide de sortir mon portable et que je ne regarde l'écran. Bon, il faut que je parle à Phun du problème du budget, sinon je vais avoir des ennuis.

     

    Qu'est-ce que je devrais faire ? L'appeler ? Mais...Secrètement, j'ai un peu envie de le voir...Attendez ? Qu'est-ce que je viens de penser, là ? C'est vraiment débile ! Je me tape la tête contre mes poings pour avoir des pensées aussi déplacées au sujet du copain de quelqu'un d'autre.

     

    Je décide finalement de composer le numéro de Phun et lance l'appel.

     

    ♫ C'est déjà merveilleux qu'on soit amis ♫

    ♫ Même si on ne peut qu'être dans l'entourage l'un de l'autre ♫

    ♫ Ça ne posera sans doute pas de problème à cette personne ♫

    ♫ On ne peut pas s'empêcher de tomber amoureux de quelqu'un ♫

    ♫ Il faut que je continue à cacher ce que je ressens ♫

    ♫ Pour que tu ne puisses pas le voir dans mes yeux ♫

     

    Mon dieu...Qu'est-ce que c'est que cette putain de sonnerie ? J'éloigne immédiatement mon portable de mon oreille quand j'entends les paroles. (Qui chante ? Je n'ai jamais entendu ce morceau). Je n'ai que très peu de temps à consacrer à cette réflexion avant d'entendre la voix profonde de Phun à l'autre bout.

     

    « Oui, qu'y a-t-il Noh ? »

     

    Ne sois pas aussi poli, merde ! Ça me fait me sentir bizarre !

     

    « - Où...es-tu, bordel ?

    - Au bureau du conseil des étudiants. Et toi ? Tu veux que je te rejoigne quelque part ? »

     

    Il est tellement conciliant. Je ricane avant de lever la tête pour regarder l'insigne sur la porte du bureau du conseil des étudiants.

     

    « A dans une demi-seconde ».

     

    Il ne me faut en effet qu'une demi-seconde pour pousser la porte et entrer dans le bureau après avoir raccroché. Phun est très surpris de me voir. (Il a toujours son portable à l'oreille, hé hé hé). Mais il n'est pas tout seul dans la pièce. J'ai oublié que ce n'était pas son bureau personnel, en fait. Il y a Fi (le président du Conseil des étudiants), Bank (je ne sais pas quel titre il a), deux élèves de seconde et...Earn, le président de la Cheer Team.

     

    Tout le monde me regarde.

     

    « Hé, Noh ! Qu'est-ce que tu fais ici ? » me salue Earn avant les autres. Je vois un petit sourire sur le visage de Phun avant qu'il ne repose son portable.

     

    « Pourquoi est-ce que tu n'es pas simplement entré ? »

     

    Hé hé hé. Je suppose qu'après la question de Phun, Earn sait maintenant ce que je fais là. Je hausse les épaules de manière moqueuse vers Phun puis me retourne pour sourire à Earn qui semble classer des objets réunis dans un énorme tas. Bon, je suppose que mon gène « fouineur » est activé.

     

    «  - Qu'est-ce que c'est que ça, Earn ?! Ce sac est super grand ! 

    - Des souvenirs pour ceux qui travailleront aux stands », me répond-il avec un petit sourire en m'en sortant un du sac pour me le montrer.

     

    Cette année, les souvenirs sont des colliers en argent façon plaques militaires avec le nom du lycée dessus. Derrière, il y a « ALL IN ONE » gravé. Putain, ça a trop de la classe !

     

    «  C'est trooooooop la claaaaasse ! J'en veux un ! Je pourrai en récupérer un s'il en reste ? ».

     

    J'ai littéralement sauté en direction des plaques une fois que je les ai vues tant j'en veux une. (Vraiment, putain). Earn éclate de rire, sans doute parce que je m'accroche à son bras comme un chaton. Pourquoi diable Phun s'éclaircit-il la gorge, d'ailleurs ? Je suppose qu'il est encore malade.

     

    « Tu n'as pas besoin d'attendre qu'il y ait des restes, Noh » me dit Earn soudainement. Comme d'habitude, je ne comprends pas bien ce qu'il veut dire. Je lâche son bras quand je remarque qu'il fouille dans le sac.

     

    « Je t'en donne un maintenant ».

     

    Non seulement il me le dit, mais il me tend une plaque aussi. Mes yeux sont presque aussi grand ouverts que quand il m'a proposé de me prêter l'argent pour les tambours. Mais même si je suis super excité, il me reste un peu de conscience quelque part.

     

    « Quoi ? Je ne peux pas accepter ! »

     

    J'esquive les mains du président de la Cheer Team qui sont sur le point de mettre le collier autour de mon cou. Mon refus provoque un sacré boucan dans le bureau.

     

    «  Hé, ces plaques sont pour les étudiants des classes inférieures qui travaillent aux stands. Je devrais attendre et voir s'il en reste et si c'est le cas, j'en prendrai une. Ça va faire tache, sinon, mec ».

     

    Je pense ce que je viens de dire. C'est vrai que chaque année, je récupère un souvenir destiné à la Cheer Team mais c'est uniquement parce qu'il en reste une fois que tout le monde a reçu le sien. Ce sont des cadeaux pour les lycéens de première année qui ont pris sur leur temps libre pour travailler avec ceux des classes supérieures. (Sans compter qu'ils se font houspiller constamment). Ils ne sont pas faits pour que les étudiants de dernières années se les distribuent comme ça. Mais on dirait qu'Earn s'en fiche vu qu'il hausse les épaules.

     

    « Peu importe, il n'y en aura en trop, de toute façon. Je t'en donne un maintenant comme ça personne ne pourra l'avoir à ta place ».

     

    Il essaie encore de mettre la plaque autour de mon cou. Bon dieu ! Quelle que soit la force que je mets à essayer de l'éviter, je n'arrive pas à échapper à Earn qui est fort comme un bœuf.

     

    « - Je n'en veuuuuux paaaaas 

    - C'est un cadeau, je ne le reprendrai pas ».

     

    Il finit par me mettre le collier autour du cour avec un grand sourire aux lèvres. Je sens le contact de la plaque sur ma peau comme si j'étais dans un rêve, j'ai l'impression d'être forcé à faire quelque chose une fois de plus.

     

    « Je reviens, Fi ».

     

    Oh ! C'était la voix de Phun. J'avais presque oublié la raison pour laquelle je suis venu ici. Je me retourne rapidement pour faire face à Phun mais il évite mon regard, ce con. Il se dépêche de sortir du bureau.

     

    Purée, purée, purée !

     

    «  Je te retiens, Earn, mais ce sera pour une prochaine fois ! Je reviens ! »

     

    °°°°°°°°°

     

    « Phun ! Phun ! Phun ! Putain, Phun ! »

     

    Non mais merde, je suis crevé ! Il trace devant moi. C'est déjà assez difficile comme ça de le suivre vu qu'il a de longues jambes mais en plus il court. On dirait que je poursuis un bison. Ça ne te dérange pas vis-à-vis de la personne qui te court après ?! Ce n'est pas comme si je faisais beaucoup de sport ! Tu ne sais pas à quel point c'est fatiguant ?

     

    « Hé, j'étais venu te parler du budget du club ! »

     

    Je hurle, puisque je n'arrive pas à la rattraper.

     

    Alors que je crie sur le chemin menant aux bâtiments, je réalise qu'il est étrangement désert. Ça a marché. Phun s'arrête et me donne l'occasion de parvenir jusqu'à lui. Il ne veut toujours pas me faire face, en revanche.

     

    « Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu es bizarre. T'es malade ? »

     

    Je tends le bras pour prendre sa température en posant le dos de ma main contre son cou. (Mais en fait, je ne sais pas si c'est censé être plutôt chaud ou plutôt froid en temps normal. Je fais ça uniquement parce que c'est ce que les gens font dans cette situation).

     

    Mais Phun esquive ma main en s'avançant rapidement avant de finalement se retourner.

     

    « Qu'est-ce que tu as à dire sur le budget ? J'essaie toujours de l'avoir. Désolé ».

     

    Phun a l'air de se sentir si coupable que j'ai besoin de le tapoter un peu sur l'épaule pour le réconforter. En tout cas, je me sens mieux maintenant que je l'ai entendu dire ça. Je sais qu'il est le genre de personne qui me viendra en aide, quel qu'en soit le prix. Je ne regrette pas de lui faire confiance. Je suis juste venu le voir pour être sûr, c'est tout.

     

    «  C'est urgent ? » me demande-t-il.

     

    Je commence à me sentir bizarre. C'est comme si mes lèvres ne bougeaient pas comme je le voulais. Alors, comment devrais-je lui répondre ?

     

    « Eh bien...ça l'était. Hia Pui a livré les tambours hier et il voulait avoir l'argent avant la fin de la semaine. Mais maintenant...eh bien...c'est toujours pressé, mais plus autant ».

     

    Ça ne veut strictement rien dire, hein ? C'est juste que je suis dans la même confusion que ma phrase.

     

    «  Comment ça ? Tu as besoin de l'argent avant la fin de la semaine, ou non ? Si oui, prends le mien ».

     

    Bon dieu. Notre lycée est rempli de gosses de riche, hein ?

     

    « Non, c'est bon, c'est bon. Je suis tombé sur Earn hier et il m'a transféré l'argent. Il faut juste que...je le rembourse. Je ne veux pas lui devoir de l'argent pendant trop longtemps, ça me gêne ».

     

    Ma voix faiblit alors que j'explique la situation à Phun. Je remarque que son expression a changé.

     

    « -Tu...as parlé de ça à Earn...?

    - Oui...on s'est rencontrés hier soir.

    - Et tu lui as parlé de tes problèmes de budget ?

    - Oui...Je lui ai juste demandé son avis.

    - Son avis ? »

     

    A ce moment-là de la discussion, toutes ces questions commencent à m'agacer.

     

    «  C'est quoi ton problème ? Pourquoi tu m'interroges comme ça ? »

     

    Comme d'habitude, je me mets à lui crier dessus. Mais cette fois, il se retourne brusquement et me dévisage. Je sens mon corps entier se rétrécir jusqu'à avoir la taille d'une balle de tennis.

    Pourquoi a-t-il l'air aussi effrayant ? T__T

    Je recule un peu devant l'expression méchante qui se dessine sur son visage mais à chaque pas en arrière que je fais, Phun en fait un en avant. Je finis par sentir un mur derrière moi. Euh...Je ne peux plus fuir. Est-ce qu'il a l'intention de me tuer et de m'enterrer sous le béton pour se débarrasser des preuves ? T__T. Un son enroué s'échappe de sa gorge. Comme s'il venait de quelqu'un qui fait de gros efforts pour ne pas élever la voix.

     

    « Tu... »

     

    Je ? Je quoi ?

     

    Nos regards se verrouillent l'un à l'autre. Après un moment, il détourne le sien. Je ne peux retenir un soupir de soulagement. Je n'avais jamais vu Phun avec un regard aussi intense avant. J'en déduis qu'il s'est finalement calmé mais ensuite...

     

    BANG ! Putain de merde ! Mais pourquoi a-t-il frappé le mur ? S'il est fissuré, le proviseur nous fera payer les réparations, tu sais ! J'essaie d'en rire à l'intérieur de ma tête même si je ne trouve pas ça drôle du tout. Je n'arrive pas à voir le visage de Phun, mais je sais qu'il bout. Il prend une longue respiration avant de commencer à dire quelque chose :

     

    «  Pourquoi tu ne m'as pas...dit que tu avais besoin de quelque chose... ? » me demande-t-il sans me regarder. Comme d'habitude, je ne saisis pas bien ce qu'il raconte.

     

    « - C'est quoi le problème, Phun ?

    - Tu...Tu ne me fais pas confiance, hein ? » me dit-il avant de baisser son poing, qui était toujours contre le mur.

     

    Je ne peux toujours pas voir son visage, donc je ne sais pas ce qui s'y lit maintenant.

     

    Il finit par s'en aller.

     

    Je ne te fais pas confiance ?

     

    °°°°°°°°°°

     

    Aujourd'hui a été un jour très fatiguant. Même si ce n'était pas à moi de superviser les répétitions de la fanfare, j'ai quand même des responsabilités et je dois m'occuper de la logistique du club. En plus, il faut que je rachète quasiment la moitié des instruments que les membres utilisent. Je passe tellement de temps à les retaper que je crois que je pourrai ouvrir un commerce de réparation d'instruments de musique une fois sorti du lycée.

     

    Ma montre m'indique qu'il est 22h passées quand je rentre à la maison. Je jette mon sac sur le lit avant de m'affaler dessus et de pousser un long soupir. Ce qu'il s'est passé cet après-midi avec Phun me travaille toujours. Il m'a dit que je ne lui faisais pas confiance...Je sais très bien ce qu'il a voulu dire par là. Je reconnais que j'ai complètement merdé en ne l'appelant pas en premier. Je savais très bien au fond de moi qui serait le plus disposé à m'aider. Je savais très bien que la personne la plus prompte à me donner l'argent une fois débloqué, et la plus heureuse de le faire, serait Phun.

     

    Je lui fais confiance à 100 %. Je lui fais tellement confiance que je n'ai jamais cherché à le presser, à le harceler. Je savais que jamais il ne ne prendrai mon problème par-dessus la jambe.

     

    Je n'ai même pas voulu demander son aide à Earn, même pas un petit instant. La manière dont je lui ai parlé pourrait difficilement être qualifié d'appel au secours. Je ne pensais pas qu'il m'aiderait à ce point non plus (vu qu'il a son propre budget à gérer avec les pomp-pom boys).

     

    Je n'ai jamais voulu que quelqu'un se mette entre Phun et moi.

     

    « Merde, merde, merde ».

     

    Ça ne sert à rien de rester là, à ressasser tout ça. Il est sûrement super remonté contre moi en ce moment. (Je le serais à sa place). Penser à cela me fait balancer mes chaussettes au loin et aller chercher mes clefs de scooter dans l'instant.

     

    « M'man, je reviens bientôt ».

     

    Je titube en descendant l'escalier et je vois mes parents regarder un film. Ils me font un signe comme quoi ils ont entendu, alors je prends mon fidèle scooter pour qu'on aille tous les deux affronter le monde une nouvelle fois.

     

    Mais je n'ai même pas l'occasion d'allumer le contact car j'aperçois un visage pâle appartenant à un certain connard. Il est assis à côté des pots de fleurs près du portail et me coupe de court :

     

    « -Putain, les foies ! Qu'est-ce que tu fais assis là en silence ?! 

    - Qu'est-ce que tu fais ? »

     

    Phun a remarqué que je m'apprêtais à partir avec mon scooter alors il s'est rapidement avancé vers moi pour me poser cette question. Qu'est-ce que je suis supposé lui répondre ?

     

    «  Et toi ? Comment ça se fait que tu ne sois pas encore rentré chez toi ? »

     

    Sur le fondement de mes observations de lui de la tête aux pieds, il porte toujours son uniforme, y compris les chaussettes blanches, les chaussures en cuir et le sac de cours. Il est clair qu'il n'est pas rentré chez lui.

     

    « Je... » commence-t-il à dire. Mais ensuite, il reste silencieux.

     

    J'essaie de lire dans ses yeux vifs mais il persiste à détourner le regard. Il place son sac sur mon scooter comme s'il tentait de m'empêcher de partir.

     

    «  Et toi ? Où allais-tu ? »

     

    En gros, des questions continuent d'être posées, mais aucun de nous deux n'y répond. -_-'

     

    Je jette un œil à son visage, qui affiche toujours une expression déplaisante. (Pourquoi diable es-tu là si tu es toujours en colère contre moi ?). J'attrape son sac et lui redonne avant de tirer Phun brusquement vers le scooter.

     

    « T'as faim ? »

     

    Il fait « non » de la tête.

     

    « Ouais, ben moi oui ».

     

    Peu importe ce qu'il dit, je le fais s'asseoir derrière moi et démarre. Je roule loin de la maison, le bruit des pétarades du scooter pour accompagnement.

     

    °°°°°°°°°°°°°°

     

    On quitte les rues désertes d'Ekamai Road (où je vis) pour Thong Lo Road (où Phun vit). Est-ce qu'on n'a pas la classe, tous les deux ? On ne porte même pas de casques et on est toujours en uniforme (ce qui indique qu'il n'y a aucun moyen qu'on ait notre permis) mais pas de problème, mon père a des relations (ou pas, en fait ?).

     

    Ah ah ah, je plaisante. Je m'arrête dès que j'aperçois un flic avec leur casque blanc qui me fait penser à une balle de ping pong ^^'

     

    On réussit finalement à échapper à la prison et arrive à l'intersection entre Thong Lo Road et Sukhumvit Road. Je décide de m'arrêter devant un restaurant de congee. J'imagine que ça ne va pas faire du bien au physique de faire un aussi gros repas à 22h passées.

     

    « Si tu veux manger dans le coin, on pourrait aussi bien aller à Oishi Buffet » se plaint Phun en souriant après avoir lu l'enseigne « Thong Lor Congee ».

     

    Je m'en fiche d'où on va vu que je suis pété de tunes, ah ah ah. Enfin, pas vraiment. Le truc, c'est que la fille du propriétaire est vraiment mignonne. Je viens souvent manger ici vu que j'aime bien la regarder, hé hé hé. On mange nos bols en silence une fois la commande arrivée. Je jette un œil au bâtard qui disait qu'il n'avait pas faim mais a tout de même commandé un second bol de soupe. C'est le même bâtard qui s'est aussi plaint du prix, mais en a donc tout de même redemandé. Je ricane pour moi-même en le voyant manger. Il le remarque et me donne un coup de pied sous la table.

     

    « - Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?

    - Je pense qu'il faut que j'aille me faire examiner les oreilles. J'ai cru que j'avais entendu quelqu'un dire qu'il n'avait pas faim tout à l'heure », lui dis-je, moqueur, en buvant mon Pepsi.

     

    J'ai déjà fini mon bol de soupe mais Phun est toujours sur son 2ème.

     

    « Oui, je me demande comment tu peux être le président du club de musique alors que tu as des problèmes d'audition ».

     

    Oh tu me tombes dessus alors que j'ai juste fait une petite blague ?

     

    « Connard ».

     

    Je lui donne moi aussi un coup de pied sous la table. Il sursaute et manque de se brûler avec le congee. Je ne peux m'empêcher de rire.

     

    « Putain, t'es pas sortable. Regarde-toi, tu manges comme un gosse de maternelle. Prends ça, prends ça ».

     

    Je sors un mouchoir et le tends à Phun. Je n'ai même pas essayé d'étouffer mon ricanement quand je l'ai vu tenter de se nettoyer avec le dos de sa main. Il prend le mouchoir, l'air légèrement ennuyé.

     

    « Et à qui la faute ? »

     

    Hé hé hé. On continue de manger nos soupes (enfin, il mange et je bois mon Pepsi à la paille) et de se chercher mutuellement. Phun fourre finalement la dernière cuillère de sa soupe dans sa bouche.

     

    « - C'était bon. Je n'étais jamais venu ici avant. Pourtant, je passe souvent dans le coin.

    - J'ai entendu dire que cet endroit était sur la même route que ta maison », lui dis-je avec sarcasmes avant de rapidement ramener mes jambes vers moi vu que j'ai le sentiment qu'il pourrait me donner un nouveau coup de pied.

     

    « Oh, je ne pensais pas que tu irais assez vite ».

     

    Non mais, ce bâtard continue de m'insulter. Je le regarde avaler son ultime bouchée de congee avant de prendre une grande lampée de boisson. Je peux voir son sourire à travers le verre.

     

    « Tu t'apprêtais à venir me voir, hein ? »

     

    Humph, connard. Pourquoi remet-il ça sur le tapis, tout à coup ? Je hausse les sourcils d'un air moqueur et sifflote au lieu de lui répondre. J'entends un petit rire qui ne fait qu'accroître mon agacement. J'ai vraiment envie de lui mettre un nouveau coup dans le tibia. On reste assis en silence. Pendant un long moment, je ne le regarde pas vraiment.

     

    « Je suis désolé ».

     

    Et la personne qui brise le silence n'est pas moi. Je me redresse de suite et le regarde. Pourquoi Phun s'excuse-t-il ?!

     

    « Pourquoi est-ce que tu t'excuses ? »

     

    Les mots sortent de ma bouche aussi rapidement que je les ai pensés. Je vois Phun serrer fortement ses lèvres comme s'il était sur le point de faire un long discours.

     

    « - Eh bien, je...Je me suis énervé cet après-midi. Je suis désolé. Ça a dû beaucoup te surprendre.

    - Qu'est-ce qui t'est arrivé, alors ? »

     

    Il laisse échapper un long soupir.

     

    «  - C'est parce que tu...Pourquoi tu ne m'as pas simplement dit que tu avais besoin d'aide, merde ? Et tu as été voir Earn à la place ? C'est qui, pour toi ? Ça ne m'aurait pas dérangé que quelqu'un de ton club te vienne en aide. Mais Earn ? Qui c'est, Earn, bordel ? Pourquoi est-ce qu'il a fallu que tu ailles le voir pour demander de l'aide ? Et moi, alors ? Est-ce que je ne te suis d'aucune utilité ? Est-ce que j'ai la moindre importance pour toi ? »

     

    Argh...Ce mec ! On dirait qu'il avait retenu tout ça jusqu'à présent. Comme il continue, je lui tends un verre d'eau, sa gorge doit devenir sèche.

     

    «  Putain, ne fais pas le malin avec moi. Réponds-moi juste ».

     

    Bon dieu, je me montre gentil et il dit que je fais le malin avec lui ? C'est quoi son problème, bordel ?

     

    «  - Je n'avais pas l'intention de parler de ça à Earn, ce jour-là. Il m'a juste demandé comment ça se passait au club et j'ai commencé à râler sans réfléchir. Qui aurait pu penser qu'il allait me traîner à un distributeur pour tirer de l'argent à 8h du soir ? J'étais très surpris moi-même.

    - Alors pourquoi tu n'es pas venu me voir directement quand hia Pui a livré les tambours ? »

     

    Bon sang. Son ton commence à sonner vraiment agressif, les gens.

     

    « Parce que je savais que tu faisais déjà tout ce que tu pouvais. J'ai confiance en toi quand tu me dis que tu m'auras l'argent alors je ne voulais pas t'embêter avec ça. Je sais que tu me le donneras dès que tu l'auras ».

     

    Je le vois sourire, apparemment content de ma réponse. Mais immédiatement, son expression redeviens sombre.

     

    «  - Et pourtant tu te comportes comme un mendiant avec Earn ?

    - Putain, quoi ? Pas du tout ! »

     

    Il faut vraiment que je lui fiche un autre coup dans le tibia. Je le fais. Il rit en essayant de m'échapper (mais échoue) avant de se lever et de sortir quelque chose de son sac.

     

    «  - C'est pour moi. Excusez-moi, l'addition s'il-vous-plaît » me murmure-t-il pour la première partie

    avant de lever un doigt pour avoir l'attention du propriétaire. Je me lève aussi, puis le suis à l'extérieur.

     

    Voir son large dos devant moi me donne envie de dire quelque chose.

     

    « Je suis...aussi désolé. Je ne voulais pas te blesser ».

     

    Ce grand sourire que fait Phun est ce que je voulais le plus voir. Je le lui rends avant qu'il ne mette ses bras sur mes épaules pour qu'on puisse marcher ensemble.

     

    °°°°°°°°°°

     

    On roule sur le scooter dans la nuit, se faufilant entre de nombreuses voitures sans doute remplies de personnes allant en boîtes, avant d'arriver finalement devant le portail d'une énorme maison. (Il a fallu qu'on s'arrête pour éviter la police une ou deux fois). Je vois de la lumière dans quelques-unes des pièces, même s'il est près de minuit.

     

    « Tu as dis à quelqu'un que tu arriverais tard à la maison ? ».

     

    Je pose la question à Phun tout en garant le scooter.

     

    « - Oui, j'ai dit à Pang que je sortais avec toi. Hé hé. 

    - Tu ne fais que me poser des problèmes ! »

     

    Le bâtard. Je lance ma jambe en avant pour lui mettre un coup de pied au cul alors qu'il descend du scoot, mais il arrive à l'esquiver et rit.

     

    «  A bientôt ».

     

    Bon, peu importe, je suppose. Je lui fais un signe de la main avant de me préparer à partir. Je me serais déjà dirigé vers la rue principale maintenant s'il n'avait pas appelé mon nom.

     

    «  - Noh...

    - Quoi ? »

     

    Je stoppe mes activités et me retourne vers lui. Il ne répond pas. Il s'avance près de moi. Je fixe ses mains alors qu'il les tend vers moi dans une intention précise.

     

    «  - Qu'est-ce que tu fous ?

    - Ne bouge pas ».

     

    Ses mains bougent autour de mon cou et je me rends finalement compte de ce qu'il se passe quand je vois qu'il a récupéré les plaques.

     

    «  Tu n'as pas honte de porter quelque chose qui appartient aux pom pom boys ? » me dit-il.

     

    Je suis d'accord avec lui, en fait.

     

    «  Si. J'ai oublié de les enlever, j'étais trop occupé. Merci de me l'avoir rappelé ».

     

    Je tends le bras pour reprendre les plaques que Earn m'a données cet après-midi mais Phun les flanque dans la poche de sa chemise. Ce connard se croit tellement malin.

     

    « Je les redonnerai à Earn moi-même ».

     

    Mais ça le fichera mal ! Ma bouche est grande ouverte, dans l'incompréhension totale.

     

    « Non, c'est moi qui lui rendrai ».

     

    C'est ainsi que la Guerre des Plaques a commencé.

     

    Je me penche vers lui pour attraper le collier mais il se rebiffe brusquement et me repousse en posant sa main sur ma tête. Ce con ! Est-ce qu'il croit qu'il peut faire tout ce qu'il veut parce qu'il est plus grand que moi ?!

     

    « Tu n'arrives pas à dire non aux gens. Tu continueras à le porter s'il insiste. C'est moi qui le lui rendrai » me dit-il en tapotant sa poche pour me faire savoir que les plaques resteront là.

     

    Il a raison, cela dit, maintenant que j'y pense. Je ne suis pas le genre à trop batailler. Quand quelqu'un me force quasiment à faire quelque chose, généralement je le fais. Je veux dire, prenez Phun, par exemple. C'est pour cette raison que je me suis retrouvé dans cette situation à l'origine.

     

    « - D'accord, je te laisse t'en occuper, alors.

    - Et n'accepte pas n'importe quoi de n'importe qui. Surtout d'Earn ».

     

    Ce que Phun me dit me fait me sentir étrange. C'est comme si...il était plus mécontent du fait que j'ai accepté des plaques de la part d'Earn que de savoir qu'elles étaient légitimement destinée à la Cheer Team.

     

    « Phun... »

     

    Je l'ai appelé avec douceur. Il se retourne pour me regarder.

     

    « Quoi ? » me répond-il si gentiment que j'en éprouve des difficultés à parler.

     

    « Je ne suis pas à toi et tu n'es pas à moi, tu sais... »

     

    Même si c'est moi qui ai prononcé ces mots, je sens ma poitrine se serrer. Et Phun, alors ? Ça l'affecte sans doute plus que moi. Mais tant pis, il faut que je continue à dire ces choses. On a tous les deux besoin de s'en rappeler aussi souvent que possible. En vérité...c'est ce que je me dis à moi-même, juste pour accepter le fait qu'il n'y a pas de « nous ».

     

    Un sourire solitaire se dessine sur les lèvres de Phun avant qu'il ne s'approche de moi. Il me regarde en tendant la main et caresse gentiment ma joue.

     

    « Ce n'est pas parce que nous avons déjà parlé de ça que...je suis capable de t'oublier du jour au lendemain ».

     

    Il me regarde intensément tout en me souriant. Je ne peux pas m'empêcher de m'interroger : est-ce que ce serait trop demander que l'on reste amis, simplement comme ça ?

     

    Avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, le visage familier de Phun se rapproche du mien. Je peux sentir sa respiration. Je me tends soudainement et clos mes yeux avec fermeté. Je sens une chose douce et rebondie, pleine de chaleur, sur mon front. Cela dure un moment avant qu'il ne s'éloigne. Je hausse un sourcil de manière moqueuse pour cacher mon embarras.

     

    « - C'est probablement tout ce qu'on pourra faire, maintenant, hé hé.

    - C'est toujours mieux que rien », me répond Phun avant de me faire un signe de la main m'indiquant qu'il retourne chez lui.

     

    «  - Fais attention sur la route, d'accord ? 

    - Ouais. A bientôt ».

     

    Je ne sais pas ce que signifie cette douleur acérée qui est en train de me gagner.

     

    Vraiment, je ne sais pas.

     

    A suivre...

     

     


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    Chapitre 23 : le meilleur des jours

     

     

     Le jour du tournoi de football est enfin arrivé. Vous pensiez que toutes ces répétitions étaient fatigantes ? Le jour J était bien pire. Je n'ai pas pu dormir la nuit dernière parce que j'étais trop occupé avec les uniformes, les instruments et une tonne d'autres choses. J'ai juste fait une sieste vers 2h du matin mais Ohm m'a réveillé en me donnant un coup de pied à 2h25 exactement parce qu'il y avait un problème avec un cor.

     

    Non mais bordel ! J'avais déjà réparé cette merde l'autre jour. Peut-être qu'il est temps d'en acheter un nouveau.

     

    Donc, en gros, je n'ai pu profiter que de 25 minutes de sommeil avant que je n'aie eu à traîner mon corps éreinté et à peine fonctionnel jusqu'au stade Suphachalasai, alors que les poules elles-même n'étaient pas encore levées.

     

    Le soleil matinal nous réchauffait sans la moindre pitié et plusieurs des membres de la fanfare s'étaient déjà évanouis. J'avais dû me précipiter jusqu'au kit de premiers soins que nous avions heureusement amené avec nous. Finalement, je me suis retrouvé à tenir un talkie-walkie dans un main et le kit dans l'autre. En plus, il faut constamment que je rafistole des instruments qui ne fonctionnent plus. Et parfois, quand on a un besoin urgent de quelque chose, il faut que je demande à des cadets qui n'ont rien à faire de courir jusqu'à Siam pour nous le rapporter. Jusqu'à présent, ça a donc été une journée très agitée.

     

    «  Hé ! Ne t'évanouis pas ! Ne t'évanouis pas ! »

     

    Et voilà. Je me retourne rapidement pour retenir nong Ae, le joueur de clarinette, dont le visage est complètement dépourvu de la moindre goutte de sang. J'attrape une serviette de toilette et le lui tapote. Non seulement je dois m'assurer que ces mecs restent en vie, mais en plus il faut que je sois à l'affût des messages sur le talkie-walkie qui peuvent arriver à tout moment. Je commence à avoir des vertiges moi-même.

     

    « Bank à Noh. Est-ce que le groupe est prêt ? »

     

    Je sursaute quand j'entends mon nom sortir de cet appareil. Je me dépêche de me répondre :

     

    « Noh à Bank. On est prêts ».

     

    « Alors mettez-vous en position ».

     

    Nous voilà bien. Allez, on abandonne pas le combat. Je fais une petite tape dans le dos aux membres de la fanfare pour les faire se lever avant d'essayer de joindre Film via le talkie-walkie. Il semble avoir disparu.

     

    « Noh à Film. S'il-te-plaît, positionne-toi. Je suis sur le point d'envoyer la fanfare sur place ».

     

    « Film à Noh. Oui, oui, je suis sur le chemin ».

     

    Je suis sûr qu'il était en train de reluquer les filles. Je remue la tête avant de me mettre en tête du groupe pour mener les cadets à l'endroit où ils sont censé aller. Mais à ce moment-là, j'entends une voix appeler mon nom dans le talkie-walkie.

     

    « Earn à Noh. N'oublie pas ce qu'on a prévu de faire, hein ? »

     

    Ah, ce bâtard. Mais d'où il sort, bordel ? Je fixe le talkie-walkie avec un regard interloqué avant de répondre : « Noh à Earn. Ouais, laisse-moi juste finir avec ça d'abord ».

     

    Le talkie-walkie plonge dans le silence quelques instants avant que quelqu'un d'autre ne dise :

     

    « S'il-vous-plaît, ne faites pas les imbéciles avec les talkie-walkie ».

     

    Je ne peux pas m'empêcher de laisser échapper un rire. Les cadets se retournent vers moi, l'air confus.

     

    Hé, c'était la voix de Phun.

     

     

     

    °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

     

    La fanfare commence à entrer dans le stade, e qui signifie que mon travail ici est fini. Je n'ai plus besoin de rester dans la coin (Fil met Ohm s'occupent déjà du reste). Mon nouveau travail, toutefois, est de me précipiter jusqu'au bureau en-dessous des tribunes pour contrôler les écrans, m'assurer que tout se déroule sans incident et s'il y a le moindre problème, prévenir Film.

     

    Je cours à moitié jusqu'à ma destination. Je remarque plusieurs membres de divers départements tels que l'équipe de pom-pom boy, l'équipe technique, celle de la conception, tous vêtus d'une combinaison et s'agitant dans tous les sens. Je salue Mark, qui fait partie de l'équipe de conception, de la main. Il a un regard anxieux alors qu'il essaie de faire des changements dans la répartition des tribunes. Il trouve quand même le temps de me saluer en retour. (Sérieux?). Près de lui, je vois Mo, qui travaille département technique aujourd'hui et semble avoir une discussion angoissée avec ceux qui bossent à l'approvisionnement. Ils ont une sorte de plan dans les mains. Tout le monde a l'air très pris.

     

    Je suis à la recherche d'un écran en mesure de m'aider. Je n'ai pas besoin d'errer trop longtemps vu qu'un 10ème année me fait signe.

     

    « Celui-là, p' ».

     

    Je lui souris et cours m'asseoir à ses côtés. Je regarde la fanfare et les troupes avant elle défiler à l'intérieur du stade. Pour être franc, je ne suis pas si attentif que ça à l'écran vu que je suis trop occupé à parler de Pang Ya (1) avec Paeng (Film et Ohm ne doivent jamais l'apprendre).

     

    Comme on pouvait s'y attendre, je repère quand même le dos de Phun, que je vois un court moment. Il porte une combinaison et travaille dans les parages. (Il travaille au département technique. Je viens tout juste de le découvrir, en voyant sa tenue). Cependant, je ne lui prête pas réellement attention, toujours dans ma conversation avec nong Paeng. Enfin, je l'étais en tout cas, jusqu'à ce qu'il se taise.

     

    « Qu'y a-t-il, p'Phun ? »

     

    Quoi ? Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

     

    Je tourne la tête dès que j'entends la voix de Paeng. Phun Phumipat se penche sur moi de manière très impolie, alors qu'il porte toujours son casque audio.

     

    « Je peux m'asseoir ici ? Changeons nos places » dit-il à nong Paeng.

     

    J'ai vraiment envie de lui en mettre une. C'est évident que Paeng ne lui cède son siège que parce que Phun abuse de son autorité de senior. Hé hé hé. Il a encore l'affront de faire un grand sourire en donnant son casque au cadet.

     

    « Prends-ça. Earn donne des directives sur la chaîne 2 ».

     

    Là d'où je viens, on appelle ça refiler ses responsabilités à quelqu'un d'autre.

     

    « Il va être capable de le faire ? ».

     

    Je murmure ma question à Phun. Mais il me fait un sourire détendu et met le casque en mode « on ». Maintenant, il est branché sur la chaîne 11, comme moi.

     

    « Bien sûr, ne le sous-estime pas », dit Phun alors qu'il appuie sur quelques touches du clavier pour changer l'angle de la caméra afin d'obtenir une meilleure vue de la fanfare.

     

    « -Je te connais mieux que lui, de toute façon.

     - Arrête de raconter n'importe quoi... »

     

    Je le reprends mais je ne peux pas m'empêcher de sourire en moi-même vu que l'angle de vue est bien meilleure, maintenant. Je préviens Film via talkie-walkie dès que je remarque un problème ou un erreur.

     

    Rapidement, les troupes et les derniers membres de la fanfare quittent le stade. Je pousse un gros soupir de soulagement car tout s'est passé sans incident. Enfin, en dehors de Ngoi qui s'est trompé de clef deux fois en jouant de la flûte. Je lui botterai le cul plus tard.

     

    « Alors, t'as fini pour aujourd'hui, non ? » demande Phun tout en changeant l'affichage de la caméra pour revenir aux tribunes de la Cheer Team comme c'était avant. Je ne sais pas quoi lui répondre étant donné que techniquement, j'ai terminé, mais que d'un autre côté, ce n'est pas vraiment le cas.

     

    « - Il faut encore que j'aille voir Earn .

     - Ah oui, qu'est-ce qu'il a voulu dire tout à l'heure ? »

     

    Phun a saisi l'opportunité de me le demander. Je m'étire avant de lui répondre :

     

    « Il m'a aidé avec le budget de club, tu te souviens ? Donc, il m'a demandé si je pouvais lui apporter quelques boissons de notre club vu qu'il n'a personne pour lui en donner ».

     

    J'étais justement sur le point de me lever pour y aller quand Phun me tira en arrière pour me faire rasseoir.

     

    « - Alors, tu n'as pas besoin d'y aller

     - Et pourquoi ça, bordel ? »

     

    Je fronce les sourcils en regardant Phun qui sourit devant l'écran alors que la Cheer team scande quelque chose de particulièrement agaçant. Néanmoins, j'ai le sentiment que Phun est beaucoup plus irritant encore à ce moment précis.

     

    « Eh bien, je...je l'ai déjà remboursé. Et je lui ai rendu les plaques, aussi » me répond-il rapidement avant de parler dans le talkie-walkie : « Écrans à Cheer Team. S-30 est incorrect, s'il-vous-plaît rectifiez le tir ».

     

    « Minute ! On a pas encore fini de parler, là ! ».

     

    Je tira sa manche pour l'empêcher de taper sur le clavier.

     

    «  -Si, rit-il avant de continuer à ajuster l'angle des caméras.

     

    - Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Tu l'as déjà remboursé ? L'école a débloqué les fonds pour notre club, ça y'est ?

     

    - Pas encore.

     - Comment tu l'as remboursé, alors ?

     - Je ne te le dirai pas. Écrans à Cheer Team. Vérifier E-14, s'il-vous-plaît ».

     

    Ce con continue d'éviter le sujet. Je plisse le nez dans sa direction (même s'il ne me regarde pas) avant de lever mes miches de là.

     

    «  Il faut quand même que j'y aille. Je le lui ai promis ».

     

    Pour la deuxième fois, il me tire en arrière pour me faire rasseoir. Ah bien sûr, pour faire ce genre de truc, t'es un rapide.

     

    « Tu sais comment on se sert des écrans, hein ? » me demande-t-il.

     

    J'acquiesce même si je ne vois pas bien où il veut en venir.

     

    « Tu veux avoir une combinaison ? »

     

    Je ne suis pas sûr si je devrais acquiescer, là, bien que je meurs d'envie d'en porter une. Je le dévisage, les sourcils froncés.

     

    « N'aie pas l'air si méfiant. Je sais que tu veux en avoir une. Suis-moi. Tle, tu peux t'occuper de ça un petit moment ? Je reviens tout de suite », dit-il en m'entraînant après lui.

     

    Qu'est-ce qu'il a en tête, bon sang ?

     

     

    °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

     

    On s'arrête au vestiaire de la Cheer Team. Il n'y a personne car ses membres sont déjà partis se attendre leur tour devant l'entrée du stade. Je reste là, debout, un regard confus sur le visage, alors que Phun baisse la fermeture éclair de sa combinaison.

     

    «  Yo ! Yo ! Yo ! Yo ! Yo ! Qu'est-ce que tu fous, là ?! »

     

    Est-ce qu'il a l'intention de me violer ici et maintenant ?! Pas moyen ! Le sol est trop dur ! Attendez ! Je veux dire, je ne vais pas le laisser faire !

     

    Il ignore mes protestations et continue de se déshabiller. Je ferme mes yeux et les serre fortement pour ne rien voir d'obscène. Je peux entendre le son d'un vêtement qu'on enlève. Après un petit moment, je sens qu'on jette quelque chose sur mon épaule. J'ouvre un de mes yeux pour voir Phun devant moi, vêtu d'un tee-shirt blanc et d'un boxer. Il sourit et remue la tête comme pour rire de moi.

     

    « Faisons un échange. Donne-moi tes habits ».

     

    Bon dieu...facile à dire, pour toi. Tu avais une combinaison, donc tu portes toute une autre tenue en-dessous. Mais tout ce que je porte, moi, c'est un tee-shirt et un jean, rien d'autre !

     

    « - Va te faire foutre. J'ai plus envie d'en avoir une, de toute façon.

     - Mais je l'ai déjà retirée. Allez ! On ne devrait pas laisser Tle seul trop longtemps, avec tout ce qu'il y a à faire ».

     

    J'hésite une seconde avant de pointer mon doigt dans sa direction.

     

     

     

    « Alors, retourne-toi ! »

     

    Qu'est-ce que j'ai dit de drôle ? Pourquoi il se marre comme ça ?

     

    « Pourquoi est-ce que tu joues les effarouchés ? On est...tous les deux des mecs ».

     

    Je suis sûr qu'il pensait à quelque chose d'autre durant cette longue pause avant « tous les deux des mecs ». Ce connard !

     

    D'accord, normalement, je cède rapidement aux gens, mais pas cette fois ! Je continue de le pointer du doigt et lui redis de se tourner. Il ricane.

     

    « Tu as l'intention d'enlever tous tes vêtements ou quoi ? Donne-moi juste ton jean, ça ira. J'ai déjà un tee-shirt. Et puis tu devrais garder le tien sous la combinaison, sinon ça va gratter, tu sais ».

     

    Ah, c'était ça, alors. Pourquoi suis-je aussi stupide ?

     

    Je fixe la combinaison avec une certaine confusion avant de décider de retirer mon jean (j'ai un boxer en-dessous) et de le balancer à Phun. Donc, maintenant, on porte tous les deux les vêtements de quelqu'un d'autre.

     

    Je regarde la combinaison kaki que j'ai désormais sur moi, me sentant sur un petit nuage. En dépit du fait qu'il y est marqué « techque » et non pas « swasdikarn » comme je le rêvais, je pense quand même que j'ai l'air totalement cool avec ça.

     

    « Je ne te la rendrai pas, dis-je à Phun sur le ton de la menace.

     « - Non, bien sûr, si tu es assez courageux pour faire tout le chemin jusqu'à chez toi dans cette tenue, garde-la », répond-il avant de me guider hors du vestiaire.

     

    Je retourne au bureau des écrans de surveillance et sourit à Nheng, qui semble un peu surpris vu qu'il attendait Phun et que c'est moi qui me pointe à sa place. Hé hé. Je peux m'occuper de ça, tu sais. Gérer les écrans et tout le toutim, fais-moi confiance.

     

    Je m'étire un peu le cou pour me soulager la tête avant de récupérer le casque audio laissé par terre à gauche et de le mettre sur mes oreilles. J'appuie sur un bouton et voit Earn sourire alors qu'il donne des instructions à de cadets. Et le voilà. Phun marche vers lui avec une boisson dans les mains.

     

    Je ne peux pas m'empêcher d'éclater de rire quand je vois l'expression choquée d'Earn au moment où il réalise que c'est Phun qui lui donne à boire et non moi. Il peste rapidement sur la chaîne 11 comme quoi je lui ai fait un sale coup. Je peux entendre Phun rire en fond. Je trouve ça très drôle moi-même (ah ah) mais je me retiens de rigoler car je me ferais crier dessus. Je m'excuse simplement auprès de Earn puis reporte mon attention sur les écrans pour afficher les tribunes de l'équipe de conception.

     

    Le temps passe vraiment vite. Il y a un véritable brouhaha sur la pelouse du stade et aussi dans les tribunes avec divers mots qui sont scandés tout au long du match. Il y a aussi eu plusieurs tentatives de buts infructueuses dans un court intervalle, ce qui échauffe encore l'atmosphère. Tous les anciens étudiants sont aussi bruyants que les élèves actuels. Je ne peux m'empêcher de me laisser gagner par cette excitation alors que je regarde toujours les écrans. (Je vois tout ce qu'il se passe).

     

    J'ai récupéré la mission de Phun, qui était de s'occuper de la surveillance vidéo et des autres équipements. Il y a eu un tas de problèmes et j'ai fini par aller directement voir des membres du staff dans leurs tribunes respectives pour leur en parler, vu qu'il y avait trop de personne qui utilisaient les talkie-walkie. Parfois, c'était même difficile de savoir qui était au bout de la ligne. C'était plus simple d'aller voir les gens. A chaque fois que je me pointais près des tribunes, Earn me fusillait du regard. Des amis autour se moquaient même de lui. Pendant ce temps, Phun continuait à se montrer odieux, en le faisant manger et en l'obligeant à boire des trucs. Ça donnait l'impression de lui rendre service mais il semble que ça énervait Earn plus qu'autre chose. Ça a fini par devenir un sketch pour les personnes qui travaillaient aux tribunes. (Ah ah). J'ai ri avec eux dans cette atmoshpère relaxante qui s'était instaurée. Même si c'était crevant, avoir beaucoup d'amis travaillant ensemble pour atteindre un but comme celui-ci m'incitait à faire encore plus d'efforts.

     

    Phun continua à se porter volontaire pour être l'assistant personnel d'Earn pendant toute la durée du match. Cependant, il avait toujours le temps de vérifier ce que je faisais de temps à autre. Chaque fois qu'il venait me voir, il apportait une boisson et quelques friandises avec lui. Je me demande s'il ne forçait pas quelqu'un à aller les acheter à Siam parce que je doute fortement qu'on avait prévu des petits pains de chez Beard Papa, une délicieuse boulangerie de Paragon, pour les membres de l'équipe. (Et si c'était le cas, alors Earn avait sans doute dépensé trop d'argent pour ça). J'ai souvent remué la tête devant la réserve de Phun vu qu'il niait les avoir achetés pour moi chaque fois que je lui demandais. Il insistait pour dire qu'ils venait des stands d'approvisionnement. Il doit penser que je suis naïf. Enfin bref, je n'ai cherché à me disputer avec lui. Les petits pains étaient succulents.

     

    En plus des boisson et des petits pains, Phun me demandait sans arrêt comment ça se passait, ou si j'étais pas fatigué. Il m'a même demandé si je voulais qu'on reprenne nos vêtements d'origine mais j'avais trop la flemme pour accepter. Donc en gros, je lui ai dit que se déroulait normalement et que j'allais très bien à chaque fois qu'il m'a posé la question. Finalement, le ciel a viré au noir et un vacarme assourdissant a retenti dans le stade. Note équipe a marqué un but. Et ils ont été capable de conserver le score de 1-0 for le reste du match. Le chiffre brillait sur le tableau d'affichage, comme une preuve de notre victoire longuement désirée !

     

    Tous mes amis et moi avons retiré les casques et sauté partout en célébration de ce moment. Nous avons couru dans tous les sens et causé un vrai bazar dans nos tribunes avant de nous précipiter vers les autres étudiants pour faire la fête avec eux. On a chanté à tue-tête, que ce soit les slogans de la Cheer Team ou l'hymne de l'école, en se prenant par le cou ou par les épaules. C'était tellement énorme que je ne pourrais pas le décrire. Ma fatigue s'est évaporée à l'instant où j'ai vu ce que nos efforts conjugués avaient permis d'accomplir. J'ai vu beaucoup de mes amis qui pleuraient. J'ai même remarqué que le visage de Phun Phumipat avait des traces de larmes récemment essuyées.

     

    Maître Buncha nous a dit de nous rassembler et de faire un hourra. On s'est pris par les épaules et on a poussé un grondement tonitruant. Je me suis promis de ne jamais oublier ce jour, le meilleur des jours.

     

     

     

    °°°°°°°°°°°°°°°°°°

     

    Après la fin du match, les étudiants de notre école continuent de traîner dans le stade pendant un long moment pour féliciter tout le monde pour son son travail. (Sans compter que nous avons gagné). En toute franchise, j'aurais de toute façon profité de cet instant que nous ayons gagné ou non, parce que ça me permet de me faire beaucoup de nouveaux amis. J'ai dit au revoir à un groupe de ces amis qui sont encore assis dans les tribunes. (Ils portent des shorts noirs, hé hé). Ils sont tous venu nous congratuler quand le match s'est terminé. On a raison de parler de l'esprit du sport, peu importe qui gagne ou perd, on a noué de nouvelles amitiés durant ce tournoi. Aucune couleur de short ou barrières entre nos écoles ne peut nous séparer. ^__^

     

    Alors que je parlais à un ancien étudiant qui a couru jusqu'à moi pour m'adresser ses félicitations (hey, je ne suis même pas un joueur de foot. Pourquoi est-ce que tout le monde me félicite?), j'entends derrière moi une voix terriblement familière.

     

    « Noh ! Ça fait une vie entière que je te cherche ! »

     

    Ah ! Je n'ai même pas besoin de me retourner pour savoir qui c'est. Je commence à me demander si Yuri n'a pas installé une puce sur mon portable ou quelque chose dans le genre. Comment a-t-elle seulement pu me trouver dans cette énorme foule ? -_-'

     

    « Bon dieu, Noh. Quand est-ce que tu t'es trouvé une copine aussi mignonne ? Bref, on se voit plus tard. J'ai prévu de passer au lycée la semaine prochaine ».

     

    P'Mote, l'ancien étudiant, abrège la conversation en me souriant de manière entendue. Qu'est-ce que je faois, maintenant ? Je n'ai pas d'autre choix que de lui rendre son sourire en lui faisant un signe de la main.

     

    « A bientôt, p' » ^^'

     

    Maintenant que p'Mote est parti, il est temps de s'occuper de la petite bonne femme qui se tient à côté de moi.

     

    « - Tu me cherchais ? Tu as quelque chose à me dire ? 

     - Bien sûr, mais je ne savais pas que tu faisais partie de l'équipe de logistique ! »

     

    J'étais sûr qu'elle le remarquerait car Yuri sait que je travaille avec la fanfare (et que mon uniforme consiste en un tee-shirt et un jean) et pas à la logistique. Je n'étais pas supposé porter cette combinaison trop grande. Même si je pressentais que la question allait être posée, ça me fait tout de même bizarre d'y répondre.

     

     

     

    « C'est à Phun. On a échangé ».

     

    Yuri me fait un large sourire qui m'envoie des frissons sur la colonne vertébrale.

     

    J'ai dit quelque chose qui fallait pas ?!

     

    Son adorable sourire dure un bref instant avant qu'elle ne s'agrippe à mon bras.

     

    « Allons manger un morceau ».

     

    Nous y revoilà.

     

    Je jette un œil à son pâle visage qui arbore une expression suppliante. Je me sens soudain plein d'appréhension quant à cette perspective.

     

    Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ? Je regarde Yuri tout en entendant mes amis faire des projets pour fêter la victoire ce soir.

     

     

     

    A suivre...

     

     

     

     

     

    (1) Jeu de golf multi-joueur sur Internet.

     


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  • Chapitre 24 : Renseignement

     

     

     

    Du coup...Nous avons atterri ici. Je m'installe sur une chaise avant d'examiner le restaurant chic où nous sommes. Cet endroit est près d'Ekamai Road, là où se trouve ma maison. Yuri m'a souvent dit qu'elle voulait venir manger ici, mais on a jamais eu l'occasion d'y aller ensemble (vu que le restaurant n'est ouvert que le soir). Elle a finalement eu ce qu'elle voulait cette fois, puisque c'est elle qui a choisi. Elle a même commandé la nourriture toute seule. Mais je reste circonspect, non à cause du lieu (comme je vis près d'ici), mais parce que je ne me rappelle pas à quel moment j'ai accepté de venir ici avec elle, exactement.

     

    Je fronce les sourcils en observant l'intérieur du restaurant, où il y a des aquariums partout. Ils s'accordent très bien avec le thème et le nom du restaurant, qui se veut un aquarium géant. Cet endroit est réputé pour sa décoration et sa nourriture fabuleuse. J'y suis souvent venu avec mes amis (quand j'avais assez d'argent) et parfois, c'est mon père qui m'y amenait. Néanmoins, aujourd'hui, en plus des énormes poissons qui nagent autour de moi, il y a Yuri et...

     

    ...Phun et Aim qui sont assis en face de nous -_-'

     

    « Je suis trop contente que Phun et Noh soient proches. Si je l'avais su plus tôt, on se serait fait une sortie tous les quatre depuis longtemps. Pas vrai, Aim ? »

     

    La voix joyeuse de Yuri me fait sursauter. Aim lui sourit en réponse. Je me sens vraiment gêné d'avoir à écouter ce qu'elle dit. Je ne sais pas ce que Phun en pense, mais moi j'ai d'étranges difficultés à déglutir.

     

    De toute façon, beaucoup d'entre vous se demandent sûrement comment j'ai pu me retrouver ici avec Yuri, Aim et Phun. En fait, je n'ai rien fait du tout. Yuri a continué à insister pour que je dîne avec elle et peu importe combien j'ai essayé de décliner l'invitation, elle m'a traîné derrière elle pour que je vienne avec elle. Elle a décidé qu'en réalité, je voulais qu'on mange ensemble (vraiment?!). Les choses ont donc fini comme elles en ont l'habitude quand cela concerne Yuri. Je suis toujours la victime de ses suppositions. Toujours !

     

    Au début, j'imaginais qu'il n'y aurait que nous deux. On allait passer une bonne soirée, puis rentrer chacun chez soi. Mais ça n'a pas tourné comme je le pensais car après avoir unilatéralement décidé que je viendrais avec elle, Yuri (soyez bien attentif au bon sens de ce qui arrive) a immédiatement appelé Aim, ce qui signifiait que ma vie était finie...étant donné que Phun viendrait aussi.

     

    On a tous les deux abandonné la partie et laissé le destin choisir ce qu'il allait advenir de nos vies quand on a compris qu'on avait été les victimes de ces deux filles. On est retournés se changer au vestiaire de la Cheer Team mais c'était bien différent de la première fois, car il y avait des tas de personnes, vu que le match était fini. J'ai cru que le vestiaire allait s'effondrer à cause des hurlements du Angels Gang quand Phun et moi avons trouvé assez de courage pour retirer nos pantalons. Ça n'a pas vraiment aidé à nuancer la vision que j'ai de moi-même. J'ai cru qu'on n'allait pas sortir d'ici vivants (surtout Phun) -_-'

     

    Sans compter que Phun a été un vrai connard avec moi. D'abord, j'étais déconcerté parce que je pensais qu'il allait porter la combinaison au dîner (vu que j'avais besoin de mon jean). Mais en fait, il avait un autre jean avec lui depuis le début. Ce putain de salaud !

     

    Il a porté mon pantalon toute la journée. Ça pue la transpiration. Qu'il aille au diable. Mais, c'est bon. Vous les lecteurs, vous n'avez pas besoin de vous inquiéter parce que j'ai été trompé. J'ai pris ma revanche en piétinant son jean sur tout son long.

     

    Bref, retour au présent. J'étais perdu dans mes pensées depuis un petit moment, quand les deux filles eurent déjà fini de passer la commande. Ni Phun, ni moi n'avons perdu de temps à donner notre avis. A bien y réfléchir, le choix n'a pas été mauvais. On est du genre à pouvoir manger tout et n'importe quoi, de toute manière, du moment que c'est de la nourriture destinée à la consommation humaine.

     

    « J'ai commandé du porc à la bavaroise, comme c'est ton plat préféré, Noh » me dit Yuri en se tournant vers moi avec un sourire. Je le lui rends, même si je suis un peu interloqué.

     

    Hum, depuis quand est-ce que c'est mon plat préféré ?

     

    « Merci »

     

    Bon, je suppose que ça l'est, maintenant. -_-' Je veux dire, c'est pas que je n'aime pas ça, hé hé.

     

    « Bien, j'ai aussi commandé ton poulet frit préféré, Phun. Je te connais bien, n'est-ce pas ? »

     

    Nous y revoilà. Pourquoi est-ce que ces filles essaient d'entrer en compétition l'une avec l'autre ? Ça ne provoque que des sourires ironiques sur nos visages, à Phun et moi, vous savez. Je jette un œil à Phun qui a justement un sourire sarcastique (le même que le mien) avant qu'il ne me regarde également puis réponde à Aim : « parfait, merci beaucoup ».

     

    Mes sourcils sont carrément noués, maintenant. Pourquoi diable as-tu l'air si timide, franchement ? Je n'ai rien à voir avec ce bordel. Alors que j'étais perdu dans mes propres pensées (du style, pourquoi s'occupe-t-il seulement de moi, celui-là?), les premiers plats arrivent à notre table, ce qui signifie que mon attention est désormais retenue ailleurs.

     

    Ils ont l'air tellement délicieux ! J'ai oublié tout le reste !

     

    « Celui-là, celui-là, Noh ! »

     

    Yuri se saisit rapidement de couverts pour couper un morceau du jarret de porc et me le donner. Aim refuse d'abandonner la bataille et elle met un bout de saumon en sauce dans l'assiette de Phun.

    Hey, j'aimerais bien avoir un peu de saumon aussi, tu sais !

     

    Je décide de placer ma gloutonnerie sous contrôle et d'agir en gentleman.

     

    « Voilà pour toi ».

     

    Tout ce que j'ai fait, c'est placer un peu de calamar frit dans l'assiette de Yuri. Cela la plonge dans un état extatique et elle lève rapidement son plat pour l'exhiber sous le nez d'Aim ^^' Rien n'arrête ces deux-là. Je ne peux m'empêcher de laisser échapper un petit ricanement.

     

    Aim garde la tête basse un petit moment vu que Phun est trop occupé à servir de l'eau à tout le monde pour lui mettre quoi que ce soit dans son assiette. Je remarque qu'elle tire sur sa manche plutôt brusquement.

     

    « Hem, Phun...Tu ne me sers pas de nourriture ?

     

    Bonne chance, mon gars ! Hé hé.

     

    Phun se retourne vers elle avec un regard confus, ce qui me fait de nouveau ricaner un peu. Il lui donne des beignets au fromage.

     

    « Voilà. Désolé, j'étais pris avec l'eau ».

     

    Elle n'a pas l'air satisfaite du tout. Je fronce les sourcils car il semble qu'elle soit encore plus agacée maintenant. Mais Phun ne paraît pas s'en rendre compte vu qu'il me met maintenant dans l'assiette un peu de son saumon.

     

    « Et ça, c'est pour toi. Tu me donnes un peu de jarret ? On échange ».

     

    Ce con commence à prendre ses aises comme Yuri.

     

    « Très drôle. Et quand est-ce que j'ai accepté ce marché, exactement ? Mais merci pour le saumon, j'en voulais un peu, justement », lui dis-je alors que j'en enfourne une fourchete dans ma bouche. Je ne laisserai pas Phun prendre de mon jarret de porc. Hé hé. Idiot.

     

    « - Si tu manges tout ça à toi tout seul, le saumon et le porc vont se faire un putain de duel dans ton œsophage. Et puis après, boom ! 

    - Ils vont se transformer en Chocapic ou quelque chose dans le genre ? T'es vraiment pas net. Mon œsophage n'est pas un putain de champ de blé. Allez, prends-en un peu puisque ça te travaille tellement ».

     

    Je ne peux pas m'empêcher de pester après lui après la blague vraiment stupide qu'il a faite (et que j'entends tous les samedi et dimanche matin dans l'émission de cartoon sur la 9) mais je finis par lui donner un peu de mon jarret, même si on est loin de la moitié de saumon qu'il m'a donnée. Ah ah, je n'abuse pas trop de sa gentillesse, là, hein ?

     

    Finalement, ça tourne à la guerre : c'est à qui pourra manger ce qu'il attrapera. Nos couverts deviennent des armes lorsque nous essayons d'arracher de la nourriture à l'assiette de l'autre. On fait un vrai boucan jusqu'à ce qu'un de nous deux remarque que quelque chose cloche. C'est Phun. Il arrête le combat et se retourne vers Aim immédiatement.

     

    « Est-ce que tout va bien, Aim ? Tu es très silencieuses, hein ? »

     

    Je vois Aim froncer les sourcils, donc je modère le tapage que je fais. Je n'ai pas oublié de regarder si Yuri était mécontente également (juste au cas où ce serait une maladie contagieuse) mais elle continue de faire un grand sourire. On dirait qu'elle a trouvé notre guéguerre amusante.

     

    « Pourquoi m'as-tu donné ces beignets au fromage... ? Tu as oublié que j'étais au régime ? »

     

    Bon dieu, les gens. Ça devient une affaire de famille, maintenant, je ne veux pas prendre part à ça.

     

    Je saisis rapidement mon verre d'eau pour comme si je n'entendais pas leur conversation.

     

    « Oh...désolé ».

     

    Phun essaie de se rattraper. Il décide de servir autre chose à Aim et je le vois soulever un plat de salade coloré.

     

    « Écoute, prends la roquette. Je me rappelle, tu vois ? »

     

    Oh, il se débrouille très bien. Je n'ai pour ma part aucune idée de ce que Yuri a commandé, mais je la vois prendre du bacon et des spaghetti aux crevettes. Je suis content qu'elle ne prenne pas la mouche facilement ? J'aime bien ça.

     

    Après avoir regardé Phun tenter de se rabibocher avec Aim pendant un bon moment (ça a pris un bail vu qu'elle était vraiment en colère contre lui), elle a finalement fait un sourire quand Phun lui a resservi de la salade de nouilles aux fruits de mer pour lui faire plaisir.

     

    Je ne peux que regarder ce qu'il se passe devant moi, incapable d'expliquer ce sentiment que je ressens. Les couverts dans mes mains semblent très lourds, tellement lourds que je ne fais plus que bouger la nourriture dans mon assiette, sans jamais la porter à ma bouche.

     

    « Noh...Noh...Noh ! »

     

    Hein ?!

     

    Je sursaute brusquement quand Yuri se met à me secouer.

     

    Mais où est-ce que mon esprit est allé s'égarer, bordel ? Je tiens toujours une cuillère et une fourchette dans les mains. C'est embarrassant. Je remue la tête pour me débarrasser de ces pensées bizarres avant de reporter mon attention sur la personne qui appelle mon nom.

     

    « - Oui, qu'y a-t-il ?

    - A quoi tu penses ? Tu es triste à cause du jarret ? Je peux t'en commander plus.

    - Non, non, ce n'est pas à cause de ça. Je ne suis pas si glouton que ça quand même », corrigeai-je alors qu'elle continue à glousser.

     

    Puis, elle pose ses couverts et tend la main pour attirer l'attention d'Aim.

     

    « Hey, hey. Tu en parles, alors ? J'attends ».

     

    Phun et moi adressons un regard confus aux deux filles après avoir entendu Yuri prononcer cette étrange phrase. Nous n'avons aucune idée de ce dont elles parlent. Aim hésite un peu avant de tapoter l'épaule de Phun même s'il est déjà en train de la scruter.

     

    « - Qu'est-ce qu'il y a ?

    - Phun, tu es libre la semaine prochaine ? »

     

    Phun semble un peu déconcerté mais il sort son portable et consulte son agenda dessus. Yuri renchérit :

    « Noh, regarde le tien aussi ! Regarde-le ! », supplie-t-elle en me souriant.

     

    Mais franchement, ai-je l'air de quelqu'un qui tient à jour un agenda, qui plus est sur mon portable ? (J'utilise une appli appelée Reminder vie Memory...et c'est pourquoi j'oublie souvent des trucs). Mais de ce que je me souviens, je crois pas être pris.

     

    Phun continue ses coquetteries avec son portable pendant deux bonnes minutes avant de finalement lever la tête et répondre : « Je suis libre. Où veux-tu aller ? »

     

    Aim fait un grand sourire quand elle l'entend. Yuri me donne un petit coup d'épaule.

     

    « - Et toi, Noh ?

    -Je pense que je suis libre aussi. Pourquoi ? »

     

    Pourquoi est-ce qu'elles gardent le silence ? Je meurs d'envie de savoir !

    Mais même si j'ai posé la question, je ne suis plus bien sûr de vouloir connaître la réponse quand je vois Yuri et Aim partager un sourire étrange. Je déglutis car je sens que ces deux-là ont quelque chose en tête, et ça ne sent pas bon du tout. Elles nous regardent bizarrement, aussi.

    Bon qu'est-ce qu'il se passe, bordel ?!

     

    « Aim a gagné un truc ».

     

    Yuri est la première à briser le silence avant de tapoter la main d'Aim pour qu'elle montre le « truc ». Et c'est quoi, ce « truc » ? Les mecs ont l'esprit mal placé, vous savez !

     

    Avant que mon esprit ne puisse imaginer des choses sales, j'obtiens ma réponse quand je vois une petite carte être posée devant moi.

    C'est un bon-cadeau. Mais j'ai du mal à voir de quelle nature il est.

     

    « Aim a eu ce bon-cadeau de Serenade. C'est un séjour dans un hôtel de Hua Hin. C'est pour deux chambres. S'il-te-plaît ? S'il-te-plaît ? S'il-te-plaît ? »

     

    A ce stade, mon bras est un bambou, et il y a un koala qui s'agrippe dessus.

     

    Alors qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? Je jette un regard en biais à Phun qui m'en renvoie un étrange. C'est sans doute le même que le mien, d'ailleurs, parce que je pense que ce serait bizarre pour nous quatre de partir en week-end ensemble comme ça.

     

    « Qu'en dis-tu, Noh ? Allons-y ! »

     

    Yuri recommence. Le virus qu'elle a devient incontrôlable. Pendant ce temps, Aim fait un sourire doux à Phun.

     

    « Allons-y ensemble, Phun ? »

     

    Aucun mec dans ce monde ne pourrait dire non à une telle invitation.

     

    °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

     

    Après avoir été proprement gavé (les filles, de nos jours, adorent entrer en compétition pour savoir laquelle prendra le plus soin de son copain) et qu'on a payé l'addition qui a dépassé les 1000 bath, on a accompagné les filles pour trouver un taxi. Je me rappelais qu'il fallait choisir ceux à la lumière bleue vu qu'ils ont un GPS (d'après ce que la pub dit). J'ai aussi pris une photo du numéro de licence (il vaut mieux prévenir que guérir, il commençait à se faire très tard).

     

    Pourquoi ne les a-t-on pas ramenées nous-mêmes... ? Eh bien, parce qu'il faut encore qu'on aille quelque part.

     

    U-Wo-U-Wo-Oh ♫

    Je ne pouvais plus penser à rien ♫

    Tu étais tellement mignonne qu'il fallait que je vienne me présenter ♫

     

    Mon iPhone sonne (j'ai justement changé la sonnerie quand on travaillait au stade. Nong Paeng me l'a envoyée vie bluetooth) alors que je vous la lumière bleue du taxi s'éloigner. Je l'attrape rapidement et regarde l'écran pour voir s'afficher la putain de tronche d'Ohm.

     

    « - Quoi ?

    - ÇA Y'EST, T'A BAZARDÉ TA MAMAN ? »

     

    Mais pourquoi est-ce qu'il gueule, putain ?!

     

    Je sursaute tellement brusquement que ça fait rire Phun. (c'est embarrassant, merde). Ne pensez pas que je vais lui répondre gentiment, il faut d'abord que je hurle sur ce stupide con.

     

    « - Qu'est-ce qui te prends de gueuler comme ça, bordel ?! T'es où ? Y'a un putain de bruit derrière toi !!

    - Au restaurant ! Tout le monde est déjà là, sauf toi et ton papa ! »

     

    Mais qu'est-ce qui cloche chez ce bâtard ? D'abord, une maman, maintenant un papa.

     

    « Ouais, ouais. Papa et moi, on arrive. Je viens juste d'envoyer maman à la maison. Assure-toi d'être à l'entrée du restaurant pour venir nous cirer les pompes quand on arrivera. On y sera d'ici vingt minutes. A tout à l'heure ! »

     

    Je raccroche illico car il y a vraiment trop de bruit. Il y avait de la musique (ce n'est pas un club mais un restaurant avec des groupes qui jouent en live) et aussi nos amis qui faisaient un boucan pas permis. Je suis à un million pour cent sûr qu'à nous tous, on va faire s'effondrer ce restaurant.

     

    « Alors, on va où ? » me demande Phun en hélant un taxi. J'ouvre la porte et entre dans la voiture avant de dire au chauffeur : « Lumphini Park, s'il-vous-plaît ».

     

    Ça ne prend pas très longtemps pour arriver là où on a prévu de se retrouver. En fait, je n'avais pas vraiment besoin qu'on me dise où c'était car on vient souvent ici pour décompresser. Je ne sais pas pourquoi on choisit cet endroit, exactement mais je sais que n'importe quel lieu fait l'affaire tant que mes amis y sont.

     

    Phun et moi sortons du taxi et entrons dans le restaurant. J'entends de bruyants saluts provenant de nos amis qui sont tous ensemble autour d'une table. C'est un peu comme quand un chien commence à hurler et que le reste de la meute suit. (Oh, merde).

    Bon dieu, est-ce que l'école toute entière s'est ramenée ici ?

    La zone est remplie d'étudiants, il y a entre 40 et 50 personnes.

     

    « Hé, notre nouveau couple est arrivé ! »

     

    Ce putain d'Ohm nous siffle comme s'il était bourré (ce qu'il est, probablement), puis entraîne tout le monde à sa suite. A ce stade, j'ai juste envie de rentrer chez moi. Toutefois, Phun se contente de sourire avant de mettre son bras sur mon épaule.

     

    A quel putain de jeu il s'amuse ?! Lumphini Park va exploser si ces mecs continuent de faire un vacarme pareil -_-'

     

    « Yo, Phun ! Arrête de faire l'imbécile ! Noh, viens prendre une chaise ! »

     

    Merci mon dieu, pour avoir fait dire à Earn quelque chose qui m'a sauvé la vie. Il vient de formuler une invitation à venir s'asseoir près de lui. Les propres amis de Phun l'appelle également, et il les rejoint à une table différente.

    Je m'assieds sur le siège qui a été gardé pour moi. Il y a une tonne de cadets assis autour de nous. Ceux qui ont aidé durant le tournoi de foot, la Cheer Team, les troupes, les membres de la parade, ceux de la fanfare et d'autres. Même ceux qui n'ont pas participé sont là pour célébrer l'événement. Ça ne me dérange pas vraiment, cela dit, ce sont tous des amis ^__^

     

    Mais le truc le plus surprenant, c'est que...

     

    Golf !

     

    Golf est là aussi !

     

    Golf est l'un de mes meilleurs amis. (Il a été un membre du club de musique aussi, mais juste pendant une courte période. Il était trop paresseux pour se pointer aux répétitions, donc il a quitté le groupe. Quel connard). C'est vraiment un mec génial. Il aime s'amuser, et il aime ses amis (et ses amis l'aiment aussi). Il prend souvent les choses comme elles viennent. Le point négatif, c'est qu'il est très impulsif et imprudent. En plus, il a mauvaise réputation et est souvent pris à partie par les seniors et les étudiants d'autres lycées, et ils en viennent aux mains. (Et il m'a entraîné avec lui et causé des problèmes un tas de fois). L'année dernière justement, il s'est battu avec quelqu'un qui s'est révélé être le neveu du proviseur et malheureusement, s'est fait renvoyer pour ça. (On a vraiment haï le directeur après cette histoire. Je le hais toujours, en fait).

     

    Mais même s'il a changé d'école, on a gardé le contact. On traîne ensemble dehors et parfois, il vient chez moi. On se parle souvent au téléphone, aussi. Cependant, on ne s'est pas beaucoup vus ces derniers temps (depuis que j'ai commencé à m'occuper du tournoi, en fait).

     

    « Comment ça va, mec ?! T'as disparu de la circulation ! »

     

    Je lui mets une grosse tape dans le dos en guise de salutation.

     

    « Ça va. Dans mon nouveau lycée, il y a un tas de filles de toutes origines, donc je suis très content », fanfaronne-t-il d'entrée.

    Bien sûr, dans le nôtre, tu n'avais affaire qu'à des mecs. Je suis jaloux.

    Golf a été transféré dans un établissement international, près de Sukhumvit.

     

    « J'en veux une. Tu ne peux pas en trouver une pour moi ? »

     

    Cette requête lubrique n'est pas venue de moi mais de quelqu'un qui ne peut être qu'Ohm. Il penche sa tête vers nous pour parler et je peux sentir qu'il pue l'alcool.

     

    « - Il y en a quelques-unes, mais les filles ont des standards, tu sais.

    - Enculé ! »

     

    Bah, Golf n'a pas tout à fait tort là-dessus.

    Je trouve l'expression d'Ohm vraiment marrante. Il est plus ou moins rouge ou violet, complètement beurré. (Son teint naturel est plus foncé que le mien. Il n'a pas vraiment la peau mate, mais juste un peu hâlée).

     

    Ohm n'est pas le seul mâle en rut dans les parages, il y en a quelques autres.

     

    « Mais moi je ne veux pas d'une occidentale. Je pourrais avoir une Japonaise ? Comme la nong Yuri de Noh ? Tu peux m'en trouver une ? »

    Putain de Film. T'as dépassé les bornes.

     

    Je lui mets une tape sur la tête.

     

    « Hé, qu'est-ce que tu me fais, bordel ?! Tu sais, tu devrais me refiler nong Yuri. Il y a des rumeurs comme quoi tu ne veux pas vraiment être avec elle, de toute façon. Tu devrais juste garder Phun, vu que c'est ton nouveau mari ».

     

    Ces putains de connards, je vous jure.

     

    Dire des conneries est soit un virus qui circule dans l'air, soit une maladie sexuellement transmissible. Est-ce que le ministère en charge de la santé publique ne devrait pas s'occuper de ce truc ?

     

    U-Wo-U-Wo-Oh ♫

    Je ne pouvais plus penser à rien ♫

    Tu étais tellement mignonne qu'il fallait que je vienne me présenter ♫

     

    Je n'ai pas l'occasion de crier sur qui que ce soit car Yuri m'appelle. Je suppose qu'elle veut me faire savoir qu'elle est bien rentrée chez elle. Je réponds à l'appel tout en pointant Film du doigt dans un geste de menace. Il me renvoie une expression moqueuse ce qui me donne juste envie de lui botter le cul encore plus.

     

    Je quitte la table pour pouvoir parler à Yuri dehors, je ne veux pas que le bruit la dérange. Yuri me dit qu'elle est bien rentrée et qu'il ne faut pas que je boive trop. Elle me demande aussi de lui envoyer un texto quand je serai rentré à la maison. Bon, c'est d'accord. Il vaut mieux avoir quelqu'un qui s'inquiète pour vous que personne, c'est ce que je choisis de me dire.

     

    Je suis au téléphone depuis un moment quand je remarque que Golf m'a suivi à l'extérieur. Il me regarde bizarrement, comme s'il voulait me dire quelque chose. Mon intuition me murmure qu'il n'est pas juste sorti pour fumer une clope, alors je décide d'abréger ma conversation avec Yuri :

    « Il faut que j'y aille, d'accord ? Je t'envoie un message quand j'arrive chez moi. Oui, oui. Salut ».

     

    Golf me tend une cigarette aussitôt mon portable éteint. Mais je ne fume pas : j'ai peur que mes lèvres ne restent pas roses, si je le fais. C'est une blague. S'il-vous-plaît, ne croyez pas un mot de ce que je viens de dire. La vérité, c'est que je ne sais pas comment on fait pour fumer, et que mes parents me hurleraient dessus jusqu'à ce que mes oreilles soient engourdies s'ils le découvraient.

     

    « Non, merci. Il y a un truc qui ne va pas, Golf ? »

     

    Je ne l'ai jamais vu aussi préoccupé avant.

     

    « Alors comme ça, tu traîne avec Phun, ces derniers temps ? »

     

    Argh...Je déteste vraiment cette question.

     

    Je me serais mis à l'insulter s'il s'était agi de quelqu'un d'autre mais Golf a une expression tellement solennelle sur le visage...

     

    « Oui, un peu. Sérieusement, ça va ? »

     

    Ma curiosité ne fait qu'augmenter quand je remarque qu'il hésite. Il ne me répond toujours pas, ce qui me donne encore plus envie de savoir.

     

    « Mec, dis-le moi, s'il y'a quelque chose qui ne va pas, et puis c'est tout ».

     

    Allez !

     

    « Est-il...Je veux dire, Phun. Est-il toujours avec sa copine ? »

     

     

    A suivre...

     

     


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